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Comme ses voisins, la France veut attirer des migrants économiques

mercredi, 27 novembre, 2019 - 16:12

En s’apprêtant à instaurer des « quotas » de migrants du travail, le gouvernement veut faciliter l’arrivée de travailleurs étrangers pour combattre les pénuries de main d’œuvre. D’autres pays partagent cet objectif, notamment ceux dont la démographie décline.

D’ici à un an, la France va se doter d’une nouvelle loi sur l’immigration. Parmi les mesures annoncées, l’instauration de quotas concernant ce que l’on appelle les migrants économiques, c’est à dire les ressortissants étrangers venant des pays hors Union européenne qui reçoivent un titre de séjour pour occuper un emploi en France.

La Pologne, championne de l’immigration

Selon les dernières données 2018 de l’institut Eurostat, 3,2 millions de permis de résidence ont été délivrés dans l’Union européenne pour 2018 à des personnes extérieures à l’Union, les citoyens de l’UE bénéficiant d’une libre installation.

Contrairement à ce que l’on croit généralement, ce n’est pas l’Allemagne qui a délivré le plus grand nombre de titres de séjour, mais la Pologne, avec 635.000 titres – surtout des Ukrainiens – contre 543.000 outre-Rhin et 450.000 au Royaume-Uni.

On trouve ensuite, dans un « mouchoir de poche », les trois sœurs latines avec 238.000 visas délivrés par l’Italie, 259.000 par l’Espagne et 264.000 pour la France.

Quant à l’immigration du travail, elle ne représente que 27% du total européen. Mais elle dépasse 40% dans la plupart des pays de l’Est européens – Pologne en tête – confrontés à une baisse de leur démographie qu’une forte émigration de leurs nationaux ne fait qu’aggraver.

L’immigration économique ne représente en revanche que 12 à 13% du total en Allemagne et en France contre 22 à 24% en Espagne, au Royaume-Uni ou aux Pays-Bas.

L’an dernier, moins de 34.000 titres de séjour pour raisons professionnelles ont été accordés dans l’Hexagone contre 65.000 en Allemagne, 108.000 au Royaume-Uni et 327.000 en Pologne.

Réguler l’immigration du travail pour l’augmenter…

Comment s’explique, pour la France, cette volonté de réguler l’immigration économique ? Sur un plan politique, le gouvernement joue l’ambiguïté.

En parlant de « quotas » il espère séduire un électorat conservateur toujours inquiet de voir s’accroître le nombre de résidents étrangers et demandeur d’un encadrement des flux.

Mais en réalité, en évoquant des « objectifs chiffrés », les pouvoirs publics visent à fluidifier le marché du travail et à faciliter l’embauche de travailleurs étrangers. Les quotas visent donc à augmenter l’immigration, pas à la restreindre !

… et résorber les pénuries de main-d’oeuvre

Depuis plusieurs années, en dépit d’un niveau élevé de chômage global, plusieurs métiers sont considérés « en tension » dans la mesure où les employeurs ne parviennent pas à recruter le personnel dont ils ont besoin.

Soit que les métiers sont jugés peu attractifs par les nationaux, dans le BTP ou la restauration par exemple, soit que les compétences requises – dans l’informatique ou la médecine – se trouvent en nombre insuffisant.

Les employeurs concernés se plaignent de la complexité des procédures de recrutements à l’étranger, notamment parce qu’il faut démontrer que l’on ne parvient pas à recruter sur le marché du travail national. Instaurés pour certains secteurs, les quotas permettraient de faire sauter ce verrou.

La « blue card » européenne peu utilisée

D’autres pays sont bien sûrs confrontés à ce problème, surtout ceux dont la population d’origine stagne ou diminue.

Au niveau de l’Europe, une « blue card » a été créée en 2009 pour faciliter l’embauche de travailleurs hautement qualifiés. Mais le système a montré ses limites et seules 30.000 « blue cards » ont été utilisées en 2018 dont 27.000 par la seule Allemagne.

Même pour ce dernier pays, le chiffre est insuffisant. Pour cette raison, Berlin vient de mettre en place des mesures favorables à l’embauche d’étrangers dans les secteurs de pointe en supprimant l’obligation de démontrer que l’on n’arrive pas à recruter des Allemands.

De plus, dans le secteur informatique, il n’y a plus de pré-requis concernant les diplômes, seule l’expérience étant prise en compte.

Des quotas en Italie et en Autriche

Plus d’une dizaine d’autres pays prévoient des dispositifs spécifiques mais peu nombreux sont ceux à avoir instaurés des quotas.

C’est le cas de l’Italie qui limite à 30.000 par an ce type d’embauche mais qui, l’an dernier, n’a recruté qu’à peine 14.000 travailleurs étrangers.

Quant à l’Autriche, pour les 45 métiers jugés en tension, la limite fixée est de 8% de la population active. Une limite quasiment inatteignable : en France, cela reviendrait à faire entrer 2,4 millions d’étrangers par an !

Peu de critères d’origine, mais des critères de diplômes et de revenus

Nulle part n’est opérée de ségrégation systématique ayant trait à l’origine des migrants.

Toutefois certains pays favorisent certaines origines, notamment l’Espagne où les descendants d’Espagnols sont prioritaires de même que les ressortissants de pays ayant signé avec Madrid des accords en matière de droit du travail.

Outre le diplôme, d’autres Etats retiennent un critère de rémunération. Ainsi, au Royaume-Uni, un travailleur qualifié étranger doit pouvoir justifier de 34.000 € de revenus annuels – soit 2.800 mensuels – chiffre ramené à 1.900 € pour les moins qualifiés.

Ce pays de forte immigration du travail s’est pourtant doté d’un système contraignant de points qu’il faut accumuler pour obtenir le tître de séjour tandis que les entreprises qui recrutent doivent décrocher la qualité de « sponsor ».

En conclusion, réguler l’immigration ne veut pas dire la limiter. Dans un monde globalisé où le besoin de main d’œuvre est très changeant, aucun pays développé ne peut se passer de l’option migratoire, surtout ceux qui souffrent d’une démographie anémique.

Mais confrontés à des opinions publiques de plus en plus réticentes à l’égard de l’immigration, les gouvernements ont tendance à masquer leur volonté d’accueillir plus de migrants du travail. C’est manifestement le cas de la France.


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