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Climat : la France ne tient pas ses engagements européens

mercredi, 22 janvier, 2020 - 11:34

Malgré l’échec de la Cop 25 de Madrid, l’Union européenne continue globalement de respecter ses engagements pour 2020. Mais, si des pays-membres sont en pointe, d’autres sont à la traine, comme la France et l’Allemagne qui accusent un retard important.

Un mois après l’échec de la COP 25 de Madrid, le forum économique mondial de Davos s’est ouvert sur une confrontation symbolique : celle de la jeune militante suédoise du combat contre le réchauffement climatique Greta Thunberg et le champion mondial des climato-sceptiques, le président américain Donald Trump.

Un débat intervenant quelques jours après l’amer constat du secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres selon qui « nous sommes en train de perdre la bataille du climat ». Une bataille qui reste en tête de l’agenda européen et, en particulier, de celui de la France dont les objectifs sont ambitieux.

Mais les réalisations ne sont pas à la hauteur et plusieurs pays de l’Union ne parviennent toujours pas à respecter leurs engagements inscrits dans le cadre d’action européen pour le climat et l’énergie 2030.

La stratégie à long terme annoncée l’an dernier par la Commission vise « 80 à 100% » de réduction de Gaz à effet de serre en 2050.

Et le « paquet énergie propre » adopté par le Parlement européen en 2018, tout en maintenant l’objectif de réduire de 40% les émissions d’ici à 2030 par rapport à 1990, porte de 27 à 32,5% les économies d’énergie par rapport aux projections faites il y a dix ans et de 27 à 32% la part des énergies renouvelables dans la consommation d’énergie.

Emissions : l’Allemagne plus en retard que la France

La France doit pour sa part avoir réduit en 2030 ses émissions de 37% par rapport à 2005. Or en 2018 – à mi-parcours donc – elle n’en était qu’à 20% de réduction. L’objectif 2030 est atteignable mais les efforts devront s’intensifier.

La situation de la Suède est assez comparable à celle de la France mais celle du Danemark est un peu meilleure. Quant à l’Allemagne, elle est encore très, très loin du but puisque, du fait de sa sortie du nucléaire, elle atteignait 12% de baisse des émissions en 2018 pour un objectif 2030 de 38% !

Les Pays-Bas sont pratiquement dans la même situation que leurs voisins germaniques. A l’inverse, des pays comme l’Italie, l’Espagne et surtout le Royaume-Uni ne devraient pas avoir de problème pour atteindre leurs objectifs en 2030 puisqu’ils ont déjà parcouru les trois quarts du chemin.

Economies d’énergies : Scandinavie en pointe

Si l’on se réfère cette fois aux objectifs fixés pour 2020 en matière de baisse de la consommation d’énergie primaire, trois Etats-membres on déjà dépassé leurs objectifs : ce sont la Suède, le Danemark et, de nouveau l’Italie, qui s’avère être un bon élève européen dans la lutte contre le réchauffement.

La situation est en revanche très compliquée pour l’Allemagne et la France qui, au vu des chiffres de 2018, n’ont pratiquement aucune chance de respecter leurs engagements pour 2020. De fait, deux ans avant l’échéance, ces deux pays n’ont réalisé que 50% de leurs objectifs 2005-2020.

Renouvelables : l’Allemagne devant la France

La France ne se rattrape guère en matière d’énergies renouvelables puisque celles-ci ne représentaient en 2018 que 16,5% de sa consommation d’énergie finale alors que le pays s’est engagé sur 23% dès 2020. Il semble donc tout aussi utopique d’espérer 32% en 2030, l’objectif fixé par l’UE.

L’Allemagne est mieux lotie car son engagement de 18% de renouvelables pour 2020 reste à sa portée avec un taux de 16,6% en 2018.

Quant au Royaume-Uni, il va avoir du mal à atteindre son objectif de 15% en 2020 tandis que les Pays-Bas n’ont aucune chance de doubler leur part d’énergie renouvelable en deux ans : ils ne sont qu’à 7% pour un objectif de 14.

On retrouve parmi les bons élèves de l’énergie renouvelable, ceux qui excellaient déjà en matière d’économie d’énergie, à savoir les pays scandinaves et l’Italie qui ont déjà atteint en 2018 leurs objectifs 2020.

Rappelons que la Suède tire des renouvelables 57% de sa consommation d’énergie finale…

Scandinavie et Europe du sud sont dans les clous

Les deux premiers pays européens sont donc indéniablement en retard. Selon l’indice annuel de performance climatique de l’ONG German Watch, l’Allemagne ne ressort qu’à la 20ème place des 58 pays du monde sous revue tandis que la France, bien qu’elle gagne trois places en 2019, n’est que 15ème.

Nos amis germaniques continuent toujours de « digérer » leur sortie programmée du nucléaire et le recours compensatoire aux énergies carbonées. Ils sont donc à la peine en termes d’émissions de CO2 cependant que la hausse du nombre de résidents engendré par le récent afflux d’immigrés contrecarre leurs efforts d’économies d’énergie.

Quant à la France, elle a souffert récemment de la baisse de sa production hydraulique du fait de la sécheresse, ce qui pèse sur ses performances en matière de renouvelables.

Cela dit, malgré le retard de ses deux leaders, l’Union européenne dans son ensemble reste globalement bien engagée dans la transition grâce aux excellentes performances de la Scandinavie et de l’Europe du sud – Italie en tête, de la spectaculaire baisse des émissions en Europe centrale et du rapide progrès de plusieurs pays de l’Est – notamment les baltes – en matière d’énergies renouvelables.

Une acceptation sociale problématique

En France, l’acceptation sociale des mesures contre le réchauffement reste problématique. Sans parler des multiples manifestations en zones rurales contre l’installation d’éoliennes (notre photo), c’est ce qu’ont démontré la colère des « bonnets rouges » contre l’écotaxe puis celle des « gilets jaunes » par rapport aux taxes sur les carburants.

L’Hexagone va donc devoir combler son retard en matière de fiscalité écologique. Un rattrapage qui s’annonce difficile au vu de l’expérience de la dernière décennie.

Parce qu’elle a été mise en place tardivement, la fiscalité écologique française a en effet été assez brutalement alourdie de 2010 à 2016, les taxes sur l’énergie s’étant accrues de 37% contre 17% en moyenne dans l’UE et 4% en Allemagne.

A l’évidence, ce virage trop brutal est mal passé…


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