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L’Union européenne orchestre la fin des énergies fossiles

vendredi, 29 novembre, 2019 - 09:55

Le « Green deal » de l’Union européenne, actuellement discuté, devrait voir le jour en mars prochain. Alors que Bruxelles s’est engagée à parvenir à zéro émission nette d’ici à 2050, ce pacte vert prévoit de recourir massivement à l’électricité pour remplacer le gaz, le pétrole et le charbon. 

Un « New Deal vert mondial ». Voilà ce que propose l’essayiste américain Jeremy Rifkin, chantre de la prospective économique et scientifique, pour sortir de la « plus grave crise de l’histoire de l’humanité », selon lui : le dérèglement climatique, causé en grande partie par les rejets d’émissions carbone dans l’atmosphère. Une ambition stratégique fondée sur un constat implacable, pour celui qui estime proche, voire imminente, la fin du règne des énergies fossiles.

Investissements

« La civilisation du pétrole est en train de s’effondrer sous nos yeux, explique-t-il dans un entretien accordé à l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) dans l’édition de novembre de son magazine mensuel. La première impulsion a été donnée quand l’Union européenne a décidé qu’il fallait 20 % d’énergies renouvelables dans le mix énergétique. […] Puis la Chine [l’un des pays les plus pollueurs de la planète, ndlr] a suivi le même chemin que l’Europe. Les gouvernements ont ouvert la voie, mais maintenant c’est le marché qui fait la loi ».

Se basant sur la stratégie de nombreux investisseurs, Jeremy Rifkin note ainsi que « les prix de l’énergie ont plongé. Les investisseurs, en particulier les fonds de pension, retirent leur argent des énergies fossiles et de tous les secteurs qui y sont liés : 11 milliards de dollars ont été désinvestis ces dernières années.» Et l’essayiste de rappeler également qu’en 2015, la banque Citigroup estimait les actifs bloqués, les investissements obsolètes liés à l’industrie fossile à 100 milliards de dollars. Soit « la plus grande bulle de l’histoire », qui serait sur le point d’éclater selon lui.

Les mouvements financiers, à l’ère déjà bien entamée du capitalisme planétaire, sont révélateurs des tendances, si ce n’est à venir, actuelles du moins. Mais ce « New Deal vert mondial » – le titre du dernier ouvrage de Jeremy Rifkin – a connu au départ des impulsions politiques, précise l’auteur de La Troisième révolution industrielle (Les liens qui libèrent, 2012), dans lequel il entrevoyait déjà l’actuelle transition énergétique et durable.

« Green deal »

A ce titre, la Banque européenne d’investissement (BEI), le bras financier des 28 Etats membres de l’Union européenne (UE), a annoncé le 14 novembre dernier qu’elle cesserait de financer de nouveaux projets liés aux énergies fossiles, gaz compris, à partir de 2022. « Un bond de géant », selon son président, Werner Hoyer. « Nous allons arrêter de financer les énergies fossiles et nous allons lancer la plus ambitieuse stratégie d’investissements pour le climat de toutes les institutions financières publiques dans le monde », a-t-il ajouté.

La Commission européenne a aussitôt soutenu la nouvelle politique de la BEI, se disant satisfaite de l’ « arrangement transitoire pour l’abandon progressif des projets gaziers, y compris les projets vitaux d’interconnexion et de stockage de gaz, les projets dits d’intérêt commun ». D’autant plus que la déclaration de l’institution financière s’est accompagnée de la promesse, assez ambitieuse, de débloquer jusqu’à 1 000 milliards d’euros d’investissements en faveur du climat et du développement durable au cours de la prochaine décennie.

Avant cela, l’UE, qui s’est fixée pour ambition d’atteindre zéro émission nette d’ici à 2050, devra valider son « Green Deal », notamment lors du prochain sommet européen (12 décembre) ; celui-ci prévoit de porter à 53 % la part des besoins énergétiques satisfaits par une l’électricité issue de sources renouvelables ou nucléaire – très faiblement émettrice de gaz à effet de serre. « L’électrification doit être la solution majeure à adopter vers une transition énergétique propre – et les entreprises européennes doivent être prêtes à montrer l’exemple », justifie Laurence Tubiana, PDG de la European Climate Foundation.

Electricité

« Chance unique d’élever l’UE au rang de leader sur l’action climatique et la ‘‘décarbonisation’’ » selon elle, l’électrification massive des Etats membres est donc le prochain chantier de Bruxelles et des capitales européennes. La France, par exemple, s’apprête à revoir sa réglementation concernant la construction de bâtiments neufs, alors que le secteur, misant encore principalement sur  le gaz, représente aujourd’hui 44 % de la consommation totale d’énergie et environ 25 % des émissions carbonées (!).

Le passage de la RT 2012 à la RE 2020 (Réglementation Environnementale), dont l’entrée en vigueur est prévue début 2020, devrait donc s’accompagner d’un réajustement en faveur du recours à l’électricité dans les logements. C’est ce qu’estiment certains spécialistes, comme Brice Lalonde, ancien ministre de l’Ecologie, qui appelle à un réajustement du coefficient de l’or jaune par rapport à celui des énergies fossiles, paradoxalement privilégiées, aujourd’hui, dans le secteur du bâtiment tricolore…

Outre les chantiers particuliers comme celui du logement et du transport – également très polluant –, il reviendra sans doute aux Etats membres d’agir en amont sur le jeu des investissements financiers. Comment ? En ouvrant des « banques vertes » par exemple, comme le préconise Jeremy Rifkin, qui émettraient des « obligations vertes à l’intention des investisseurs qui cherchent désespérément de grands projets dans lesquels investir. » L’essayiste américain de marteler, en tout cas, que l’urgence est là, et qu’il convient de « collectivement passer à l’action ».


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