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Les relations entre l’Europe et les Etats-Unis à l’heure de Biden

mardi, 8 juin, 2021 - 08:41

Le président Joe Biden arrive en Europe alors que les relations transatlantiques sont de nouveau apaisées. Mais si les bras de fer sont oubliés, les positions de l’allié américain sur de nombreux dossier restent évidemment marquées par des divergences d’intérêt.

A quelques jours du sommet de l’OTAN de Bruxelles et à un mois du G7 de Venise, on voit déjà se dessiner les nouvelles relations entre l’Union européenne et les Etats-Unis que quatre années de présidence Trump avaient mises à mal.

Mais au-delà d’un réchauffement indéniable engendré par la volonté de la présidence Biden de restaurer la vieille amitié transatlantique, force est de constater que les points de divergence ne manquent pas. Tant sur le plan militaire, diplomatique, commercial ou économique.

Une page tournée

Sans aucun doute, Joe Biden a tourné la page Trump à l’égard de l’Europe.

L’ancien président avait multiplié les provocations à l’égard du Vieux Continent en agitant la menace d’une guerre commerciale, en évoquant un retrait militaire américain du continent européen, en se retirant de l’accord de Paris sur le climat et de l’accord iranien sur le nucléaire, en déclarant la guerre au projet de gazoduc Nord-Stream II entre la Russie et l’Allemagne ou en soutenant sans réserve la droite israélienne dans son conflit avec les Palestiniens…

Sur tous ces points, Joe Biden a très nettement infléchi la politique américaine en la rendant bien plus compatible avec les positions des Européens sans pour autant – loin s’en faut – les rejoindre.

OTAN : pas de retrait mais une réorientation à construire

Le président Biden a suspendu le retrait annoncé de quelques 12.000 des 35.000 militaires stationnés en Allemagne et, pour l’instant, a réduction des effectifs de l’US Army en Europe (environ 65.000 hommes.) n’est plus d’actualité.

Tout en la jugeant encore insuffisante par rapport à l’objectif de 2% du PIB, Jöe Biden peut d’ailleurs se féliciter de la hausse des dépenses militaires du vieux continent, non seulement en France où elles ont repassé le seuil fixé mais surtout en Allemagne où, en trois ans, elles sont passées de 1,3% de la richesse nationale à 1,56%. Mais l’Italie reste encore en retard (1,4%).

Concernant la réorientation stratégique de l’OTAN, la nouvelle administration demeure dans le vague et parait peu réceptive au souhait d’Emmanuel Macron de voir ses membres Européens habilités à mener des actions autonomes aux confins de l’Europe, que ce soit en Afrique du Nord ou au Moyen-Orient.

Des intérêts américains bien compris

Les approches américaines sont bien sûr le reflet des intérêts américains.

Sur l’Ukraine, faces aux intimidations russes, l’administration Biden appuie la volonté de Kiev de rejoindre le plan d’action en vue d’une adhésion à l’OTAN, soutenue en cela par la Pologne et les pays baltes. Mais, soucieux de ne pas braquer Poutine, Paris et Berlin y sont bien plus réticents.

A l’inverse, Joe Biden tend à ménager le turc Recep Tayyip Erdogan (redgep…) dont il ne veut pas se faire un adversaire dans les zones nord de la Syrie. Ce qui tranche avec la position très ferme adoptée par les Français vis-à-vis de la Turquie dans son différend maritime avec la Grèce.

Et puis les Européens jugent précipitée la décision américaine de retirer les troupes de la coalition occidentale d’Afghanistan. Une décision prise par Donald Trump et simplement repoussée du 1er mai au 11 septembre 2021 par Biden.

Apaisement sur Nord-Stream II

Il y a en revanche une vraie volonté d’apaisement sur le gazoduc germano-russe Nord Stream II.

Washington a toujours été opposé à cette infrastructure qui accroit la dépendance énergétique européenne à l’égard de Moscou et prive potentiellement l’Ukraine d’une partie de ces revenus de transit gazier par ses propres tuyaux.

Donald Trump s’était lancé dans une guerre de position en imposant des sanctions aux fournisseurs d’infrastructures du gazoduc, sanctions incluant des entreprises européennes.

Joe Biden a suspendu les sanctions pour les Européens sous réserve que l’Allemagne négocie avec l’Ukraine une transition en douceur et s’engage à absorber davantage de gaz liquide issus des exploitations de schiste américain.

Avec peut-être l’espoir, pour Biden, de voir arriver au pouvoir à Berlin des Verts, hostiles à Nord Stream…

Les tensions commerciales diminuent

La surenchère de taxes douanières punitives imposées par Donald Trump n’est plus de mise et l’application des droits supplémentaires a été suspendue le temps de régler les différends, notamment sur l’aéronautique.

Reste à savoir comment l’administration Biden va gérer, sur le long terme, le gros déficit commercial américain qui continue de se gonfler avec l’Allemagne (67 milliards de dollars en 2019), l’Italie (33 milliards) et même la France (19 milliards).

En conclusion, Joe Biden met de l’huile dans les rouages de sa diplomatie européenne.

Reste que, à l’international, les Européens devront négocier ferme pour obtenir un retour des Etats-Unis dans l’accord iranien. Et puis, au Proche-Orient, le rééquilibrage souhaité par le nouvel hôte de la Maison-Blanche dans le conflit Israël-Palestine ne va pas jusqu’à rapatrier à Tel-Aviv l’ambassade américaine délocalisée à Jérusalem.

L’éventualité de l’ouverture d’un consulat US à Jérusalem-Est serait cependant bien accueillie en Europe…


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