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Coronavirus : l’Union Européenne rouvre ses frontières, avec quelques angles morts

vendredi, 3 juillet, 2020 - 13:42

En annonçant mardi la réouverture de ses frontières à une quinzaine de pays en dehors de l’espace Schengen, l’Union Européenne a marqué le temps deux d’un déconfinement européen. La liste, très politique, inclut toutefois des pays connus pour leur situation sanitaire inquiétante, tandis que d’autres, aux politiques sanitaires efficaces ont été exclus, à l’image de Singapour ou des Émirats Arabes Unis.

Mardi dernier, l’Union Européenne révélait la liste des quinze pays, hors espace Schengen, autorisés à circuler au sein de ses frontières. Fruit d’âpres tractations entre les différents ambassadeurs de la zone euro, cette liste, qui autorise des pays tiers à voyager à partir du 1er juillet, a été favorablement accueillie par les États européens fortement dépendants du tourisme tel que la Grèce ou l’Italie. Le secteur aérien, durement touché par une baisse des commandes et un tourisme en berne, pourrait aussi y voir l’occasion de sauver quelques meubles.

Au total, des touristes de 14 pays sont donc autorisés à voler vers l’Europe : l’Australie, le Canada, la Géorgie, le Japon, le Monténégro, le Maroc, la Nouvelle-Zélande, le Rwanda, la Serbie, la Corée du Sud, la Thaïlande, la Tunisie et l’Uruguay.

Cette liste exclut en revanche les États-Unis, dont la situation sanitaire ne va pas s’améliorant, privant de fait les États européens d’une manne touristique majeure. Selon le Monde, ce n’est en effet pas moins de 5 millions de touristes qui ne fouleront les pavés de la capitale, tandis que l’Italie devrait souffrir d’un manque à gagner de 1,8 milliards d’euros, selon le syndicat agricole la Coldiretti.

Acceptés sous conditions strictes, les voyageurs en provenance de Chine demeurent dans les faits aux portes de l’Europe, tant que Pékin n’autorisera pas l’entrée de ressortissants européens sur son sol. Cette condition n’est pour l’heure pas remplie. Les réponses de Zhao Lijian, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, n’ont pas convaincu ni les autorités européennes ni levé le doute sur le nombre réel de cas de Covid-19 en Chine, dont le double jeu et les statistiques, accusées d’être trafiquées, inquiètent la communauté internationale.

Sûreté à géométrie variable

Le cas chinois pointe du doigt la complexité de mettre en place une grille de critères visant à établir la situation épidémiologique d’un État étranger. Ainsi, si l’Union Européenne exige des pays figurant sur cette liste moins de 16 cas de Covid-19 pour 100 000 habitants, « une courbe d’évolution de l’épidémie stable ou décroissante », et des politiques avancées de tests et de surveillance, cette grille est fortement dépendante des capacités de tests de chacun et de la transparence chiffres officiels.

Ainsi le fait que l’UE retienne le Rwanda interroge, alors que depuis le 26 juin l’épidémie repart dans la capitale Kigali, que des cas de Covid-19 apparaissaient en prison, et que plus de 72 nouveaux malades ont été détectés en 24 heures. La porosité avec la Tanzanie et la RDC voisines n’est pas étrangère à cette recrudescence : les deux pays comptent parmi les États africains les plus mortellement touchés par le Covid.

A contrario, l’absence de Singapour et des Émirats Arabes Unis, ayant pourtant fait montre d’une gestion exemplaire de l’épidémie, interroge. Le 1er juillet dernier, Singapour comptait ainsi moins de 45000 cas de Covid-19 et moins de 26 décès liés au virus, ce qui constitue un taux de décès de moins de 0.06%. Ce taux est significativement moins important que la plupart des États européens comme la France (15,31%), l’Italie (14,45%), l’Espagne (11,38%) ou la Belgique (15,86%).

Les Émirats Arabes Unis, quant à eux, ont aussi mis en place une politique de traçage unique au Moyen-Orient, s’attirant les satisfécits des experts. Au total, plus de 3,5 millions de tests ont été conduits, permettant un contrôle rigoureux des malades. De même, la compagnie aérienne nationale Emirates a été la première à réaliser des tests sanguins de Covid-19 obligatoires à l’aéroport, tout en adaptant ses modalités d’embarquement pour contrôler la propagation du virus.

Une liste très politique

Comment dès lors expliquer que la Chine soit admise là où Singapour ou les Émirats Arabes Unis ne le sont pas ? Si ces incohérences subsistent, c’est que la réouverture des frontières demeure un dossier éminemment politique. Au-delà de la nécessité de relancer une économie sinistrée, et donc de favoriser la circulation de touristes aisés, les liens historiques des deux côtés de la Méditerranée compliquent aussi le dossier. Malgré une situation sanitaire bien en dessous des critères retenus, l’Algérie a par exemple bien failli entrer dans le cercle très fermé des pays autorisés à voyager vers l’Europe. Cela s’explique sans doute par le fait que de nombreux citoyens européens conservent des liens de parenté avec ces pays. Il semble donc naturel, dans ces conditions, de faciliter les échanges. Toutefois, ces choix politiques deviennent tout à fait étranges au regard des pays les mieux équipés pour lutter contre le virus. Nul doute que ces derniers seront intégrés, d’ici deux semaines, à la liste actualisée des États autorisés à voyager vers l’Europe.

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