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La France, mauvaise élève en matière d’isolation ?

vendredi, 24 avril, 2020 - 08:01

Pour certains, l'Hexagone, qui doit remettre durant le printemps 2020 à la Commission européenne sa stratégie en matière d'isolation des bâtiments, paie le prix de « choix méthodologiques contestables ».

Pour certains, l’Hexagone, qui doit remettre durant le printemps 2020 à la Commission européenne sa stratégie en matière d’isolation des bâtiments, paie le prix de « choix méthodologiques contestables ».

En pleine période de pandémie, avec de nombreux ménages parfois précaires confinés chez eux, c’est un classement dont la France se serait sans doute bien passée. Tado°, un spécialiste des thermostats connectés pour le chauffage et la climatisation, a réalisé une étude sur l’isolation des logements en Europe, dont il ressort que Paris, mais également Londres, Bruxelles et Amsterdam possèdent des habitations globalement mal isolées. Avec une température intérieure de 20 °C et une température extérieure de 0 °C, la France et l’Angleterre perdent respectivement 2,5 °C et 3 °C en cinq heures, contre des pertes de 1,5 °C et 2,2 °C, dans les mêmes conditions, en Italie et en Espagne. Les meilleurs élèves restant les pays nordiques, comme la Norvège et la Suède, qui perdent un peu moins de 1,2 °C.

« Vision stratégique »

En France, les bâtiments représentent ainsi plus de 45 % de la consommation énergétique, le chauffage en utilisant à lui tout seul les deux tiers. « Ils rejettent également 20 à 25 % des gaz à effet de serre. Selon l’INSEE, la France comptait 36,6 millions de logements en 2019, dont 7 millions mal isolés », indique le média « Batiweb ». Qui cite en exemple les villes de Paris et Bordeaux : « Ainsi, les logements parisiens perdent en moyenne 1,7 °C et se révèlent bien mieux isolés que les habitations bordelaises (- 2,3 °C). Un constat qui s’expliquerait par une politique de rénovation énergétique plus précoce à Paris qu’en Nouvelle-Aquitaine », estime le média.

L’étude de Tado° est en tout cas une épine dans le pied du gouvernement tricolore, responsable de la politique énergétique de la France. Qui tarde d’ailleurs, en matière d’isolation, à apporter des réponses suffisantes. En 2017, déjà, soit deux ans après que le pays s’était engagé sur des objectifs ambitieux de réduction de gaz à effet de serre et de consommation d’énergie, les émissions carbonées, responsables en (très) grande partie du dérèglement climatique, dépassaient de près de 7 % les prévisions, tandis que l’on consommait 4,4 % d’énergie en plus par rapport aux programmations. « Dans le détail, le secteur du bâtiment est le plus mauvais élève, avec un dépassement de 22,7 % de l’objectif fixé », notait à l’époque le média « Reporterre ».

Alors que Paris doit remettre à la Commission européenne, au printemps 2020, sa stratégie de long terme pour la rénovation énergétique, en application de l’article 2 bis de la directive européenne sur la performance énergétique des bâtiments, l’association CLER, dans sa contribution auprès du Conseil national de la transition écologique – qui avait lancé jusqu’au 10 mars dernier une consultation publique sur la question –, l’affirme : les gouvernements successifs ont cruellement manqué de « vision stratégique » en matière de rénovation énergétique des bâtiments et paie le prix de « choix méthodologiques contestables ».

Des travaux d’isolation sous-performants

« La France accuse un retard toujours plus important sur la trajectoire d’économies d’énergie fixée par la Loi de transition énergétique et vis-à-vis du cadre européen en vigueur. Le budget carbone du secteur bâtiment a par exemple été dépassé de près de 15 % en 2018 ! Si la France souhaite respecter ses objectifs d’économies d’énergie de long terme, la clé réside dans la mise en place de politiques publiques ambitieuses et d’une offre de financements à la hauteur des enjeux », estime le réseau. Qui milite notamment pour « l’éradication urgente des passoires énergétiques (étiquettes énergie F et G actuelles) ».

Parmi les autres mesures préconisées par CLER, la mise en place d’une nouvelle politique de rénovation énergétique globale, au-delà de ce qui existe déjà, occupe le haut du panier. Avec notamment les « pistes stratégiques » suivantes : une trajectoire claire et assumée politiquement jusqu’au bout ; une réglementation forte pour garantir un droit effectif pour tous à un logement à la facture énergétique abordable ; des outils de financement adaptés, accessibles et efficaces ; des aides recentrées pour les ménages et les propriétaires bailleurs non solvables et calibrées en fonction de la performance atteinte en termes d’économies d’énergie – afin d’améliorer leur lisibilité et leur efficacité – ; des outils de déploiement opérationnels au plus près des territoires.

Les pistes ne manquent pas, donc, pour inciter la France à rattraper son retard européen en matière d’isolation des logements. L’Hexagone, sur le sujet, accumule d’ailleurs les revers, comme l’illustre le scandale de l’ « Isolgate » qui a été révélé en décembre dernier. Pour rappel, des experts interrogés à l’époque des faits, en 2014, avaient souligné que les performances de la laine de verre posée dans les bâtiments étaient dégradées et volontairement masquées. Au coeur du sujet: la pose de pare-vapeur et d’écrans de sous-toiture n’était pas clairement affirmée comme une nécessité pour conserver le potentiel d’isolation attendu, induisant de fait en erreur artisans et consommateurs qui privilégièrent une installation sous-performante. Problème : l’Etat, pendant ce temps, continuait de verser chaque année des milliards d’euros au titre de l’isolation thermique des bâtiments. Un scandale économique et énergétique qui s’ajoutent aux mauvaises performances françaises, plombant le bilan hexagonal en la matière.

 


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