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Pesticides : l’opinion met sous pression les Etats européens

jeudi, 3 octobre, 2019 - 08:43

La France va instaurer des distances de sécurité concernant l’épandage et l’Allemagne prévoit d’interdire l’utilisation du glyphosate en 2023. C’est un peu plus tard que la France alors que l’Autriche va prendre les devants dès janvier prochain.

La protection contre l’utilisation des pesticides commence sérieusement à préoccuper l’opinion publique en France. 96% des Français se sont ainsi déclarés favorables à l’initiative du maire de Langouët, en Bretagne, qui, en mai dernier, avait interdit l’épandage des pesticides à moins de 150 mètres des habitations.

Un arrêté rapidement suspendu mais qui a suscité d’autres initiatives et déterminé le gouvernement à lancer le 5 septembre une consultation citoyenne proposant de fixer cette distance à 5 ou 10 mètres des zones d’habitation.

Alors que l’Union européenne n’a prolongé que jusqu’à fin 2022 l’autorisation d’utiliser le puissant herbicide glyphosate jugé « probablement cancérogère » par l’OMS, certains pays-membres ont devancé l’appel et proposé des mesures d’encadrement.

Distances de sécurité sanitaire

Concernant l’épandage des pesticides – toutes les substances destinées à préserver les cultures des mauvaises herbes, insectes, limaces et autres champignons, le gouvernement propose, sur recommandation de l’agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (ANSES), d’instaurer une distance de sécurité entre les zones d’épandage et les zones d’habitation de 5 mètres en ce qui concerne les cultures basses (céréales et légumes) et de 10 mètres pour les cultures hautes comme la vigne ou les arbres.

C’est évidemment beaucoup moins que les 100 ou 150 mètres suggérés par certains élus locaux, distances qui, selon le ministre de l’agriculture, réduiraient dangereusement le potentiel agricole du pays.

Assez peu d’autres pays européens ont pris des mesures similaires. L’Allemagne a fixé une distance minimale d’épandage de 2 et 5 mètres pour les cultures basses et hautes et de 10 mètres pour les plans d’eau.

La Slovénie va jusqu’à 20 mètres en cas d’épandeur « soufflant » et sinon de 5 mètres. En Belgique, la Wallonie interdit l’épandage des pesticides si le vent souffle à plus de 20 kilomètres/heure.

Mais les initiatives locales, notamment en Italie, sont nombreuses pour réglementer l’usage des pesticides et un réseau de plus en plus important de régions ou de villes interdit leur utilisation.

En France, c’est ce que les métropoles de Paris, Lille, Nantes, Grenoble et Clermont Ferrand ont annoncé le 12 septembre.

France et Espagne championnes des pesticides…

Si l’interdiction globale des pesticides n’est pas encore à l’ordre du jour, un peu partout existent des plans pour réduire progressivement leur utilisation. En France, l’objectif du nouveau plan « Ecophyto » vise une diminution de 50% d’ici à 2025.

Il faut dire que la France est, avec l’Espagne, le principal utilisateur de pesticides d’Europe avec plus de 70.000 tonnes en 2017, l’Italie se situant à 56.000 tonnes et l’Allemagne à 48.000.

Cependant, si l’on considère les « surfaces agricoles utiles », ce sont les Pays-Bas les utilisateurs les plus intenses avec 5,8 kilos par hectare, suivis de l’Italie (4,4 kilos) et de l’Espagne (3 kilos), la France n’arrivant qu’à la 8 ou 9ème place avec 2,4 kilos par hectare.

… mais la France est le plus gros utilisateur de glysophate

Si l’on se focalise sur le glyphosate, cet herbicide que l’Organisation Mondiale de la Santé considère, contrairement à d’autres organismes, « probablement cancérogène », la France est cette fois champion européen toute catégorie.

A 1,10 kilo d’herbicides par hectare, elle est très loin devant ses voisins italiens, espagnols ou allemands qui n’en déversent que 650 grammes. Pourtant, alors qu’une directive européenne n’a autorisé l’utilisation du glyphosate que jusqu’au 15 décembre 2022, Paris a devancé l’appel en annonçant l’interdiction de cette substance au plus tard le 1er juillet 2021.

Cependant, en début d’année, le président Macron a fait partiellement marche arrière en conditionnant cet arrêt d’utilisation à « l’existence d’alternatives ». Sinon, l’arrêt total reste, conformément à la législation européenne, programmé pour le début 2023.

Quant à l’Allemagne, dont le groupe Bayer est le premier pourvoyeur mondial de glyphosate, elle vient d’en confirmer l’interdiction, mais seulement pour la fin 2023.

Plusieurs pays ont déjà interdit l’usage du produit pour les particuliers ou dans les lieux publics. Et depuis 2018, le Danemark ne l’autorise plus pour les cultures déjà sorties du sol tandis que l’Italie en prohibe l’épandage avant récolte.

Reste que le seul pays radical en matière de glyphosate est l’Autriche qui a décidé, en juillet dernier, son interdiction totale pour le 1er janvier prochain. Bien sûr, compte tenu de la directive européenne, les recours se multiplient en Autriche qui – ce n’est pas un hasard – est le champion européen de la culture biologique.

La culture bio progresse, l’Autriche leader

Pour l’ensemble de l’Union, les surfaces cultivées en agriculture biologique ont progressé de 13% entre 2015 et 2017. L’Autriche reste donc le leader européen en la matière avec plus de 23% de ses surfaces en bio, suivie par la Suède et l’Estonie avec 19%.

Parmi les grands pays agricoles, c’est l’Italie qui se distingue avec 15% des surfaces et qui devance nettement l’Espagne (8%) et l’Allemagne (7%). Quant à la France, elle était encore à la traîne en 2017 avec 6% de surfaces cultivées en bio.

Mais il faut quand même souligner qu’elles y ont été augmentées de 20% en deux ans. Et puis, selon les premières estimations, l’Hexagone devrait avoir atteint les 7,5% de surface bio en 2018.

La France est donc train de refaire progressivement son retard et devrait devenir, dès l’an prochain, le premier producteur bio d’Europe en quantités absolues. Une place naturelle en somme pour un pays réputé pour l’excellence de ses produits…


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