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L’industrie de l’aluminium a un rôle majeur à jouer dans la lutte pour le climat en Europe

mercredi, 17 juillet, 2019 - 13:51

Selon la Fédération des consommateurs européens d’aluminium (FACE), les droits de douanes fixés par Bruxelles sur l’aluminium primaire nuisent au développement de la filière industrielle. Un paradoxe aussi bien économique qu’écologique, auquel il est urgent de remédier.

A en croire certains, l’industrie européenne devrait être mise à sac pour satisfaire les engagements pris dans le cadre de la transition énergétique. Qui obligent, pour rappel, à diminuer les émissions carbone et à réduire notre consommation d’énergie. Faux, vient de leur répondre la secrétaire d’État française auprès du ministre de l’Économie, Agnès Pannier-Runacher : « L’industrie n’est pas le problème, mais la solution », offrant un écho certain aux voix qui placent l’industrie au cœur même de la mue écologique.

 Qualités d’allègement 

« Les entreprises industrielles sont des acteurs essentiels du processus de transition énergétique vers une économie bas carbone, indiquaient en novembre dernier Pascal Juery, président de France Chimie, et Philippe Varin, président de France Industrie, dans une tribune au « Cercle » des Échos. Représentant 80 % de la R&D privée, elles sont les mieux placées pour faire bénéficier notre pays des évolutions scientifiques, technologiques […] qui, demain, permettront d’atteindre les objectifs assignés aux niveaux français et européens » en matière de développement durable.

Selon eux, d’ailleurs, il ne faut pas oublier que transition énergétique doit nécessairement rimer avec économie. Et il est nécessaire de repenser les termes du débat actuel : « La politique énergétique est autant un enjeu climatique qu’un enjeu de compétitivité et d’attractivité du site France. Les fuites de carbone sont aussi des fuites d’investissements », rappelaient-ils, tout en pointant du doigt la France et Bruxelles, qui n’accompagnent pas assez « les entreprises industrielles dans leurs mutations écologiques ».

« Métal du progrès »

Le secteur de l’aluminium est à ce titre révélateur. Ce métal est 100 % recyclable et ceci de manière infinie, à moindres frais énergétiques (5 % de l’énergie nécessaire pour sa production primaire seulement). Si bien qu’en France, près de 47 % de l’aluminium consommé est recyclé. Dans les secteurs qui représentent de manière conjointe 63 % de la consommation totale de ce métal (le bâtiment et les transports), le taux de recyclage grimpe même jusqu’à… 95 %. Des propriétés qui lui confèrent un rôle de premier plan dans la transition énergétique. Un exemple parmi d’autres, à l’appui de ce constat : en Europe, le secteur des transports absorbe près de 40 % de la production de l’industrie de l’aluminium, un métal bien plus léger que l’acier. A la clé : une réduction des émissions de CO2 et de meilleures performances pour les véhicules, qui en comportent de plus en plus.

Droits de douane handicapants

Seule ombre au tableau : ainsi que le regrettaient Pascal Juery et Philippe Varin dans leur tribune aux « Cercle » des Échos, en novembre dernier, les autorités (françaises et européennes) n’appuient pas assez le développement de l’industrie. Et l’aluminium n’échappe pas à la règle. Le secteur aval de l’aluminium fait face, sur le marché européen, à des surcoûts majeurs allant jusqu’à 1 milliard d’euros par an, liés aux droits d’importation sur l’aluminium primaire imposés par… l’Union européenne (UE) elle-même. De quoi mettre en rogne les petites et moyennes entreprises (PME) du continent : « Une telle surcharge de coûts sur une industrie à faible marge, où l’aluminium primaire représente plus de 50 % des coûts de fabrication des produits semi-finis, constitue une menace pour la survie de l’industrie », pointe en effet du doigt la Fédération des consommateurs d’aluminium en Europe dans un communiqué qui s’appuie sur les résultats d’une étude commandée à l’Université LUISS de Rome.

Tandis que la taxe à l’importation a été mise en place il y a plusieurs décennies « pour protéger les producteurs de l’Union européenne », rappelle la Fédération, cette politique s’est avérée inefficace, voire totalement contre-productive : « Le maintien des droits d’importation sur l’aluminium brut n’a pas empêché le déclin structurel des fonderies par des fermetures et désinvestissements des grands groupes producteurs ». Si bien que depuis 2008, « l’Europe a perdu 30 % de sa capacité de production d’aluminium » et a dit « au revoir » aux promesses d’emplois avancées par ces grands producteurs.

Dommage, car dans le même temps, la demande de produits en aluminium, au sein de l’UE, a augmenté en moyenne de 3 % par an, révèle FACE. Mais                « l’industrie utilisatrice d’aluminium européenne ne parvient pas à se développer suffisamment et en cohérence avec la croissance de la demande ». Une sous-performance  à mettre au « crédit » des droits de douane à l’importation de l’UE sur les matières premières. Surtout que les PME du secteur aval « souffrent déjà d’une forte concurrence internationale, notamment de la Chine », rappelle la Fédération. Or, 90 % de la production d’aluminium chinoise est issue de processus carbonés et extrêmement polluants – 1 tonne d’aluminium produite en Chine équivaut à 15,4 tonnes de gaz à effet de serre rejetées dans l’atmosphère… Autrement dit, plus on fait souffrir les PME européennes consommatrices d’aluminium brut – qui s’astreignent par ailleurs à des exigences environnementales ambitieuses – plus on ouvre la porte à une concurrence asiatique qui non seulement menace les emplois, mais aussi dégrade l’empreinte carbone de toute la filière.

Bruxelles, en pleine(s) contradiction(s) (économique et écologique), est sommée de « lever les droits d’importation sur l’aluminium sous forme primaire, matière première de l’industrie » afin qu’elle puisse mieux résister. Industrie qui, pour rappel, constitue la « solution », selon Agnès Pannier-Runacher, à l’équation climat/économie


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