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La montée des inégalités touche moins la France que ses voisins

mercredi, 26 février, 2020 - 17:34

Depuis 40 ans, la révolution de l’internet et le tournant libéral ont favorisé l’explosion des hauts revenus. L’envol des inégalités est moins criant en Europe qu’aux Etats-Unis et il touche les Britanniques et les pays du nord plus que l’Europe du Sud. La France est la plus épargnée.

L’accroissement des inégalités dans les pays développés est devenu l’un des sujets prédominants du débat politique et social. Il est un facteurs explicatifs de la montée, en Europe, des courants nationaux-populistes ou de gauche anti-système ainsi que de vastes mouvements contestataires comme celui des « gilets jaunes » en France.

Menées sous la houlette de plusieurs économistes – dont le Français Thomas Piketty – l’appareil statistique s’est enrichi de nombreuses données permettant de mieux cerner l’évolution de ces inégalités de richesse monétaire, grâce notamment à la comparaison des diverses catégories de revenus.

Au début des années 2010, des économistes ont mis sur pied une base de données, la « world inequality database ». Elle fonctionne essentiellement en divisant par dix ou cent – on parle de déciles ou de centiles – le spectre des revenus dans chaque pays.

Cela permet d’observer à travers le temps l’enrichissement ou l’appauvrissement relatif soit des plus fortunés – le « centile supérieur » que constituent les 1% les plus riches – soit des classes populaires (les 50% les moins riches) ou encore celui des classes moyennes (les revenus des 40% suivants).

On a ainsi une mesure de l’évolution des inégalités. Il ressort des travaux de Thomas Piketty que celles-ci se sont accrues depuis l’avènement de la « révolution libérale » des années 1980.

L’Internet et la révolution libérale des années 80

Quel est l’origine de ce phénomène ? Le début des années 80 marque l’éclosion des technologies de l’information symbolisées par internet.

Comme dans toutes les révolutions technologiques, les mutations économiques et sociales engendrées ont un double effet : elles enrichissent de nouveaux entrepreneurs et appauvrissent la main d’œuvre touchée par la disparition ou la transformation de nombreuses entreprises.

Cette mutation s’est trouvée favorisée, au tournant des années 80, par le retour de politiques libérales visant à favoriser l’entreprenariat et l’accumulation du capital en diminuant le poids de la fiscalité des hauts revenus.

Les inégalités se sont donc accrues très sensiblement, en particulier aux Etats-Unis où la part des 1% les plus riches dans le revenu global est passé entre 1980 et 2015 de 11 à 20% du total des revenus ! Le phénomène est plus atténué en Europe où cette part a quand même augmenté de 7,5 à 12%.

Poussée générale mais inégale des revenus élevés

Du fait d’une « révolution thatchérienne » radicale, le Royaume-Uni est clairement le pays européen qui a vu le plus augmenter cette richesse. En 1980, les 1% les plus riches y captaient moins de 6% des revenus. 35 ans plus tard, leur part dépasse 14% du total.

Mais l’Allemagne, première économie d’Europe, n’est pas très loin, à plus de 13% contre 10,6% il y a 35 ans. En France, ce « centile supérieur » est passé de 8,2 à 11% des revenus.

Même s’il y a progression, des pays comme l’Italie, la Belgique ou la Suède sont parvenus à contenir sous les 9% la part des très hauts revenus et celle-ci a même diminué en Espagne et aux Pays-Bas.

Les classes moyennes souffrent…

Si les revenus des 1%, mais aussi des 10% les plus aisés s’envolent, les classes moyennes voient leur part du gâteau se réduire. Une réalité, là encore particulièrement manifeste au Royaume-Uni où la part de ceux qui gagnent entre 50 et 90 sur une échelle de 1 à 100 revient de 48 à 44%.

Ce recul des classes moyennes est moindre en Allemagne et en Suède et il est encore plus limité en France tandis que rien n’a vraiment changé au sud de l’Europe et aux Pays-Bas. La Belgique fait exception puisque les classes moyennes y ont augmenté leur part dans la richesse totale.

… de même que les classes populaires

Si l’on considère la moitié de la population qui gagne le moins, c’est à dire celle qui se situe en dessous du revenu médian, il n’y a en Europe rien de comparable à l’effondrement constaté aux Etats-Unis où cette moitié a vu ses revenus relatifs s’affaisser de 37% !

Cela dit, en Allemagne et l’Italie, ce recul des classes les moins favorisées dépasse quand même 20% alors qu’il n’est que de 10% en Suède et aux Pays-Bas.

En France, la part des classes populaires n’est qu’en légère baisse. Leur situation est inchangée en Espagne.

Une fiscalité plus douce aux riches mais qui reste redistributive

Ces différences reflètent en partie le caractère plus ou moins redistributif des politiques nationales. Notamment en France où les transferts sociaux sont importants.

Quant à la fiscalité – même si la répartition des revenus précitée n’en tient pas compte – elle corrige la donne en faveur des bas revenus.

A l’inverse, les baisses d’impôts dont ont bénéficié les revenus élevés depuis trois décennies ont été un facteur important de hausse des inégalités.

Sans même parler de la disparition des taux maximum de 85 ou 90% pour des revenus d’un niveau exceptionnel, l’imposition frappant les très hauts revenus a très sensiblement diminué (surtout outre-Manche).

C’est l’un des facteurs explicatifs de l’augmentation de la part des revenus élevés dans le revenu global.

La France préserve mieux ses équilibres sociaux

Le creusement des inégalités est bien général en Europe. Mais il est particulièrement accentué au Royaume-Uni où les très hauts revenus ont fortement progressé au détriment des classes moyennes.

Même si elle est moins marquée, la même tendance s’observe en Allemagne, cette fois au détriment des classes populaires.

Les pays du sud sont moins inégalitaires mais les classes défavorisées ont souffert en Italie et beaucoup moins en Espagne.

Enfin, malgré son niveau élevé d’agitation sociale et de prégnance du populisme, force est de constater que la France a à peu près préservé ces grands équilibres sociaux depuis 40 ans. Même si, comme ailleurs, les très hauts revenus y sont à la noce !


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