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Dans l’Europe confinée, les sociabilités se réinventent

jeudi, 26 mars, 2020 - 13:03

A l'heure du confinement, les plateformes sociales, comme Yubo, constituent des alternatives aux sociabilités classiques.

Depuis maintenant plus d’une semaine, le confinement est effectif sur l’ensemble du territoire national. Dans le monde, plus d’un milliard de personnes sont assujetties à de strictes règles de déplacement. Plusieurs dizaines de millions de jeunes sont, eux aussi, privés d’accès à l’enseignement pendant une durée encore indéterminée. Réduites aux interactions virtuelles, les relations sociales se déploient désormais dans le monde numérique. Les applications sociales rencontrent d’ailleurs un grand succès depuis quelques jours. De Yubo jusqu’à Netflix Party, en passant par Watch2gether, tour d’horizon de ces acteurs qui font des sociabilités numériques le coeur de leur modèle.

Les applications sociales : le pendant virtuel des sociabilités physiques

« En une semaine, nous avons remarqué une évolution très sensible » explique Sacha Lazimi, CEO et co-fondateur de Yubo, une plateforme sociale française qui rassemble 25 millions d’inscrits dans le monde. « Depuis le début des mesures de confinement en France, nous comptabilisons d’ores et déjà 260 % de temps de live  en plus, 100 % de streamers et plus de 60 % d’utilisateurs quotidiens ». Bien avant la crise sanitaire qui traverse désormais la quasi-totalité du globe, Yubo capitalisait sur des liens en direct, permettant d’avoir des discussions avec des inconnus de son âge, partout dans le monde. Depuis le début du confinement, l’application est devenue un moyen privilégié pour les adolescents de conserver un contact entre eux. « Pour une tranche d’âge aussi sociable que la Génération Z, qui se construit par rapport aux relations tissées avec ses pairs, pouvoir garder un contact permanent, comme dans une cour de collège mais dans le monde virtuel, est un atout précieux pour vivre cette période de la manière la plus sereine possible », explique Sacha Lazimi.

Le confinement ne suppose en effet, en aucun cas, de se couper totalement du monde. Les grandes plateformes se mobilisent pour permettre aux habitants confinés de maintenir une vie sociale, même à distance. En témoigne la nouvelle tendance des apéros live. L’application Zoom, initialement prévue pour permettre la tenue de réunions en télétravail, s’est désormais imposée comme un point de rencontre entre amis. Sur Twitter et Instagram fleurissent de nouveaux hashtags, comme #aperoconfinement ou #aperoskype, témoignant de l’émergence de nouvelles pratiques salutaires qui, en temps de crise, évitent l’isolement et ses conséquences psychologiques potentiellement néfastes. Des groupes Facebook permettent des apéros entre voisins, qui se déroulent sur les balcons respectifs, avec un DJ et un choix participatif pour les musiques diffusées.

Les plateformes rivalisent d’ingéniosité pour permettre à chacun de maintenir ses habitudes, mais de chez soi. Netflix propose désormais son service Netflix Party qui permet à ses abonnés de partager, ensemble, le visionnage d’une série et d’échanger en direct sur un tchat. Le service prend la forme d’un simple plug-in à rajouter sur Chrome. Un système existant aussi sur l’application Watch2gether, qui permet de faire naître des salles de cinéma ou de théâtre virtuelles avec ses proches et de regarder ensemble des vidéos.

De l’impact psychologique du confinement

Le confinement aura, sans doute, un impact psychologique important sur bon nombre de Français. Et pour cause, certains psychologues comparent même l’acceptation de ces mesures exceptionnelles au processus de deuil. C’est en tout cas l’avis de Patrica Delattre, psychologue clinicienne. « Comme pour la perte d’un être cher, on va passer par différents stades comme le déni, puis la colère où l’on va décider de braver l’interdiction de sortir. Puis on accepte la situation et on se résigne à ne plus voir les choses comme avant » explique-t-elle. L’impact psychologique potentiel de ces mesures constitue une inquiétude d’autant plus forte pour les personnes déjà à risque. « Le niveau d’anxiété de la population générale va probablement augmenter. Et les populations vulnérables, qui souffrent déjà de troubles psychiques ou plus vulnérables psychologiquement vont être plus touchées » explique Fabienne El-Khoury, docteure en santé publique. Une partie des psychiatres et psychologues s’est d’ailleurs engagée à poursuivre les séances par téléphone pour accompagner, au mieux, leurs patients pendant cette période.

Pour contrer la tendance à la dépression qui pourrait toucher une partie de la population, les spécialistes recommandent de conserver le maintien d’une stricte routine, avec des heures fixes de lever et de coucher, le maintien d’une forte hygiène personnelle, d’un planning pour conserver un équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle ou encore, la pratique d’une activité sportive à domicile. Une myriade d’applications existe, bien souvent en accès libre pour permettre la pratique du sport, la constitution d’une to-do list et, évidemment, de maintenir une activité sociale.

Le maintien des sociabilités est l’une des pistes privilégiées par les psychologues pour permettre aux populations de conserver le moral. « J’encourage les gens à remettre en place tout ce qui est Skype, Facetime. Au lieu de se téléphoner, il faut se voir » explique en ce sens Patrica Mozdzan, psychologue, qui plébiscite le recours aux applications sociales comme un outil de lutte contre la dépression. Nul doute que, dans ce contexte, ces dernières devraient connaître une recrudescence majeure de leur activité.


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