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L’UE oublie l’Italie… et alimente les eurosceptiques transalpins

jeudi, 9 avril, 2020 - 10:14

Pays le plus durement touché par l’épidémie de coronavirus, l’Italie a appelé l’Europe à l’aide. En vain, le silence assourdissant de la Commission européenne alimentant en retour la défiance grandissante des Italiens envers l’UE. Une défiance ancrée depuis plusieurs mois et après de nombreuses maladresses des autorités bruxelloises.

Pays le plus durement touché par l’épidémie de coronavirus, l’Italie a appelé l’Europe à l’aide. En vain, le silence assourdissant de la Commission européenne alimentant en retour la défiance grandissante des Italiens envers l’UE. Une défiance ancrée depuis plusieurs mois et après de nombreuses maladresses des autorités bruxelloises.

Des « coronabonds » pour financer la relance et la reconstruction de l’Europe à l’issue de la crise du Covid-19 : dans une tribune publiée le 6 avril dans les pages du Monde, le commissaire européen à l’Économie, l’Italien Paolo Gentiloni, a appelé à faire preuve de « solidarité » en créant un fonds européen financé par l’impôt et à même d’émettre des obligations à long terme. Une mutualisation des dettes contractées par les États membres les plus exposés à la pandémie de coronavirus et qui rencontre (une fois de plus) l’opposition farouche des pays du « nord », Allemagne et Pays-Bas en tête.

Ce nouveau « nein » allemand n’est, hélas, que l’énième illustration de la fracture qui, à la faveur de la crise du Covid-19, creuse un peu plus chaque jour le fossé entre l’Italie et le reste du vieux continent. Cette pandémie mondiale et ses conséquences était pourtant « le moment de faire preuve de plus d’ambition, de davantage d’unité et de courage » pour le chef du gouvernement italien, Giuseppe Conte. Mais depuis des semaines, l’Italie appelle à l’aide ses partenaires européens qui, à l’unisson ou presque, sont aux abonnés absents. Un silence assourdissant, qui passe très mal auprès de l’opinion publique dans la botte.

Un sentiment d’abandon

Car ce rendez-vous manqué avec l’histoire nourrit un profond ressentiment au-delà des Alpes, et alimente un rejet de plus en plus massif de l’UE et de ses institutions. C’est « l’édifice européen tout entier (qui) risque de perdre sa raison d’être », avait d’ailleurs alerté encore Giuseppe Conte. Depuis plusieurs jours, la presse italienne, même les Titres les plus « europhiles », n’a plus de mots assez durs pour qualifier la trahison de Bruxelles : « Une Europe laide », titrait ainsi récemment La Repubblica ; « un projet européen terminé », « une union qui ne fait pas la force », renchérissait le Corriere della Sera ; « Quand on compte les morts, on ne compte pas les milliards », tranchait pour sa part le quotidien économique Il Sole 24 Ore.

« Plus l’Italie fait nation face à la pandémie, plus elle s’éloigne de l’UE », déplore de son côté Marc Lazar, professeur d’histoire à Sciences Po dans un éditorial du Monde. Une lente, mais irrémédiable sécession qui se traduit dans les sondages : seuls 35 % des Italiens ont encore un avis favorable envers l’UE, selon une étude réalisée les 16 et 17 mars derniers. Et, selon une autre enquête, 88 % d’entre-eux considèrent désormais que l’UE n’aide pas leur pays face au coronavirus et 67 % pensent qu’appartenir à l’UE représente maintenant un désavantage.

Du Covid-19 à la nourriture « Made in Italy », un même mépris

Un désamour dans lequel se sont engouffrées d’autres puissances comme les États-Unis, la Russie ou la Chine ravies de pouvoir venir en aide à l’Italie… et de pouvoir affaiblir le projet européen. Mais si le divorce entre Rome et Bruxelles est consommé, c’est parce que les motifs de tensions s’étaient multipliés : depuis plusieurs années sur les questions budgétaires notamment, l’Italie réclamait davantage de souplesse dans l’équilibre des comptes publics pour lui permettre de surmonter ses difficultés économiques. Demandes systématiquement balayées de la main par Berlin ou Bruxelles. Pas plus tard qu’en septembre 2019, le gouvernement de Giuseppe Conte avait dû longuement plaider sa cause auprès de la présidente de la Commission, Ursula Von der Leyen, afin de réclamer la mansuétude des autorités européennes en ce qui concerne le déficit du budget italien. Une situation perçue comme « humiliante » par une large part de l’opinion publique de l’autre côté des Alpes.

Autre sujet de crispations sous-estimé par les autorités bruxelloises : les indications nutritionnelles sur les emballages alimentaires. En effet, le modèle du « Nutri-score » proposé par la France et soutenu par d’autres pays comme l’Allemagne, essaie de s’imposer au niveau européen. Or, cet étiquetage risque de très mal classer la plupart des produits emblématiques de la gastronomie italienne, jugés trop gras ou trop salés : charcuterie, fromages, huile d’olive… Une mesure mal vue en Italie, où le secteur de l’agroalimentaire représentait 42 milliards d’euros en 2018. Sans compter l’affront symbolique à la culture italienne. Une situation qui a même conduit Rome a proposer son propre modèle, « Nutrinform » censé éviter qu’un bloc de Parmesan soit moins bien noté qu’une canette de Coca Zéro.

Si ce dossier, celui des indications nutritionnelles, semblait anodin vu de Bruxelles, il a durablement marqué les esprits en Italie en 2019. Une « maladresse » qui est mal passée dans un contexte politique où Rome devait justement se livrer chaque semestre à un bras de fer avec la Commission pour défendre son budget. Dans ces conditions, la crise économique et sanitaire provoquée par l’épidémie de Covid-19, et l’abandon de l’Italie par ses partenaires européens, est probablement la goutte qui a fait déborder le vase.

Une situation désastreuse qui fait le lit des eurosceptiques. La droite et l’extrême droite italiennes sont en embuscade, tant la majorité actuelle (Parti Démocrate et Mouvement 5 étoiles) semble désormais fragilisée. En effet, la posture résolument « europhile » que le gouvernement affichait encore il y a quelques mois, semble désormais quelque peu désuète aux yeux de nombreux électeurs italiens…


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