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Sécurité routière : encore trop de victimes en Europe

mercredi, 4 mars, 2020 - 10:12

Globalement, l’Union européenne n’atteindra pas les objectifs qu’elle s’était fixés en matière d’accidentalité routière. Certains pays du nord de l’Europe ont de bons résultats mais, en nombre de tués, la France n’est que onzième sur quinze en Europe occidentale.

Alors que les chiffres préliminaires de la sécurité routière pour 2019 viennent d’être publiés, plusieurs départements français annoncent leur décision de revenir partiellement sur l’abaissement de 90 à 80 km/h de la vitesse maximale autorisée sur le réseau national et secondaire.

Le débat est loin d’être enterré puisque les partisans d’une vitesse réduite estiment que des vies ont été épargnées sur les routes depuis dix huit mois.

Ce retour partiel aux 90 km/h en France, est-il donc responsable ? Tout d’abord, gardons-nous d’exagérer l’ampleur du phénomène.

80 km/h : une remise en cause très partielle…

On se souvient que, face à la grogne des gilets jaunes qui dénonçaient une mesure frappant les automobilistes ruraux les plus modestes, le gouvernement avait accepté d’assouplir l’abaissement général de la vitesse de 90 à 80 km/h instauré en juillet 2018 sur l’ensemble du réseau national et secondaire français, soit 400.000 kilomètres de routes.

Mais cette possibilité accordée aux autorités départementales est assortie de conditions tellement drastiques qu’à l’heure actuelle seuls une douzaine de départements ont décidé d’utiliser cette possibilité.

A ce jour, le régime dérogatoire ne concerne ainsi qu’environ 10.000 kms de routes, soit 2,5% du réseau concerné par la limitation à 80.

… et des bénéfices difficiles à évaluer

Selon la communication gouvernementale, cette limitation (impopulaire) à 80 km/h aurait porté ses fruits mais il n’est pas évident de répondre à cette question.

Il est vrai qu’entre 2017 et 2018, le nombre de tués sur la route en France métropolitaine a diminué de 200 personnes. Mais on ne saurait en attribuer totalement le crédit aux 80 km/h qui ne sont entrés en vigueur qu’au second semestre 2018.

Cela dit, en ne prenant en compte que le réseau concerné par la baisse de la vitesse, le second semestre 2018 marque une baisse de 125 tués par rapport à la moyenne des seconds semestres de 2013 à 2018. Tandis que cette baisse n’est que de sept tués si l’on fait la même comparaison sur le premier semestre.

Malheureusement, l’année 2019 n’a pas confirmé cette embellie puisqu’à 3239, le nombre des tués n’a diminué en France que de 9 personnes sur 2018.

Des évolutions divergentes en 2019…

Chez nos voisins, seules les premières tendances se dessinent pour 2019. Le nombre de tués diminue de 220 personnes en Allemagne, à 3054, mais il augmente de 85 personnes au Royaume-Uni – il est vrai à seulement 1870.

Il est également en hausse en Italie mais en sensible baisse en Espagne. Notons que, dans ce dernier pays, la vitesse sur les routes secondaires a été ramenée de 100 à 90 km/h au début 2019. Rouler moins vite semble donc quand même économiser des vies.

… mais un classement très médiocre pour l’Hexagone

En ne considérant, pour simplifier, que le nombre de ceux qui ont perdu la vie sur la route par million d’habitants, la France est simplement à la 13ème place européenne (et 11ème sur 15 en Europe occidentale) avec 48 décès par million.

Bien loin derrière le champion britannique – 28 décès seulement – et des pays comme le Danemark, les Pays-Bas, la Suède qui se situent à 30/32. L’Allemagne et l’Espagne – à 39 – font également mieux que l’Hexagone qui n’arrive à devancer en la matière, parmi ses voisins, que l’Italie.

Tendance à la baisse des vitesses autorisées

La remise en cause de la limitation à 80 km/h en France est donc peu opportune d’autant que ce type d’assouplissement n’a pas cours ailleurs.

On avait certes beaucoup glosé, il y a deux ans, sur la décision danoise prise en 2017 de remonter de 80 à 90 la limitation sur les routes secondaires. Mais cette hausse de la vitesse autorisée n’a concerné finalement que quelques courts tronçons.

Partout ailleurs, la tendance à diminuer la vitesse est générale. On a parlé de l’Espagne, mais il y a l’Autriche qui vient de renoncer à généraliser une expérience d’autoroutes limitées à 140 et non 130.

Quant à l’Allemagne, elle envisage de réduire à 90 km/h – au lieu de 100 actuellement – la vitesse autorisée sur son réseau secondaire.

Les dangers de la liberté en Allemagne

Et puis outre-Rhin, l’opportunité de n’imposer aucune limitation de vitesse sur une bonne part du réseau autoroutier fait toujours débat.

Si globalement, les routes allemandes sont moins meurtrières qu’en France, il faut noter qu’en 2018, 13% des accidents mortels sur le réseau routier allemand se sont produits sur l’autoroute.

En France, cette proportion est d’à peine plus de 8% et au Royaume-Uni elle n’est que de 6%. Donc les autoroutes allemandes se révèlent nettement plus dangereuses que dans les pays voisins.

Cette non-limitation allemande – défendue en fait par les constructeurs nationaux de grosses berlines – est d’ailleurs une parfaite exception en Europe où, sur les autoroutes on ne peut en général dépasser les 120 ou les 130 km/h, sauf sur 40% des autoroutes polonaises où l’on peut rouler à 140.

L’Europe très en deçà de ses objectifs

Reste que l’Europe ne progresse pas suffisamment en matière de sécurité routière et n’atteint pas les objectifs fixés par l’Union.

La mortalité routière était censée se réduire de 50% entre 2010 et 2020 mais l’amélioration n’était que de 21% en 2018 !

Pour 2022, tous les pays de l’Union s’étaient engagés à ne pas dépasser 35 morts par million d’habitants. Or, seuls 5 pays atteignent d’ores et déjà cet objectif : Royaume-Uni, Danemark, Irlande, Pays-Bas et Suède. Et l’on n’ose à peine évoquer l’objectif de « zéro morts » en 2050…

Pourtant, les instances de l’Union européenne ne baissent pas les bras. Et continuent à imposer des normes de plus en plus drastiques, notamment en matière de sécurité embarquée.

Reste encore à améliorer le comportement des automobilistes…


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