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Nucléaire : un même objectif mais des méthodes divergentes pour la France et la Finlande

mardi, 28 janvier, 2020 - 11:24

Malgré leur volonté commune d’atteindre 50 % de nucléaire dans leur mix électrique, la France et la Finlande ont pris des directions bien distinctes en matière d’atome. Tandis que le pays nordique a choisi d’enfouir tous ses combustibles usés dans le sous-sol, l’Hexagone préfère miser, en partie, sur leur recyclage.

En matière d’énergie, difficile de trouver un point commun entre la France et de la Finlande tant leur situation énergétique paraît diamétralement opposée. Avec 67 millions d’habitants, l’Hexagone abrite une population 13 fois plus grande que le pays scandinave (5,5 millions), mais aussi sept fois plus dense. Bordée au nord par le cercle polaire, la Finlande dispose également d’un climat beaucoup plus froid que la France, sans oublier les immenses forêts qui couvrent les deux tiers de son territoire. Pourtant, les deux nations partagent un même objectif majeur dans leur stratégie énergétique : la production nucléaire, qui doit atteindre 50 % du mix électrique national dans les 10 à 15 prochaines années.

Dans sa dernière programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), l’État français s’est engagé à y parvenir d’ici 2035. Il prévoit pour cela de fermer 14 des 58 réacteurs en exploitation sur le territoire. Le parc nucléaire tricolore compte actuellement pour plus de 70 % de la consommation finale d’électricité dans le pays. Dans le même temps, le gouvernement prévoit d’accélérer le développement des énergies renouvelables pour continuer à varier et décarboner son mix énergétique. D’ici 2030, il vise 32 % d’énergies vertes dans la consommation finale d’énergie. Pour cela, il prévoit de doubler la capacité installée grâce, notamment, à l’essor de l’éolien terrestre, maritime et du solaire.

À l’inverse, la Finlande est déjà très avancée en matière d’énergies renouvelables. Ces dernières fournissent près de la moitié de l’électricité nationale grâce, notamment, aux importantes ressources en biomasse. Mais pour continuer à diminuer sa dépendance aux importations et aux énergies fossiles comme le charbon, l’État finlandais a décidé d’augmenter la part de l’atome. Pour la faire passer de 30 % à 50 % du mix électrique, il a décidé d’ajouter deux nouvelles unités de production à son parc nucléaire de quatre réacteurs. En 2019, EDF a achevé la construction d’un EPR de 1 600 MW à Olkiluoto, qui devrait bientôt pourvoir à 15 % des besoins électriques nationaux. À Pyhäjoki, le Russe Rosatom doit bientôt commencer le chantier d’un autre réacteur de 1 200 MW pour une mise en exploitation prévue en 2028.

L’enfouissement des déchets : une méthode plébiscitée en Finlande  

 

Mais alors que le nucléaire divise encore la population française, la question ne semble plus se poser en Finlande. « [La Finlande] a consacré beaucoup d’attention à l’éducation et à l’acceptation par le public, ce qui a permis de garantir le rôle à long terme de l’énergie nucléaire dans le bouquet énergétique du pays », indique l’Agence internationale de l’énergie. « Le nucléaire, qui n’émet pas de CO2, est considéré comme la meilleure solution pour lutter contre le réchauffement climatique », explique Vesa Lakaniemi, maire d’Eurajoki où est implantée la centrale d’Olkilluoto.

Preuve de la perception favorable de l’atome, la commune finlandaise s’apprête accueillir au large de ses côtes un centre de stockage de combustibles usés d’ici 2025. Ces matières radioactives seront enfouies à plus de 500 m sous la surface de la mer, dans un sol graniteux capable de résister plus de 100 000 ans. Selon l’agence de sûreté nucléaire finlandaise (Stuk), le choix s’est porté sur Eurajoki parce que ses habitants avaient « déjà une opinion positive du nucléaire ». « Avec le chantier EPR, on a touché sept millions d’euros de plus que prévu en termes de fiscalité annuelle », se félicite le maire, qui assure avoir obtenu le consentement de ses administrés sans difficulté. Mais au-delà de la divergence d’opinions, la Finlande se distingue de la France par son choix de ne pas traiter ni recycler ses matières et déchets radioactifs. « La question du retraitement des combustibles usés comme c’est fait en France a été étudiée dans les années 1980, explique Kai Hämäläinen, du Stuk. Ce n’est pas rentable. Pour ou contre, les déchets sont là, il faut une solution. Il y a eu consensus pour l’enfouissement géologique. Même les Verts ont voté pour ! » En France, cela fait plus de 50 ans que le choix s’est porté sur le retraitement et le recyclage.

Le retraitement et le recyclage, une seconde vie pour les déchets nucléaires

 

Après passage dans les réacteurs, les combustibles usés sont entreposés pendant trois ans dans l’eau du centre de traitement de La Hague (Manche), exploité par Orano (ex-Areva). À l’issue de ce processus, 96 % de la matière radioactive peut être réutilisée pour fabriquer du nouveau combustible. Avec cela, Orano produit notamment du Mox, mélange d’oxyde à l’origine de 10 % de l’électricité produite en France. Ce « cycle fermé » du nucléaire français ne génère donc théoriquement que 4 % de déchets ultimes, qui pourront être entreposés à 500 m de profondeur dans le futur centre de stockage géologique Cigéo en 2035 à Bure (Meuse). « Cela permet une réduction des volumes de déchets par cinq et de la toxicité par dix, assure Pascal Aubret, directeur recyclage d’Orano. L’Autorité de sûreté nucléaire considère que c’est la solution de conditionnement la plus sûre. »

Avec la Russie, la France est le seul pays dans le monde à disposer d’un tel programme de recyclage. Tandis que le Japon s’apprête à relancer son usine de traitement et que la Chine devrait bientôt s’en équiper d’une, la filière nucléaire française jouit d’une véritable expertise internationale dans ce domaine. Plusieurs pays européens comme les Pays-Bas, l’Espagne et l’Italie font appel à La Hague pour retraiter leur combustible usé. Orano, qui s’est recentré sur le secteur du recyclage nucléaire, exporte également son savoir-faire. En Allemagne, il a récemment été mandaté pour démanteler deux centrales nucléaires de l’Allemand EWN. En octobre 2019, le groupe tricolore a également signé un accord au Japon pour le traitement de matières et déchets radioactifs avec Tepco. Avec près de 300 réacteurs nucléaires à démanteler dans les 15 prochaines années, les affaires d’Orano devraient bien se porter.


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