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Montée des incertitudes politiques dans plusieurs pays de l’Union

mercredi, 20 janvier, 2021 - 10:24

Crise gouvernementale en Italie et aux Pays-Bas, fragilité de la coalition belge, risque de crise institutionnelle en Espagne, interrogation sur la succession d’Angela Merkel en Allemagne (notre photo)… Le Covid n’est pas le seul facteur d’incertitude en Europe de l’Ouest.

La pandémie qui continue de sévir en Europe occulte largement les questions de politique intérieure dans les pays de l’UE. Mais depuis quelques semaines, plusieurs Etats d’Europe occidentale sont confrontés à des équations politiques difficiles qui accentuent les incertitudes pour les mois à venir.

Italie : le gouvernement Conte à l’épreuve

Le président du conseil Giuseppe Conte semblait avoir construit un consensus autour de sa gestion du Covid 19.

Mais sa coalition hétéroclite autour des anti-système du mouvement « Cinq étoiles » et du Parti Démocrate de centre-gauche est menacée depuis quelque jours par la défection d’« Italia Viva », petite formation créée par l’ancien premier ministre Matteo Renzi après son départ des Démocrates.

Une force d’appoint très minoritaire mais qui, avec ses 18 sénateurs, prive de majorité le gouvernement à la Chambre Haute. Objet du litige : l’utilisation des financements du plan de relance européen qui, aux yeux de Renzi, ne s’attaque pas suffisamment aux problèmes structurels de l’économie italienne.

Face à la menace de la puissante alliance droite/extrême-droite, pas question pour Giuseppe Conte de retourner devant les électeurs. Ce dernier va donc tenter de colmater la brèche en ralliant quelques centristes.

Reste que la mise en œuvre du nouveau plan de relance italien de 223 milliards d’euros s’annonce très acrobatique dans ces conditions.

Pays-Bas : un scandale emporte le gouvernement

La coalition menée par le libéral Mark Rutte – à la tête du pays depuis plus de dix ans – a démissionné en bloc la semaine dernière suite à l’émotion causée ces derniers mois par un scandale d’Etat retentissant.

Pas moins de 26.000 familles – de surcroit sélectionnées semble-t-il en fonction de critères ethniques – se sont ainsi vu accuser de fraudes aux allocations familiales et ont été contraintes à rembourser des sommes énormes.

Or il est désormais prouvé qu’il s’agissait d’erreurs de l’administration sur lesquelles des ministres ont préféré fermer les yeux !

A deux mois des législatives de mars, voilà qui risque d’accélérer la remontée dans les sondages des populistes du parti de Geert Wilders qui ont déjà progressé de sept points en cinq mois.

Il y a également des incertitudes en Belgique malgré l’avènement, après 22 mois de gouvernants intérimaires – d’un nouveau cabinet dirigé par le libéral flamand Alexander de Croo.

Car sa coalition dite « Vivaldi » (en référence aux « Quatre saisons ») est parfaitement hétéroclite : elle agrège socialistes, libéraux, chrétiens-démocrates et Verts… Bref, tout l’échiquier politique hormis les nationalistes flamands qui guettent la moindre faute du cabinet.

Espagne : risque de turbulences institutionnelles

A priori, le président socialiste du gouvernement Pedro Sanchez peut aborder plus sereinement l’année 2021.

Car pour la première fois depuis deux ans, il a réussi à faire adopter le budget en ralliant plusieurs petites formations, se dégageant ainsi de  la position minoritaire de la coalition que forment les socialistes avec la gauche libertaire de Podemos.

Mais, pour l’Espagne, l’inconnue est de nature institutionnelle. Avec les accusations de corruption et d’évasion fiscale accablant l’ex-roi Juan Carlos, la cote de la monarchie est au plus bas : seulement 35% des Espagnol la soutienne encore, selon un récent sondage, contre 41% de partisans de la république.

Une désaffection que le discours de fin d’année du roi Philippe VI n’est pas de nature à endiguer dans la mesure où le souverain n’a pas jugé opportun de réaffirmer sa condamnation claire des agissements de son père.

Cette question clivante de la nature du régime espagnol promet en tout cas d’envenimer ces prochains mois le débat gauche-droite. Voire de compliquer encore les relations entre le parti socialiste et Podemos, la gauche de la gauche étant unanimement et sans nuance anti-monarchiste.

Allemagne : la succession de Merkel n’est pas jouée

A sept mois des élections générales outre-Rhin, on pourrait penser que l’avenir est en train de s’éclairer pour l’Allemagne. De fait,  la désignation d’Armin Laschet (à gauche sur la photo) à la tête des Chrétien démocrates de la CDU semble régler la question de la succession d’Angela Merkel.

Le problème est que ce proche de la chancelière actuelle est beaucoup moins populaire que le ministre-président de Bavière et leader de la CSU Markus Söder (à droite sur la photo), un leader à poigne mais qui a eu l’intelligence de recentrer son positionnement ces derniers mois.

L’avenir d’Armin Laschet devrait néanmoins se jouer bientôt. Un succès des Chrétiens-démocrates aux régionales de mars dans le Bade-Wurtenberg et en Rhénanie-Palatinat est en effet susceptible de confirmer ou d’infirmer sa qualité de « Dauphin de Muti ».

Il lui faut pour cela mener la CDU à la victoire face aux Verts dans le premier land et face au SPD dans le second. Pas évident. Mais pas infaisable…


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