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Des syndicats européens moins politiques et plus corporatistes

mercredi, 8 janvier, 2020 - 11:58

En France, le bras de fer gouvernement-syndicats sur les retraites illustre le rôle politique des grandes confédérations. Chez nos voisins, ce rôle tend à s’estomper, les syndicats se concentrant sur la défense des intérêts immédiats et concrets des salariés (notre photo: manifestation du syndicat IG-Metall).

Plus d’un mois de blocages des trains et du métro, des manifestations à répétition… La réforme des retraites en France a déjà engendré le plus long des conflits sociaux des cinquante dernières années.

Comment expliquer cette extrême tension du dialogue social dans l’Hexagone et cette difficulté à y élaborer un consensus par la négociation entre partenaires sociaux ? Face à la violence du débat et à l’intensité de la confrontation, on est conduit à s’interroger sur la fonction des syndicats en France et leur singularité en Europe.

Pourquoi le sempiternel bras de fer ?

Si les discussions sur les réformes sont toujours si conflictuelles en France, c’est que, malgré l’adoption depuis quinze ans de multiples dispositions visant à améliorer le dialogue social, on demeure dans une logique de concertation préalable en matière de législation du travail, voire même de simple « consultation » dans les autres domaines.

Une concertation de 18 mois s’est ainsi déroulée avant la présentation de la réforme des retraites. Elle ne visait pas à dégager un consensus et elle n’a débouché que sur un relevé de conclusions identifiant les désaccords qui divisent les parties en présence.

Et il y avait d’autant moins de chance de progrès que le gouvernement a affiché un objectif de principe (en l’occurrence un système universel réunifiant les multiples régimes de retraite) qu’une partie des organisations syndicales refuse catégoriquement.

L’implication des syndicats dans les réformes recule en Europe

Chez nos voisins, la situation est sensiblement différente. D’abord – et c’est une différence importante par rapport à la France – le rôle essentiel des organisations syndicales consiste à négocier avec le patronat, par branches ou par entreprises, l’évolution des salaires, les conditions ou la durée du travail, la formation…

Mais il est vrai également qu’un peu partout, les organisations syndicales sont consultées, amenées à prendre position sur les évolutions de la législation, voire invitées à les négocier.

Ainsi, en Espagne, des accords nationaux dits « inter-confédéraux » entre confédérations patronales et de salariés ont longtemps servi de base à la législation du travail mais ils ont perdu de leur importance.

En Italie, des consultations tripartites (salariés-patronat- gouvernement) ont été menées et des pactes signés mais l’autonomie de décision gouvernementale n’a cessé de s’accroître au fur et à mesure que s’aggravait la désunion syndicale et que s’approfondissait la crise.

Par exemple, la réforme du droit du travail de Matteo Renzi a provoqué une grève générale en Italie en 2014 mais a finalement été imposée par le gouvernement.

Un peu partout, en Suède notamment, la quasi-disparition des négociations centralisées au profit de négociations sectorielles a fait reculer le rôle politique et sociétal des syndicats.

Les syndicats allemands efficaces mais moins influents

Si l’on en vient à l’Allemagne et au Royaume-Uni où l’influence des syndicats est historique, les confédérations ont longtemps été associées à la réflexion programmatiques des partis de gauche, le Trade Union Congress (TUC) avec les travaillistes britanniques, le DGB avec les sociaux-démocrates allemands.

Or, outre-Manche, les liens syndicats-parti ont été pratiquement réduits à néant avec l’avènement du « New Labour » de Tony Blair.

En Allemagne, ces liens se sont singulièrement distendus, surtout depuis la mise en œuvre en 2003-2005 de la libéralisation du marché du travail par le chancelier social-démocrate Gerhardt Schröder : ces réformes ont été adoptées malgré une large réticence, voire une opposition des syndicats qui ont dû finalement s’incliner.

Reste qu’outre-Rhin, l’élaboration des normes sociales ne se fait pas sans les syndicats dans la mesure où le pouvoir politique cherche en général à construire un consensus préalable avant de proposer de nouvelles législations. D’où une moindre conflictualité.

Mais la défense des intérêts quotidiens des salariés – notamment salariaux – reste la fonction essentielle des syndicats allemands qui démontrent chaque année leur efficacité en la matière.

Grosses disparités de taux de syndicalisation

Avec moins de 9% de taux de syndicalisation, la France est l’un des Etats les moins syndiqués d’Europe. L’Allemagne, qui dépassait les 30% il y a trente ans, n’affiche désormais que 16% de syndiqués, soit beaucoup moins que l’Italie (34%), la Belgique (50%) et surtout la Scandinavie (65%).

Il faut dire que dans ces derniers pays, l’accès à la plupart des prestations sociales et au bénéfice des conventions collectives est réservé aux syndiqués. Ce n’est pas le cas en France où 98% des salariés sont couverts par une convention collective.

Défenseurs des salariés et porte parole des mécontents

Les syndicats français défendent incontestablement les intérêts des salariés, au sein des entreprises dans le domaine des conditions de travail et en matière salariale dans les grandes entreprises.

Le problème est que le salaire n’est pas un sujet dans la plupart des petites entreprises. Surtout, comme il n’y a plus guère de négociations salariales au niveau des branches, les confédérations syndicales françaises et leurs grands affiliés sectoriels n’ont de ce fait pas la main sur les salaires et doivent se contenter d’une « concertation sociale » où ils courent le risque d’être enfermés dans un jeu de dupes.

Chez nos voisins, les négociations salariales se font par branches d’activité et les grandes organisations professionnelles peuvent afficher des succès tangibles en la matière. On pense en particulier au syndicat de la métallurgie IG-Metall en Allemagne.

Enfin, faute d’une démocratie locale vivante et de la faible légitimité des gouvernants, les confédérations syndicales de salariés sont amenées à endosser, en France, un rôle de « porte-parole des mécontents », ce qui les pousse à l’intransigeance et les met peu en capacité d’infléchir les décisions gouvernementales.


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