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Cette Europe qui déboulonne ses statues et revisite son histoire

mercredi, 16 septembre, 2020 - 10:47

L’émotion provoquée par l’assassinat de l’afro-américain George Floyd a suscité partout en Europe des protestations parfois violentes. De grandes figures de l’histoire identifiées, à tort ou à raison, au racisme et au colonialisme en ont fait les frais.

La mort du noir américain George Floyd, étouffé lors de son interpellation par un policier de Minneapolis le 25 mai dernier, a déclenché aux Etats-Unis mais aussi en Europe de nombreuses protestations contre le racisme et le colonialisme.

Un mouvement d’ampleur qui a débouché sur une remise en cause de la mémoire d’une certaine histoire via, notamment, des rues débaptisées, la dégradation de monuments ou le déboulonnage de statues ayant trait à des personnalités controversées.

Aucun pays n’est épargné par cette « revisitation » de l’histoire – qui n’a d’ailleurs pas attendu l’affaire Floyd pour se manifester. Tous les grands pays européens ont été concernés par le colonialisme mais certains plus que d’autres et plus récemment.

Quant à l’esclavage, il a été le fait des grandes nations commerçantes. Bref, les pays les plus concernés sont en premier lieu l’Angleterre et la France.

Mais le colonialisme a également concerné la Belgique à la fin du XIXème siècle avec le Congo Belge tandis que les Néerlandais se sont livrés, comme les Français et les Anglais, à la traite des noirs pendant deux siècles.

France : des cibles controversées

Curieusement, les statues dégradées en France dans la foulée du mouvement « black lives matter » représentent des cibles assez discutables.

Le général de Gaulle, pourtant père de la décolonisation, a vu son effigie souillée dans une commune du nord et en région parisienne.

A Villeneuve sur Lot, c’est la statue de Léon Gambetta qui a été déboulonnée, ce grand républicain ayant soutenu la politique coloniale initiée par Jules Ferry.

A Fort de France, la sculpture de l’Impératrice Joséphine a été mise à bas alors que, bien que Créole de la Martinique, elle n’aurait pas grand chose à voir avec le rétablissement de l’esclavage aux Antilles par son mari l’Empereur Napoléon. Et que dire de Victor Schoelcher, « déboulonné » lui aussi en Martinique en dépit de sa qualité d’initiateur de l’abolition de l’esclavage…

Très contesté aussi, le grand ministre de Louis XIV Jean-Baptiste Colbert qui est à l’origine du « Code Noir » dont la rédaction est cependant principalement le fait de son fils.

Enfin, beaucoup rêvent de s’en prendre aux signes mémoriels concernant le Maréchal Bugeaud, dont la conquête de l’Algérie a été un vrai massacre. Mais si sa statue a bien été mise à bas, c’est à Alger et non en France…

Royaume-Uni : colonisateurs, négriers, racistes…

Beaucoup de protestations au Royaume-Uni, à commencer par l’abattage et l’immersion à Bristol de la statue du philanthrope – mais également négrier – Edward Colston. Si une sorte d’unanimité s’est faite autour de la demande de retrait de la statue du colonisateur de l’Afrique Cecil Rhodes à Oxford, la controverse bat son plein sur le taguage de Winston Churchill – jugé raciste – ou le débat autour de l’Amiral Nelson, défenseur de l’esclavage.

La Belgique focalisée sur Léopold II

Même le Mahatma Gandhi est contesté pour son mépris des Noirs outre-Manche, mais c’est à Amsterdam que son effigie a été peinturlurée tandis qu’à Rotterdam la statue d’un amiral esclavagiste a été dégradée.

Quant à nos amis belges, ils sont très remontés contre le roi Léopold II qui, à la fin du XIXème siècle, a carrément acheté une grande partie du Congo Belge. On ne compte plus les statues du monarque recouvertes de peinture rouge-sang.

Peinture rouge également en Allemagne pour la statue de Bismark à Hambourg, le “chancelier de fer” ayant accueilli en 1884 la conférence de Berlin sur le partage de l’Afrique.

Espagne et Portugal s’en prennent aux conquérants de l’Amérique

En Espagne, à Barcelone, il y a eu des manifestations pour réclamer le déboulonnage d’une statue de Christophe Colomb, le colonisateur de l’Amérique. En attendant, c’est la statue d’Antonio Lopez, riche armateur du XIXème siècle et également propriétaire d’esclaves qui a été retirée.

Au Portugal, à Lisbonne, c’est celle du prêtre-littérateur Jose Antonio Vieira, grand convertisseur d’indigènes au Brésil, qui a été vandalisée.

La mémoire enfouie de l’Italie

En Italie, les manifestations ont été moins nombreuses, sans doute parce que la mémoire coloniale, assimilée à la période fasciste, y a été enfouie.

Signalons toutefois, à Milan, l’aspersion de peinture sur l’effigie de l’écrivain-journaliste Indro Montanelli dont les écrits de jeunesse expriment de forts relents racistes…

Partout en Europe donc, les violences faites aux Noirs américains ont exacerbé la colère contre les symboles – véritables ou supposés – de l’oppression et de la discrimination. Un rapport à l’histoire qui apparaît pour le moins primaire…


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