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Kazakhstan : des élections législatives sous le signe de la libéralisation politique

mercredi, 25 novembre, 2020 - 14:07

Dirigé pendant des décennies par Noursoultan Nazarbaïev, le pays d’Asie centrale élira en janvier ses nouveaux députés. Un scrutin marqué par les efforts des autorités pour accorder une plus grande place à l’opposition et, plus largement, à l’opinion publique, et qui représente une étape importante dans le processus de transition démocratique du Kazakhstan.

Le Kazakhstan s’apprête à élire de nouveaux députés. Les élections législatives se tiendront en effet le 10 janvier prochain, renouvelant la composition du « Majilis », la chambre basse du parlement kazakhstanais, composée de 107 sièges majoritairement pourvus au terme d’un scrutin plurinominal – seuls neuf sièges sont choisis au scrutin indirect par le Sénat. Selon toute probabilité, il devrait s’agir d’élections démocratiques, représentatives et libres, bien que, pandémie de Covid-19 oblige, strictement encadrées d’un point de vue sanitaire.

Des réformes pour répondre aux aspirations démocratiques des citoyens

Pour assurer la bonne tenue du scrutin et respecter les normes électorales les plus élevées, les autorités kazakhstanaises ont mis en œuvre un certain nombre d’initiatives et de réformes politiques. Afin de faciliter la création de nouveaux partis politiques, le seuil d’enregistrement des formations partisanes a ainsi été abaissé à 20 000 membres, contre 40 000 auparavant. Dans la même optique, un nouvel Institut de l’opposition parlementaire est désormais chargé de consolider la présence des partis minoritaires au sein du parlement.

Placé sous l’autorité du chef de l’État, Kassym-Jomart Tokayev, le Conseil national de la confiance publique, lui aussi nouvellement créé, aura quant à lui mission d’entretenir le dialogue avec les représentants de la société civile, afin de proposer des voies d’amélioration de la législation et de l’administration kazakhstanaises. Un nouvel organe consultatif qui entend incarner le concept d’« État à l’écoute », lancé par le président du Kazakhstan dans le but d’intégrer pro-activement l’opinion publique dans le processus d’élaboration des politiques menées par le gouvernement.

Enfin, de nouvelles lignes directrices ont été émises par les autorités du pays afin de mieux représenter les femmes et les jeunes de moins de 29 ans parmi les candidats ambitionnant d’entrer en janvier au « Majilis ». Si elles ne préjugent pas du résultat des élections législatives, l’ensemble de ces réformes témoignent d’une volonté, au plus haut sommet de l’État kazakhstanais, de répondre tant aux aspirations démocratiques de la population qu’aux observations de la communauté internationale.

Des efforts salués par la communauté internationale

Comme le démontre l’organisation du scrutin législatif, le Kazakhstan poursuit donc, progressivement, sa transition démocratique. Après une trentaine d’années au pouvoir, l’ancien président Noursoultan Nazarbaïev a signé, en mars 2017, peu avant la fin de son dernier mandat présidentiel, une loi sur les amendements à la Constitution du pays qui élargit le rôle du Parlement dans la vie politique, notamment dans la formation du gouvernement et dans le contrôle du travail des ministres. En juin 2019, il a passé la main à Kassym-Jomart Tokayev, qui présidait le Sénat avant d’être élu chef de l’État au suffrage universel. Ce dernier a, depuis son entrée en fonction, entamé un processus de libéralisation politique de l’ancienne république soviétique, dont la priorité semble être de rapprocher la société d’élites dirigeantes perçues autrefois comme déconnectées des préoccupations de la population.

Le nouvel homme fort de Nur-Sultan (anciennement Astana) a compris qu’il ne suffisait pas d’assurer, comme son prédécesseur, fondateur de l’État indépendant dignement sorti des décombres de l’URSS, le développement économique du pays, et que ses habitants exprimaient une forte demande d’expression politique. « Les gens ne jugent plus le gouvernement uniquement sur la base des avantages matériels qu’il offre à ses citoyens, mais demandent de plus en plus d’espace pour exercer leurs libertés sociopolitiques », estime pour Euractiv Alberto Turkstra, de l’Institut européen d’études asiatiques. Ces efforts ont été salués par les partenaires internationaux du Kazakhstan, le porte-parole de la diplomatie européenne jugeant que le pays a fait « des progrès impressionnants dans ses efforts de modernisation et de réforme ».

Le Kazakhstan abolit la peine de mort

Symbole de cette libéralisation croissante, le Kazakhstan a définitivement aboli la peine de mort le 24 septembre dernier. Jusqu’alors, un moratoire sur la peine capitale était en vigueur, et ce depuis 2004, date de la dernière exécution. Une décision hautement symbolique, qui vise à « poursuivre la politique d’humanisation de la justice pénale » kazakhstanaise, selon la presse russe, et qui entend « protéger le droit fondamental, la vie et la dignité de la personne humaine », d’après les propres mots du président Tokayev.

Reste à espérer que les prochaines élections législatives de janvier 2021 serviront d’exemple de démocratisation progressive pour le reste de la région d’Asie centrale, secouée ici et là par des heurts et des mouvements de contestation.

 

 


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