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Réfugiés : la donne européenne se modifie en matière d’accueil

jeudi, 20 février, 2020 - 09:19

France et Allemagne sont désormais au même niveau en termes de demandes d’asile tandis que l’Italie ouvre de nouveau ses ports aux migrants de la Méditerranée. Mais l’Europe n’est toujours pas parvenue à s’accorder durablement sur leur répartition.

 

Malgré le net ralentissement des flux de migrants vers l’Europe depuis deux ans, ce sont encore plus de 1500 personnes venues des rives sud de la Méditerranée qui ont été récupérées en janvier dernier par les bateaux humanitaires et débarquées sur le territoire de l’Union européenne.

En vertu d’un accord partiel entre dix Etats-membres de l’UE, elles devraient être réparties entre plusieurs pays de l’Union après avoir accosté en Italie.

Car la Péninsule est revenue sur sa politique de fermeture des ports menée jusqu’en septembre 2019 par l’ancien ministre de l’intérieur d’extrême droite Matteo Salvini qui vient d’ailleurs d’être renvoyé devant la justice pour « séquestration » suite au blocage, l’été dernier, d’un bateau humanitaire.

100.000 arrivées, 1300 morts en 2019

Ces avancées n’empêchent malheureusement pas les morts en Méditerranée. Environ 1300 migrants ont ainsi perdu la vie l’an dernier. C’est évidemment moins que les années précédentes – 2300 en 2018, plus de 3000 en 2017, plus de 5000 en 2016…

Mais cette baisse de la mortalité est parallèle au ralentissement des flux de migrants à travers la Méditerranée puisqu’un peu plus de 100.000 ont traversé en 2019 contre 180.000 en 2017 et plus d’un million en 2015.

Il faut savoir que l’année 2019 a été marquée par une très forte réorientation des flux puisque près de 80% se sont dirigés vers l’Espagne et la Grèce du fait de la quasi-fermeture des ports italiens.

Mais depuis quelques mois, la situation se retourne et la Méditerranée centrale redevient une voie royale après le départ des nationalistes de la Ligue du gouvernement italien.

La répartition toujours au cas par cas

Il n’en demeure pas moins que les Européens sont encore bien loin d’avoir une stratégie commune en matière de répartition des migrants arrivés dans l’UE.

Au début de l’automne dernier, quatre Etats-membres, la France, l’Allemagne, l’Italie et Malte s’étaient pourtant entendu sur un « mécanisme européen de répartition ».

Ils ont été rejoints par L’Irlande et le Portugal tandis que plusieurs pays de l’ancien bloc de l’Est comme la Croatie, la Roumanie ou les Pays Baltes se sont déclarés « intéressés ».

Mais l’Europe du Nord ne suit pas, l’Europe centrale du groupe de Visegrad y reste résolument hostile tandis que l’Espagne, la Suède ou la Grèce s’estiment déjà débordées par la question des réfugiés.

En outre, ce mécanisme repose sur la définition par chaque pays de critères spécifiques d’accueil. Chacun choisirait presque, en quelque sorte, ses réfugiés. En réalité, on en reste à la gestion au cas par cas des passagers de chaque bateau humanitaire…

Les demandes d’asile tendent à s’égaliser…

420.000 demandes de protection ont été déposées dans l’Union en 2019, soit trois fois moins qu’en 2016. Les chiffres de l’an dernier ne sont pas encore définitifs mais pour la première fois, il semble que le nombre de demandes d’asile soit du même ordre en Allemagne et en France, environ 150.000 dans chaque pays. Il y a un nombre record de demandes en Espagne (dans les 120.000), soit trois fois plus qu’en Italie. Mais, on l’a vu, cela devrait s’inverser de nouveau. Quant à la Grèce, elle reçoit un nombre très élevé de demandes par rapport à sa population : près de 80.000.

… mais la France régularise beaucoup moins que l’Allemagne

Nous verrons dans les prochains mois s’il se confirme que la France est redevenu un pays accueillant. Ce qui est sûr, c’est que l’Hexagone a pratiqué jusque-là une politique d’asile plutôt restrictive.

En se fondant sur les titres de séjour délivrés en 2018 au titre de l’asile ou pour motifs humanitaires, l’administration française donne une suite positive à environ 40% des demandes.

Or, dans le même temps, l’Allemagne fait droit au deux tiers des demandes tandis que la Suède délivre huit titres de séjour pour dix demandés.

A l’inverse, l’Italie n’accorde l’asile que dans 35% des cas, les Pays-Bas et la Grèce ne le faisant qu’une fois sur quatre.

Royaume-Uni et France, principaux pays de réinstallation

Quant à savoir si, globalement, l’Europe joue un rôle central dans la gestion de la crise internationale des réfugiés, il faut prendre la mesure du problème en regardant le nombre de réfugiés qui s’entassent dans les pays de premier accueil hors de l’Union européenne, à savoir, la Turquie, la Syrie, le Liban, la Jordanie ou encore le Soudan ou l’Egypte.

En 2018, le Haut Commissariat pour les Réfugiés de l’ONU, le « HCR », les chiffraient à plus de dix millions d’êtres humains alors qu’ils n’étaient encore que 7,5 millions en 2014.

Voici plusieurs années que le HCR a mis en place des programmes de « réinstallation » visant à relocaliser une partie de ces réfugiés dans les pays développés. Depuis 5 ans, 400.000 réinstallations ont lieu – à peu près 10% du total – dont la moitié aux Etats-Unis et environ 15% dans les quatre principaux pays de l’Union européenne.

Pour 2018-2019, l’Allemagne ne vient à cet égard qu’en troisième position européenne derrière le Royaume-Uni (11.500) et la France (10.500).

Le rôle dominant de l’Allemagne tend à s’amoindrir

Cela dit, ne nous trompons pas : depuis la vague migratoire commencée en 2014, l’Allemagne abrite 630.000 réfugiés supplémentaires titulaires d’un titre de séjour contre 72.000 pour la Suède et 70.000 pour la France.

A lui seul, notre voisin germanique a accepté, depuis 2015, 71% des migrants humanitaires accueillis dans l’Union européenne. La France, moins de 8% !

Le ralentissement des flux migratoires et, surtout, l’affaiblissement de la position politique de la chancelière Angela Merkel commence seulement à modifier cette réalité.


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