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L’Europe de l’Est a rattrapé 40% de son retard sur l’Ouest

mercredi, 6 novembre, 2019 - 15:14

Trente ans après la chute du mur de Berlin, quinze ans après l’adhésion à l’Union européenne, les pays de l’Est ont réalisé un rattrapage économique et social impressionnant (photo : le centre de Varsovie). Envers de la médaille : un exode massif des populations vers l’Ouest et une colonisation économique

Dans trois jours, l’Allemagne et l’Europe célèbreront le trentième anniversaire de la chute du mur de Berlin. Un événement lourd de symboles et de conséquences géopolitiques et économiques qui a permis, après la réunification allemande en 1990, la réunification des deux Europe à partir de 2004.

Trente ans après et, surtout, quinze après l’élargissement de l’Union européenne, comment se portent les anciennes démocraties populaires ? Dans quelle mesure, en terme de croissance, de pouvoir d’achat, de pauvreté et d’inégalités se sont elles rapprochées – et à quel coût – des standards ouest-européens ?

Une très douloureuse transition

Il faut d’abord rappeler que ces pays – y compris l’ex-Allemagne de l’Est – sont passés par dix années de transformations économiques et sociales extrêmement douloureuses pour les populations.

Le changement de système, la réforme de l’administration, les restructurations et privatisations d’entreprises ont entrainé un fort chômage et une baisse sévère du niveau de vie.

Pour ces raisons, il convient de mesurer les progrès de l’Europe de l’Est à partir des années 2000, voire 2004, année de l’adhésion à l’Europe de huit des onze pays concernés.

Un treizième de la population a émigré à l’Ouest…

Ce qui est certain, c’est que la transition des années 90 a déclenché une forte émigration vers l’Ouest qui prend parfois des allures d’exode.

Car le terme n’est pas excessif puisqu’entre 1989 et 2017, près de 9 millions d’Est européens ont quitté leur pays, soit 7,5 % de la population totale de la zone (110 millions d’habitants en 1990). Cela sans compter les habitants de l’ex-RDA qui sont partis à l’Ouest de l’Allemagne.

Et il faut noter que cette émigration ne s’est pas ralentie, au contraire, car les deux tiers des personnes sont partis entre 2007 et 2017, signe que l’intégration à l’Union européenne a favorisé les départs en les facilitant.

En trente ans, la Roumanie a ainsi perdu 15% de sa population, la Bulgarie 21%, la Lituanie 24% et la Lettonie plus de 27% ! Une véritable saignée…

… sans entraver le redressement économique…

Paradoxalement, ces départs n’ont pas entravé le redressement économique. Entre 2004 et 2018, le PIB réel de l’Allemagne s’est accru de 24%, celui de la France de 17%. Mais les croissances sont bien supérieures à l’Est : 62% en Roumanie, 68% en Slovaquie et même 73% en Pologne, le pays le plus important de la zone avec ses 38 millions d’habitants où le pouvoir d’achat a doublé en quinze ans.

En 2004, le pouvoir d’achat des Polonais était trois fois et demi inférieur à celui des Français, il ne l’est plus que de deux fois et demi.

C’est encore plus spectaculaire si l’on mesure le pouvoir d’achat du salaire minimum : le SMIC français représentait il y a quinze ans trois fois le SMIC polonais ; aujourd’hui, il ne lui est supérieur que de 50% !

Un rattrapage rapide qui se constate également pour la Hongrie, la République tchèque, la Slovaquie, la Roumanie, la Lituanie… Au total, les onze pays de l’Est aujourd’hui dans l’Union européenne accusaient en 2007 un retard de PIB de 47% par rapport au PIB moyen de l’Europe. Aujourd’hui, le retard n’est plus que de 29%.

Ce qui veut dire qu’en moins de douze ans, l’Europe de l’Est a refait 40% de son retard.

… et sans creusement des inégalités

En outre, ce rattrapage, n’a pas débouché sur un creusement des inégalités. Si l’on compare les revenus des 20% de la population les moins riches et les 20% les plus riches, l’écart se réduit dans plusieurs pays, en Estonie, en Lettonie, en Roumanie et encore une fois en Pologne ou l’écart de revenus est désormais identique à celui de la France (soit un muliplicateur de 4,2).

De même, le taux de risque de pauvreté mesuré par Eurostat diminue en Pologne et il est désormais inférieur à celui de l’Allemagne.

Ouverture sur le monde et plein emploi

Le développement économique de l’Est est donc une réalité incontestable. Il est notamment dû à l’ouverture économique de ce pays vers l’Europe et le monde.

Pour ne comparer que des pays à population similaire, les exportations de la Pologne représentaient il y a quinze ans 40% des exportations de l’Espagne ; aujourd’hui, cette proportion est de 75%.

De même pour les exportions tchèques qui équivalaient à 55% des exportations suédoises et qui, en 2018, sont supérieures à ces dernières de 20% !

Au demeurant, les taux de chômage se sont considérablement réduit à l’Est et, sauf en Croatie et en Lettonie (qui font néanmoins mieux que la France), ils sont inférieurs à 7% et même à 5% en Roumanie, Hongrie et République tchèque.

Le prix à payer

On doit cependant se garder de brosser un tableau idyllique. La vie reste très difficile dans plusieurs pays, en particulier la Roumanie et la Bulgarie dont le PIB mesuré à parité de pouvoir d’achat – c’est à dire en tenant compte du niveau des prix dans chaque pays – n’atteint que 60% du PIB européen moyen.

Mais d’autres pays comme la République tchèque ou la Slovénie ont déjà rattrapé le niveau de vie de l’Espagne. Reste néanmoins cette grande ombre au tableau évoquée plus haut : cette hémorragie de population qui est le fait de beaucoup de jeunes et de diplômés. C’est très préoccupant.

Cela dit, dans certains pays, en Pologne notamment, on constate une tendance au retour des émigrés.

En conclusion, si l’appartenance à l’UE a été bénéfique en terme de croissance, de pouvoir d’achat, de commerce, d’investissement, la liberté de circulation des personnes a eu un effet de syphon des populations de l’Est vers l’Ouest avec les effets pervers que l’on connaît sur les marchés du travail occidentaux.

Et puis, force est de constater aussi que les nouveaux membres de l’Union n’ont pratiquement plus d’indépendance économique et se sont en fait transformés en vastes filiales des puissants groupes de l’Ouest.

C’était sans doute le prix à payer pour la remise à niveau économique et sociale en cours. Mais ce phénomène n’est pas étranger aux dérives nationalistes qui se font jour en Europe centrale.


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