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La récession économique sera plus sévère au sud de l’Europe

mercredi, 1 juillet, 2020 - 12:42

Les pays où le confinement a été le plus rigoureux et où le tourisme est important vont connaitre une récession supérieure à 10%. C’est le cas de l’Italie et de l’Espagne, mais aussi de la France. Les mesures de soutien européennes sont à la mesure de la crise. Reste à les adopter.

Face à la pandémie du Covid 19, la plupart des pays européens ont imposé des mesures de confinements plus ou moins généralisées qui ont eu pour effet de freiner sévèrement l’activité économique.

En conséquence, aucun Etat-membre de l’UE n’échappera en 2020 à une grave récession ainsi qu’à une forte poussée de son endettement public consécutive aux mesures massives de soutien à l’économie mises en place par les gouvernements.

Pas d’égalité face à la crise

Mais cette crise d’une ampleur sans précédent ne touche pas les pays avec la même intensité.

Si l’on se réfère aux chiffres les plus récents tirés des dernières perspectives de l’OCDE publiées en juin, les quatre pays européens les plus affectés en 2020 en termes de baisse de leur PIB sont, dans l’ordre, l’Espagne (- 11,1%), l’Italie (- 11,3%), la France (- 11,4%) et le Royaume-Uni (-11,5%).

Ces pays ont tous subi des confinements longs et rigoureux et ont enregistré le plus grand nombre de décès dus au Covid, soit à ce jour près de 45.000 au Royaume-Uni, 35.000 en Italie, 30.000 en France et presqu’autant en Espagne.

Le reste de l’Europe est moins sévèrement impacté, notamment les voisins de la France que sont la Belgique (-9%), les Pays-Bas (-8%) et surtout l’Allemagne avec une récession limitée à 6,6%, du même ordre que celle qui frappe la Suède ou le Danemark.

Dans certain cas, ces différences reflètent des confinements beaucoup moins rigoureux, en particulier aux Pays-Bas et surtout en Suède, un pays qui, notons-le au passage, compte en proportion cinq fois plus de morts que son voisin danois.

Quant à l’Allemagne, elle a certes connu un confinement moins coercitif que la France, ce qui a eu pour conséquence de limiter en mars-avril la chute du commerce de détail à 9% contre une chute de 33% en France. En revanche, la production industrielle a baissé de plus de 30% dans les deux pays. Or, une forte baisse de l’activité n’a pas les mêmes conséquences selon le secteur.

La baisse de l’activité tertiaire plus impactante

En effet, l’achat d’un bien saisonnier ou périssable ne se décale pas dans le temps, contrairement à celui d’une machine-outil ou d’une automobile.

Résultat, sur l’année, la baisse de l’activité est plus forte là où le commerce ainsi que les activités liées au tourisme sont les plus impactés, comme c’est le cas en France, en Italie (notre photo) ou en Espagne.

Cela explique aussi que, dans ces trois pays, le redressement prévu de l’activité en 2021 ne compensera qu’en partie la baisse de 2020 alors que l’Allemagne aura alors rattrapé presque tout son retard.

Enfin, pour ce qui est du Royaume-Uni, son rôle de centre financier mondial le rend tout particulièrement sensible à la crise économique planétaire.

Les dettes publiques explosent…

Les conséquences de la récession sur les finances publiques des pays européens sont majeures. Les plans de soutien adoptés creusent les déficits publics et donc la dette publique puisque les gouvernements se refusent à mettre en danger la reprise en accroissant les impôts.

La dette publique devrait ainsi passer, selon l’OCDE, de 98 à 118% du PIB en France, de 60 à 83% en Allemagne et de 135 à 158% en Italie. Concrètement, tous les pays vont devoir emprunter beaucoup plus sur les marchés.

… mais elles restent gérables

Cette situation est-elle soutenable ? Oui, car on ne saurait assimiler la dette publique avec les dettes des particuliers : les Etats empruntent quand ils veulent sur les marchés et n’ont aucune difficulté à la faire, les épargnants étant toujours avides de bons du Trésor, considérés comme un placement hyper sûr.

La question du remboursement ne se pose pas non plus vraiment dans la mesure où les prêteurs ont tendance à en redemander lorsque leur titre vient à échéance au bout de 2, 5, 10 voire 30 ans.

En fait, les Etats n’ont à se soucier que de payer les intérêts, ce qu’ils font bien sûr toujours, sauf dans des cas très exceptionnels de crise financière aiguë style Mexique ou Argentine dans les dernières années du XXème siècle. Même dans ce cas, le FMI vient toujours à la rescousse pour que les détenteurs de titres publics ne soient pas spoliés.

Théoriquement, il n’y a pas de limite à l’endettement des Etats à ceci près que la charge de la dette peut devenir insupportable pour les budgets si les taux d’intérêts s’envolent. Or il se trouve que, depuis de nombreuses années, ils sont très bas et que les banques centrales veillent à ce qu’ils ne remontent pas.

Reste bien sûr qu’une charge d’intérêt croissante de la dette limite les capacités d’investissement des Etats.

L’Union européenne à la rescousse

L’action de l’Europe à l’occasion de cette crise a été très significative au regard d’une perte de PIB estimée à environ 1500 milliards d’euros pour la seule zone euro en 2020.

Il y a d’une part cet apport massif de liquidité de la Banque centrale européenne dans le cadre de son programme d’achat d’urgence pandémique.

1350 milliards d’€ seront ainsi consacrés au rachat d’obligations publiques et privées afin de faciliter l’accès à des financements peu coûteux aux agents économiques.

De surcroît, suite à une proposition inédite du couple franco-allemand, l’Union européenne pourrait emprunter sur les marchés quelques 750 milliards d’€ dans le but de les redistribuer sous forme de prêts (pour 250 milliards) ou de subventions (pour 500 milliards) aux Etats les plus touchés par la crise, en premier lieu l’Italie et l’Espagne.

En ce qui concerne les subventions qui, par définition, ne sont pas remboursables, la question du financement n’est cependant pas réglée.

A moins que l’Union ne parvienne à trouver de nouvelles ressources propres pour le budget européen – ce qui ne sera pas facile – il faudra bien en passer par une augmentation provisoire de la contribution des Etats-membres au budget de l’UE.

Les Etats du Nord et l’Autriche, moins touchés par la crise accepteront-ils de jouer le jeu de la solidarité ? C’est tout l’objet du prochain conseil européen des 17 et 18 juillet prochain.


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