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Pratiques funéraires : la France demeure attachée aux traditions

mercredi, 7 avril, 2021 - 14:02

Comme les pays de culture catholique, l’Hexagone compte moins de crémations ou d’enterrements civils que l’Europe du nord ou le Royaume-Uni. Des pratiques cependant de plus en plus fréquentes et que l’épidémie de Covid n’a fait qu’accroître.

L’Europe a été cruellement endeuillée par la pandémie du Covid 19. Alors que l’Union européenne n’abrite que 6% de la population mondiale, l’UE a enregistré plus de 750.000 décès dus au Covid depuis janvier 2020, soit plus du quart des décès dans le monde.

Une surmortalité qui a mis sous tension l’ensemble du secteur des funérailles obligé par ailleurs à se plier à de nouvelles contraintes dans l’organisation des enterrements.

La surmortalité Covid sous-estimée

En outre, cette surmortalité due au Covid parait en partie sous-estimée. De fait, dans les quatre pays de l’Union les plus peuplés, il y a un décalage de chiffres entre, d’une part, le nombre de personnes comptabilisées comme mortes du covid et, d’autre part, la surmortalité enregistrée en 2020 par rapport à 2019.

Près de 250.000 résidents en France, Allemagne, Royaume-Uni ou Italie sont ainsi réputés avoir perdu la vie en 2020 des suites du Covid 19 alors que la mortalité totale dans ces pays s’est accrue l’an dernier de plus de 300.000.

Une différence qui peut s’expliquer par la non-prise en compte de certains décès Covid intervenus au domicile et qui n’ont pas fait l’objet de signalements ou de diagnostics.

Par ailleurs, il parait évident que l’extrême congestion des services hospitaliers durant les pics de l’épidémie a précipité le décès de personnes atteintes d’autres maladies telles que les cancers ou les maladies cardio-vasculaires.

Gros impact de la pandémie sur le secteur funéraire

La hausse exceptionnelle des décès a eu des conséquences diverses sur les entreprises du secteur des pompes funèbres.

D’une part, ce qu’il faut bien qualifier un peu sordidement d’« accroissement de la demande » a eu pour effet d’accroître les revenus des entreprises du secteur qui, en 2019, tournait en France autour de 2,5 milliards d’euros.

En sens inverse, la simplification des cérémonies, le nombre réduit de participants ainsi que l’interdiction partielle des soins de thanatopraxie a entrainé une réduction des revenus par enterrement.

Plus généralement, comme le montrent déjà certaines études régionales ou locales, cette période tragique a accéléré l’évolution des pratiques funéraires déjà en œuvre depuis une ou deux décennies.

La crémation des défunts de plus en plus courante

Tout d’abord il y a la montée continue des obsèques débouchant sur la crémation du défunt.

Une pratique encore marginale il y a un demi-siècle dans la mesure où les religions catholiques, orthodoxes, musulmanes et juives exigeaient l’inhumation en terre.

La levée de l’interdit en 1963 pour les catholiques a déclenché progressivement une hausse du nombre de crémations, phénomène accentué par la montée des préoccupations écologiques, l’augmentation des coûts d’inhumation et la croyance de plus en plus partagée – mais peu objective – que ce type d’obsèques est moins éprouvant pour les familles.

Cela dit, encore de nos jours, il existe une différence entre pays de culture protestante et catholique.

Ainsi, au nord de l’Europe, au Royaume-Uni, en Suisse, la crémation est une option désormais très majoritairement retenue (dans 78 à 85% des décès). La proportion est moindre en Allemagne (73%) ou traditions catholique et protestante coexistent.

En revanche, si les crémations interviennent dans 50% des cas en Espagne, elles sont beaucoup moins nombreuses en France (39%) et en Italie (30%) tandis qu’elles restent totalement marginales dans les pays à majorité orthodoxe (Roumanie, Bulgarie, Grèce…).

Les obsèques civiles encore minoritaires

Un peu partout, une moindre pratique religieuse favorise également l’accroissement du nombre des obsèques civiles.

Elles concernent aujourd’hui 40% des cérémonies d’obsèques au Royaume-Uni et en Allemagne mais pas plus de 32% en France. Cette proportion ne dépasse pas 10% en Italie, Portugal ou Espagne, même si, en Catalogne, elle est deux fois plus répandue que dans le reste du pays.

En somme, en matière d’obsèques, les traditions sont prégnantes, certainement parce les personnes âgées, majoritairement concernées, demeurent attachées aux pratiques anciennes et que leurs proches en tiennent compte.

Cela dit, les sondages réalisés auprès de la population générale montrent clairement que les nouvelles pratiques sont appelées à devenir de plus en plus courantes.


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