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Une Europe de moins en moins gouvernable

mercredi, 13 novembre, 2019 - 15:44

Les élections espagnoles ont débouché dimanche sur une chambre introuvable qui rend difficile la réunion d’une coalition. Mais plusieurs pays – l’Italie, l’Autriche, la Belgique et peut-être bientôt le Royaume-Uni – peinent à constituer des majorités de gouvernement dans une Europe globalement à droite.

Dimanche dernier, les électeurs espagnols – convoqués aux urnes pour la quatrième fois en quatre ans – ont élu une chambre basse encore plus introuvable qu’auparavant.

Les socialistes du PSOE espéraient se trouver enfin une majorité de gouvernement qui faisait défaut à son président sortant Pedro Sanchez. Peine perdue : celui-ci aura plus de mal qu’avant le scrutin à constituer une coalition.

Espagne : une très difficile majorité de coalition

En effet, avant le scrutin de dimanche, Pedro Sanchez pouvait espérer réunir une majorité de plus de 220 députés sur 350 en s’accordant avec la gauche libertaire de Podemos et les centristes libéraux de Ciudadanos.

A présent, une telle alliance lui fournirait seulement 165 députés – pour une majorité absolue de 176. C’est la conséquence du recul de Podemos qui a perdu 7 députés dimanche et, surtout, de l’effondrement de Ciudadanos qui perd 47 sièges au Congrès et n’en sauve que dix, moins que la gauche indépendantiste catalane.

Un reflux qui résulte d’un double syphonnage : celui des voix centristes par les conservateurs du Partido Popular – en progression de 22 sièges – et celui du même Partido Popular par le Parti d’extrême droite Vox qui gagne 28 députés avec 52 sièges.

Consolation pour Pedro Sanchez : la montée de Vox a déterminé, si l’on en croit le pré-accord de mardi, le mouvement Podemos à accepter la coalition avec les socialistes.

Mais, outre les difficultés de convaincre le centre-droit de gouverner avec les libertaires, ces derniers vont devoir rallier au moins onze parlementaires supplémentaires classés divers gauche ou émanant de petites formations régionalistes comme, par exemple, le parti canarien. Bref, les mois qui viennent s’annoncent fort délicats.

Italie : l’improbable cohabitation

Ailleurs en Europe, plusieurs pays se retrouvent dans une situation de gouvernance délicate avec bien sûr des données politiques très différentes.

Il y a tout d’abord la grande sœur latine de l’Espagne qu’est l’Italie. Même si l’explosion de la coalition des anti-systèmes du mouvement Cinq Etoiles et des populistes eurosceptiques de la Ligue n’a pas abouti à de nouvelles élections comme l’espérait le leader de cette dernière Matteo Salvini, le nouveau gouvernement réunissant « cinque Stelle » et, cette fois, le centre gauche du parti démocrate paraît singulièrement fragile.

Au moindre désaccord entre ces partenaires très dissemblables, au moindre échec d’une quelconque initiative politique, on peut compter sur Salvini pour souffler sur les braises et provoquer de nouvelles élections qui, indiquent les sondages, ont de bonne chance d’être favorables à la Ligue.

Autriche et Belgique : concilier l’inconciliable ?

Mais deux autres Etats qui ont renouvelé cette année leur parlement ne sont pas non plus dans une situation simple.

Il s’agit d’abord de l’Autriche. Au printemps dernier, le jeune premier ministre conservateur Sebastian Kurz avait provoqué le départ du gouvernement des populistes du FPÖ.

Après les dernières élections de septembre, le pays se retrouve face à une difficile équation gouvernementale puisque les conservateurs ont gagné des voix mais les Verts ont fait aussi une entrée fracassante au Conseil National, la Chambre basse du Parlement autrichien. Il semble toutefois que l’on soit proche d’un accord entre ces deux partis aux électorats pourtant si dissemblables.

Autres élections au résultat très compliqué, celles qui ont eu lieu en mai dernier en Belgique.

Le scrutin a débouché à la fois sur un recul des libéraux de l’ex-premier ministre Charles Michel (que vient de remplacer par intérim Sophie Wilmès), un affaissement du centre gauche, une poussée de la droite extrême flamande représentée par le Vlams Belang doublée d’une poussée de la gauche de la gauche et des écologistes ! Un vrai « melting pot »…

Il faudra toute la finesse proverbiale du monde politique belge pour en tirer la juste synthèse alors que les consultations pour former le nouveau gouvernement durent depuis six mois… A ce stade, un retour au pouvoir des nationalistes flamands de la N-VA semble peu probable.

Reflux des nationaux-populistes, redressement du centre-gauche

Ce que l’on peut en tout cas constater, c’est que les nationaux-populistes ne participent plus aux gouvernements italien, autrichien et belge.

Parallèlement, l’année électorale 2019 a bien profité aux sociaux-démocrates qui dirigent désormais le Danemark et la Finlande alors qu’ils étaient déjà au pouvoir en Suède.

Quant au Portugal, la gauche socialiste du premier ministre Antonio Costa est sortie renforcée des législatives du mois d’octobre tandis que, même s’il doit trouver des alliés, le parti socialiste espagnol confirme sa qualité de première formation du pays.

Mais 2019 a pourtant causé une sévère défaite à la gauche, puisque le centre droit grec de Nouvelle Démocratie a balayé en juillet le pouvoir de Syrisa et renvoyé à ces études le controversé premier ministre Alexis Tsipras.

La droite très dominante dans l’UE

Mais, globalement, la situation du centre gauche et de la gauche s’est un peu redressée depuis les élections italiennes de mars 2018 puisque la social-démocratie dirige neuf gouvernement sur 28 contre six il y a dix-huit mois et que ces pays « roses » représentent une population de 87 millions d’Européens contre 61 précédemment.

Sans compter deux pays – l’Italie et l’Allemagne – où le centre-gauche est membre de la coalition gouvernementale.

Cela dit, les conservateurs et le centre-droit restent dominants et dirigent 15 gouvernements abritant 250 millions d’habitants tandis qu’une droite « dure » tient les 48 millions de citoyens de deux pays d’Europe centrale (Pologne et Hongrie).

Et puis on doit mettre à part deux autres pays importants dont les gouvernements ne sont pas immédiatement classables au centre-droit : celui de l’indépendant Giuseppe Conte en Italie et le gouvernement français dont le premier ministre Edouard Philippe, bien que de centre-droit, revendique la coloration ambiguë assumée par le courant macronien !


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