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Nord Stream 2 : l’Allemagne serait-elle en train d’hypothéquer l’Europe ?

lundi, 12 août, 2019 - 08:00

La nomination d’Ursula Von der Leyen à la tête de la Commission européenne ne doit pas éclipser la perte de vitesse de Berlin au sein de l’Union européenne. Ce déclin s’explique notamment par un bilatéralisme forcé avec la Russie, à l’oeuvre à travers le projet de gazoduc « Nord Stream 2 », qui pourrait menacer l’avenir de l’Europe.

L’arrivée de l’Allemande Ursula Von der Leyen à la tête de la Commission européenne a été globalement saluée. Qu’une ressortissante de l’un des pays les plus “sérieux” et les mieux portants de l’Union européenne (UE) prenne la tête de son exécutif, est, après tout, gage de qualité. Sauf que la prise de fonction de l’ancienne ministre allemande de la Défense arrive à un moment où l’Allemagne fait du surplace en Europe, et lutte même pour ne pas reculer.

Le projet de gazoduc « Nord Stream 2 » est à ce titre particulièrement criant. Pour rappel, il consiste en la construction d’un gazoduc de 1 200 kilomètres, reliant, sous la mer Baltique, la Russie à l’Allemagne, pour un coût total de 8 milliards d’euros. En plus de Gazprom, le géant énergétique russe qui doit financer pour moitié le projet, cinq compagnies européennes, dont Engie, doivent sortir le chéquier.

L’Allemagne s’entête et s’isole

Problème : si la chancelière allemande, Angela Merkel, a loué le futur pipeline sous un angle économique, c’est bel et bien les potentielles visées géopolitiques russes qui ne font pas l’unanimité au sein de l’UE. Le projet vient même remettre en cause le sacro-saint « couple » franco-allemand.

En février dernier, les deux diplomaties ne sont d’ailleurs pas passées loin de la crise, lorsque Paris a annoncé qu’elle se dissociait purement et simplement de son allier dans le dossier. Un peu avant, la France était même allée plus loin en confirmant son intention de voter une directive européenne sur l’approvisionnement en gaz contestée par l’Allemagne, puisque compromettant directement le projet Nord Stream 2.

Si, à l’époque, Angela Merkel avait joué la carte de la sérénité, en parlant notamment d’« étroite coopération sur tous les sujets européens » entre voisins d’outre-Rhin, elle n’en a pas moins été obligée de virer sa cuti, consciente de son isolement problématique en Europe. Un camouflet, non seulement, pour l’Allemagne, mais également pour son statut au sein de l’UE, « imputable » directement à la France. Cette dernière a réussi à obtenir de Berlin qu’elle impose à la Russie des garanties, notamment en ce qui concerne l’Ukraine, probable « victime » de Nord Stream 2, puisque l’ancien satellite de Moscou touche de gros dividendes issus du transit du gaz sur son territoire.

Au regard des risques encourus par l’Ukraine avec la mise en place de ce nouveau gazoduc, le comportement de l’Allemagne sur ce dossier interroge. Cette dernière a en effet œuvré d’arrache-pied pour résoudre la crise ukrainienne de 2014 et n’a pas hésité à montrer les dents face à la Russie, qu’elle a d’ailleurs sanctionnée – et dont elle affirme se méfier encore aujourd’hui, notamment en raison du « grand soutien » de Moscou aux partis populistes européens. Ce travail pourrait être anéanti si jamais Vladimir Poutine décidait, malgré les « promesses » faites à Angela Merkel, de couper les vannes du pipeline passant par l’Ukraine et ainsi priver le pays d’une importante partie de ses revenus.

Une menace pour l’Europe

Plus largement, ce gazoduc fait planer une menace sur toute l’Europe : Gazprom étant le « bras armé » de Vladimir Poutine, en témoigne son utilisation lors de la crise ukrainienne, cette nouvelle ligne directe entre la Russie et l’Allemagne placerait la seconde en situation de dépendance vis-à-vis de la première. Un tour de force qui permettrait ni plus ni moins à Moscou d’influer sur les futures décisions européennes.

Si la France a déjà montré des réticences quant à la construction de ce pipeline, Paris doit se montrer intransigeante envers son voisin qui fait cavalier seul sur ce dossier, au détriment de l’avenir de l’Europe tout entière.


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