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La Guinée menacée de sanctions européennes après un scrutin controversé

mardi, 24 mars, 2020 - 16:30

Par  myeurop

Reporté à de nombreuses reprises, le scrutin référendaire et législatif s’est finalement tenu ce dimanche 22 mars en Guinée. Au prix, selon l’opposition, d’une dizaine de victimes, tuées par les forces de police, et de nombreux blessés, venant s’ajouter aux 35 victimes et aux dizaines de blessés déjà comptabilisés lors des précédentes manifestations contre ce double-scrutin controversé. Diverses instances internationales, dont l’Union européenne, envisageraient de sanctionner les acteurs politiques et économiques guinéens ayant permis cette parodie d’élections libres, au premier rang desquels le président du pays, Alpha Condé.

Référendum non inclusif… pour une Constitution présentée comme plus inclusive

Contestés par l’ensemble de la communauté internationale, longtemps reportés, les élections législatives et le référendum constitutionnel se sont finalement tenus dimanche en Guinée. Ce double scrutin, boycotté par l’opposition, visait à renouveler l’Assemblée nationale guinéenne, mais également à interroger le pays quant à sa volonté ou non de se doter d’une nouvelle Constitution, souhaitée par Alpha Condé. Pour convaincre les Guinéens de leur intérêt à « moderniser » leur norme suprême, le président s’est lancé, de longue date, dans un exercice de promotion des avancées proposées : abolition de la peine de mort, école obligatoire et gratuite pour les deux sexes jusqu’à l’âge de 16 ans, parité hommes-femmes, répartition plus juste des richesses, etc.

Problème, en dépit de ces annonces progressistes, la volonté du dirigeant de 82 ans de modifier la Constitution a d’emblée été perçue comme un moyen, pour lui, de briguer un troisième mandat, ce que ne permet pas le texte en vigueur. Face à la défiance des Guinéens et des instances internationales (Union européenne, Etats-Unis, Union africaine, CEDEAO, ONU, OIF, etc.), le fichier électoral aurait été truffé de noms douteux, qu’il s’agisse de doublons, de noms de personnes décédées ou de mineurs. Un fichier qui contiendrait  2,5 millions de noms « sortis du chapeau », soit un tiers de sa taille. Et si Alpha Condé a assuré qu’une opération de nettoyage de ce fichier avait été menée, dans les faits, « on n’a aucune preuve que cette opération a été effectuée », selon Cellou Dalein Diallo, chef de file de l’opposition et président de l’Union des Forces démocratiques de Guinée.

Ironie du sort, si la nouvelle Constitution semble s’attacher à fournir un cadre institutionnel à une Guinée plus inclusive,  le scrutin référendaire visant à l’imposer s’est quant à lui distingué par son manque d’inclusivité, de transparence et d’équité, aux dires de l’ensemble des observateurs. Pour Cellou Dalein Diallo, la procédure est à ce point entachée d’irrégularités que ce vote est tout bonnement nul et non avenu : « La Guinée n’a vraiment pas voté hier, elle n’a pas participé à cette mascarade électorale. Jamais on a enregistré une élection comme celle qu’on a vécue hier ».

Menaces de sanctions économiques internationales

Les critiques pleuvent également du côté des instances internationales, Union européenne en tête. Une source diplomatique évoque en effet la menace de sanctions planant sur la Guinée, mais également sur « certaines personnalités politiques et des opérateurs économiques du pays, pour leur soutien supposé ou avéré au projet de réforme constitutionnelle initiée par le président Alpha Condé. » Selon cette même source, ces personnalités ne seront plus admises dans l’espace Schengen, tandis que leurs avoirs économiques pourraient y être gelés. Le blocage de visas ainsi que l’interdiction aux familles de ces personnalités de se rendre en Europe pour voyager, étudier et vivre seraient également à l’étude. Un coup dur, quand on sait le nombre de dirigeants guinéens possédant des résidences en France, ou ayant coutume de s’y rendre en famille pour faire du shopping. Enfin, des sanctions diplomatiques pourraient être prises concernant la représentativité du pays et sa reconnaissance dans les instances internationales, ce qui ne manquerait pas de l’isoler de façon inquiétante.

L’Union européenne serait par ailleurs en pourparlers avec les Etats-Unis afin d’envisager un élargissement de ces sanctions. L’Union africaine, pourtant peu rompue à ce genre de procédé, n’exclurait pas elle non plus, selon une source basée à Addis-Abeba, et « au vu des enjeux majeurs qui se profilent en 2020 », de prendre des mesures « de façon exceptionnelle ». Preuve de la gravité de ce qui se joue à Conakry.

Alpha Condé et ses proches menacés

Parmi les personnalités visées par ces sanctions, Alpha Condé lui-même, bien entendu, mais également son fils, Alpha Mohammed Condé, ainsi qu’un certain nombre de membres de son entourage politique et militaire : Malick Sankhon, le DG de la CNSS, Damaro Camara, le Général Bourema Condé, le Colonel Baffoe, Fabou Camara, le Directeur Général de la DPJ, Mohamed Diané, le Ministre de la Défense ou encore le Premier ministre Kassory Fofana.


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