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Haro sur le gaz dans le bâtiment français

vendredi, 5 juillet, 2019 - 14:37

La France, qui souhaite parvenir à la « neutralité carbone » d’ici 2050, doit revoir en profondeur la réglementation relative au secteur du bâtiment, responsable à lui seul de 23 % des émissions de gaz à effet de serre. Cela pourrait passer par une revalorisation de l’électricité, par rapport au gaz, dans la Réglementation environnementale 2020 (RE2020), qui doit entrer en vigueur le 1er janvier prochain.

La France, championne de la transition énergétique ? Contrairement à ce qu’aimeraient faire comprendre les autorités françaises, la réalité semble un peu plus nuancée. Déjà, Paris ne devrait pas remplir ses objectifs énergies renouvelables pour 2020, selon Eurostat, l’organisme statistique de l’Union européenne (UE). Pourtant, il ne fait plus guère de doute qu’une transition verte réussie passe par le développement sérieux des énergies propres (solaire, hydraulique, éolien, etc.). Ensuite et surtout, certains secteurs, dans l’Hexagone, ont encore massivement recours aux énergies fossiles. Comme, par exemple, le bâtiment, glouton en fioul, et gaz naturel. Soit autant de sources dites « sales », qui rejettent du CO2 dans l’air, le gaz en grande partie responsable du réchauffement climatique. Le secteur génère ainsi 23 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) tricolores…

“Neutralité carbone” d’ici 2050

Si l’on sait, globalement, que le pétrole et le charbon sont à proscrire, aujourd’hui, afin d’amorcer la transition écologique, il en va différemment du gaz naturel. Selon un récent sondage réalisé par YouGov pour Ilek, un fournisseur d’énergie verte et locale, 78 % des Français interrogés ne savent pas, effectivement, que le gaz naturel, en dépit d’un nom à la consonance vertueuse, est d’origine… fossile. Et donc à éviter. « Le gaz dit ‘‘naturel’’ est un mélange gazeux d’hydrocarbures, vieux de plusieurs millions d’années, naturellement présent dans certaines roches poreuses du sous-sol. Si sa désignation est dite ‘‘naturelle’’, c’est parce que le gaz est un combustible présent dans la nature, tout comme le pétrole, considérés tous deux comme des énergies fossiles », explique ainsi Frédéric Douard de Chauffage Bois Magazine.

L’imparfaite connaissance des Français en matière de gaz naturel est compréhensible (et évidemment excusable). Tel n’est en revanche pas le cas pour les gouvernements successifs qui auraient dû, il y a des années, abandonner cette source fossile, tout comme le pétrole et le charbon, qui abreuvent à la place encore en grandes quantités la machine hexagonale. Depuis la Réglementation thermique 2012 (RT2012), le gaz et les produits pétroliers (butane, propane) sont ainsi « privilégiés » dans le calcul de la consommation énergétique d’un logement, tandis que l’électricité se voit pénalisée  par un coefficient de 2,58 – puisqu’elle n’existe pas à l’état naturel et nécessite une transformation. Autrement dit, pour ne pas dépasser la limite de consommation d’énergie primaire de 50 kWh/m²/an (fixée par la RT2012), toute installation électrique ne doit pas consommer plus de 20 kWh/m²/an (50/2.58).

Une absurdité écologique, pour beaucoup, d’autant plus que la France, dans sa Stratégie nationale bas carbone (SNBC), vise la « neutralité carbone » à l’horizon 2050. C’est-à-dire que la quantité de GES créée, à cette date, devra être équivalente (ou plus faible) à la quantité de gaz absorbée de manière naturelle (forêts, sols agricoles, prairies, etc.) ou industrielle (stockage, capture, etc.). Et sans le concours d’un secteur qui représente 23 % des émissions de GES en France, difficile d’y parvenir. Raison pour laquelle les pouvoirs publics estiment que le bâtiment français doit tout simplement viser le « zéro émission », à terme, afin d’atteindre cette « neutralité carbone ». Un objectif certes radical, mais « imposé » par le fait que, selon les dernières estimations de la SNBC, le gisement de gaz renouvelable (ou biogaz) disponible en 2050 sera trop limité. Et par conséquent alloué en priorité à des secteurs comme le transport lourd ou l’industrie.

Une RE2020 qui doit exclure les énergies fossiles dans le bâtiment neuf comme dans le reste de l’Europe

La France pourrait d’ailleurs prendre exemple sur certains pays de l’UE, qui ont abandonné (parfois depuis longtemps) le gaz dans leur secteur bâtimentaire. La Suède l’a par exemple décidé il y a plus de 15 ans ; les Pays-Bas viennent d’interdire le gaz dans les logements neufs – pour des raisons de sous-sols instables – ; et le 14 mars dernier, le Financial Times titrait « Gas heating system to be barred from new UK homes » (« Le Chauffage au gaz ne sera plus autorisé dans les maisons neuves au Royaume-Uni »), signe d’une volonté politique forte de couper les robinets de gaz, dans un pays pourtant profondément attaché aux gas boilers (chaudières à gaz). Autant d’exemples au service des objectifs 2050 de l’UE, qui aimerait notamment, et plus largement, privilégier l’électricité bas carbone, pour parvenir à un système énergétique décarboné.

C’était en tout cas le souhait du Commissaire européen au Climat et à l’Energie, l’Espagnol Miguel Arias Cañete, qui déclarait en novembre dernier : « En 2050, nous aurons complètement décarboné l’Union européenne. Le rôle du gaz ne sera plus le même », puisque celui-ci devrait effectivement n’avoir qu’un rôle d’appui au « quasi tout électrique ». « Jusqu’à présent, le gaz naturel était perçu comme l’énergie ayant permis l’élimination du charbon, le combustible fossile le plus polluant, dans de nombreux cas. Pour atteindre les objectifs de décarbonation à long terme au-delà de 2030, il faudra cependant éliminer progressivement le gaz d’origine fossile ou éliminer d’une manière ou d’une autre les émissions de CO2 qui y sont associées », explique par ailleurs Frédéric Simon, journaliste à Euractiv.

Encore faut-il que les pays à la traine, dont la France, acceptent de faire leur petite révolution thermique. Dans le secteur du bâtiment donc. Et celle-ci pourrait passer par une ambitieuse Réglementation environnementale 2020 (RE2020), qui doit se substituer à la RT2012. Comment ? En revalorisant l’électricité par rapport aux énergies fossiles. Comme le reconnaissait il y a quelques jours Brice Lalonde, ancien ministre de l’Ecologie et président de l’association Equilibre des énergies : « Quand on veut sortir des énergies fossiles, il est paradoxal de demander plus d’efforts à l’électricité décarbonée produite sur le territoire national qu’aux énergies fossiles importées ». La solution est donc toute trouvée, selon lui : une révision du « coefficient de conversion de l’électricité en énergie primaire à la baisse » s’avère indispensable. C’est une première piste à proposer au gouvernement.


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