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Les progrès inégaux de l’agriculture verte en Europe

mardi, 27 avril, 2021 - 09:36

La future politique agricole commune vise un « verdissement » des pratiques agricoles. Et fixe, en matière de culture biologique ou de limitation des pesticides, des objectifs dont la plupart des pays sont encore éloignés. C’est le cas de la France qui, néanmoins, progresse dans ces domaines.

Actuellement discutée entre le parlement et le conseil européen, la nouvelle politique agricole commune entrera en application en 2023.

Un de ses objectifs est de favoriser les pratiques environnementales vertueuses à travers la mise en place d’éco-régimes que financerait une enveloppe d’environ 40 milliards d’euros jusqu’à 2027.

Elle vise notamment à atteindre 25% de surfaces agricoles cultivées en bio et à réduire de moitié l’usage des pesticides (notre photo). Une réforme ambitieuse qui ne va pas sans inquiéter le monde agricole.

D’autant plus que les progrès réalisés ces dernières années varient beaucoup selon les pays.

Circuits courts, culture bio et limitation des pesticides

Le terme d’agriculture « verte » recouvre essentiellement trois notions.

D’abord le rapprochement des producteurs et des consommateurs via des « circuits courts » de distribution afin de diminuer les nuisances engendrées par le transport.

Il y a aussi le développement de l’agriculture biologique en termes de surfaces cultivées et de marché de la consommation.

Il s’agit enfin de réduire, pour toutes les cultures, le recours aux produits phytosanitaires si nocifs pour l’environnement et la santé.

Toutes ces questions sont évidemment en lien, même si la problématique des circuits courts n’est pas en soi du ressort de la politique agricole commune.

8% de culture bio en Europe mais 25% en Autriche

L’étendue des surfaces cultivées exclusivement en bio s’est beaucoup accrue depuis une décennie.

Mais, en 2019, l’ensemble des pays de l’Union européenne à 28 ne consacrait encore qu’à peine 8% de ses terres agricoles au bio, ce qui est bien loin de l’objectif de 25% pour la fin de la décennie.

Deux petits pays de l’UE sont les champions de la culture bio, l’Autriche et la Suède qui consacrent respectivement 25 et 20% de leurs surfaces au bio.

Parmi les grands pays agricoles, l’Italie tire son épingle du jeu avec 15% de surfaces bio en 2019. C’est sensiblement plus que l’Espagne – à peine 10% – et que l’Allemagne ou la France où le bio occupe moins de 8% des terres cultivées.

Doublement des surfaces bio en France

Par rapport à 2014, le pays qui a le plus progressé – et de loin – est la France qui a doublé ses surfaces bio et rattrapé l’Allemagne qui ne progresse pour sa part que de 20%.

Surtout, en termes de consommation, le marché français fait désormais jeu égal avec le marché germanique, à près de 12 milliards d’euros en 2019.

Notons que, malgré une production conséquente, l’Italie vend trois fois moins sur son marché national que ses deux grands voisins car la Péninsule est le champion du bio exporté, ce qui ne parait guère cohérent en matière de circuits courts…

Compte tenu de sa population, la France devance l’Allemagne avec près de 180 € dépensés par an et par habitant contre 145 outre-Rhin. On est cependant loin de la consommation annuelle d’un Suédois qui dépasse 260 €, 9% de ses dépenses alimentaires totales.

La grande distribution prépondérante

Dans la plupart des pays, de 50 à 60% de l’alimentation biologique s’achètent en grande surface à l’exception de l’Espagne où les consommateurs s’approvisionnent à plus de 40% dans des magasins spécialisés.

Quant aux produits achetés, ce sont plus fréquemment des fruits et légumes dans les pays du sud et davantage de laitages ou de céréales au nord.

Pesticides : l’Espagne la plus « accro », la France s’améliore

Le pays le moins vertueux en matière d’utilisation des produits phytosanitaires est l’Espagne avec près de 60.000 tonnes de pesticides épandus en 2019.

Mais la France n’est pas loin avec 51.000 tonnes, nettement devant l’Allemagne (43.000 tonnes) et l’Italie (35.000).

On constate toutefois que la France et l’Italie ont diminué de 25% en cinq ans l’utilisation de pesticides tandis que celle-ci ne recule que très marginalement en Allemagne et en Espagne.

Reste qu’on est très loin des objectifs fixés par l’Europe en la matière.

Biodiversité : mauvais point pour l’Hexagone

Sur le plan de la protection de la biodiversité, la France est cette fois le mauvais élève.

Depuis le début de ce siècle, le nombre d’espèces d’oiseaux y a diminué plus de 35%, ce qui paraît catastrophique.

D’autant que cette baisse n’est que de 15% en Allemagne et de 23% en Italie, Espagne ou Suède.


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