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Grèce-Turquie : Les origines d’une rivalité en Méditerranée

mercredi, 21 octobre, 2020 - 08:53

Le navire turc « Oruç Reis » est de nouveau entré dans les eaux grecques. Nouvelle péripétie d’une tension séculaire entre les deux pays en Mer Egée et Méditerranée orientale. Il faut dire que la réalité territoriale heurte de front les intérêts économiques d’Ankara.

Le ton monte de nouveau entre l’Union européenne et la Turquie.

Il y a l’implication croissante d’Ankara en faveur de l’Azerbaïdjan dans le conflit qui oppose ce pays du Caucase à l’Arménie.

Et puis, après une période d’accalmie, le retour dans les eaux territoriales grecques du navire turc d’exploration gazière l’ « Oruç Reis » ravive les tensions entre Grèce et Turquie en Méditerranée orientale.

Le monopole grec sur les îles égéennes

Un conflit maritime qui dure depuis plus d’un siècle. Pour le comprendre, il suffit de regarder une carte géographique de la région (notre illustration).

Depuis le Traité de Lausanne de 1923 – qui a fixé les frontières de la Grèce et de la Turquie moderne – et depuis le Traité de Paris de 1947 – par lequel l’Italie a restitué à la Grèce les îles du Dodécanèse, au sud de l’Anatolie – une réalité saute aux yeux : la Grèce possède la totalité des îles de la Mer Egée et du nord de la Méditerranée orientale.

Non seulement ces îles parsèment ces deux mers mais elles enserrent étroitement le territoire turc d’un véritable chapelet.

Bonne illustration : l’incursion du navire turc « Oruç Reis » dans les eaux grecques s’est produite au large de l’île de Kastellorizo qui n’est qu’à 2 kilomètres du territoire turc !

Une militarisation qui passe mal

D’où les contestations turques récurrentes à propos de ces îles. Et d’abord sur le plan militaire.

Selon les Turcs, le Traité de Lausanne de 1923 instaure une démilitarisation des 23 principales îles grecques de la Mer Egée. Les Grecs contestent en partie ce point et considèrent que cette démilitarisation a été de toute façon levée par la Convention de Montreux (1936).

Ils affirment en outre que l’engagement pris en 1947, à l’occasion du transfert de souveraineté de l’Italie à la Grèce sur les îles du sud de la Mer Egée, de ne pas militariser ces iles n’a été pris que vis-à-vis de l’Italie et pas de pays tiers comme la Turquie.

Reste le fait qu’aujourd’hui 18 des 23 îles grecques sont militarisées. Ce que les Turcs voient comme une provocation à quelques encablures de leur territoire.

Cette présence militaire de la Grèce et de ses alliés est un facteur de tension à l’heure où les relations entre Union européenne et Turquie sont dégradées.

Le casse-tête de l’exploration gazière

D’autant que les enjeux économiques dans la zone ont pris une importance stratégique énorme.

Alors que la Turquie importe 90% du gaz qu’elle consomme, on évalue à 2000 milliards de m3 les réserves gazières en Méditerranée orientale. Soit 45 ans de consommation d’un pays comme la France !

Or le droit d’exploiter ces réserves est fonction de la territorialité des étendues maritimes. C’est là que l’on retrouve la géographie. Traditionnellement, les eaux territoriales d’un pays s’étendent à 6 milles marins de ses côtes, soit environ 11km, distance que le droit international autorise à doubler depuis 1982.

Si la Grèce décidait de le faire – ce dont elle se garde pour l’instant – presque toute la Mer Egée serait, du fait des îles, sous souveraineté grecque ! Provocation inacceptable pour la Turquie.

Pour résoudre l’équation, Ankara revendique une vaste zone économique exclusive (ZEE) englobant la moitié de la Mer Egée et la Méditerranée orientale au sud de l’Anatolie et jusqu’en Syrie.

Des zones économiques qui se chevauchent

En elle-même, la revendication n’est pas illégale puisque, depuis la convention de l’ONU de Montego Bay (1982), les Etats peuvent exploiter en exclusivité les ressources d’une zone économique allant jusqu’à 370 km de leurs côtes, si la géographie le permet. XXXXX

Mais elle ne le permet pas en Mer Egée et, faute de pouvoir négocier avec Athènes sur cette zone, Ankara s’efforce d’étendre sa ZEE au sud de deux façons.

D’une part en s’appropriant à l’Ouest de Chypre une zone qu’elle considère relever de la république turque de Chypre du Nord (RTCN), Etat qu’aucun pays du monde à part la Turquie ne reconnait.

D’autre part en signant avec le régime libyen un traité créant une ZEE commune turco-libyenne traversant toute la Méditerranée du sud de l’Anatolie à la Tripolitaine et regorgeant de gaz. Ni la Grèce, dont la ZEE se trouverait amputée, ni l’occident en général ne peuvent l’accepter.

La région reste donc une vraie poudrière. Ce que rappellent les provocations et manœuvres d’intimidation de ces derniers temps.


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