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La paix en Libye compromise par l’axe turco-allemand à la Conférence de Berlin ?

mardi, 15 juin, 2021 - 10:00

Par  myeurop

Si la tenue en Allemagne de la Conférence sur la paix en Libye est une avancée pour la reconstruction politique d’un pays déchiré, elle pose cependant problème en donnant la parole au camp pro-turc et en excluant des négociations l’une des forces en présence : celle du Maréchal Haftar. Berlin serait-elle aveuglée par ses intérêts économiques dans le Bosphore?

Une étape importante pour la reconstruction de la Libye

Nouvel épisode dans le processus de reconstruction et de stabilisation politique de la Libye sous l’égide de l’ONU, depuis la conférence du 19 janvier 2020 : la conférence sur la paix qui se tiendra à Berlin le 23 juin prochain et auquel participera, enfin, le gouvernement de transition libyen. L’objectif affiché par le ministre fédéral allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, est de «soutenir le gouvernement libyen pour que les élections prévues le 24 décembre puissent avoir lieu». En effet, le 24 décembre 2021, des élections présidentielle et législative devraient permettre à un nouveau gouvernement de se constituer et de consolider l’unification du pays.

Si la convocation du gouvernement de transition à la conférence berlinoise – qui réunit quelque 75 acteurs libyens – est une excellente initiative de la part de la communauté internationale, elle pose cependant la question de la représentativité des forces politiques libyennes, qui ont été divisées de mars 2016 à mars 2021 entre le gouvernement d’entente nationale (GEN) de Tripoli d’un côté et l’Armée nationale libyenne (ANL) du maréchal Khalifa Haftar de l’autre, homme fort de l’est et du sud du pays, pourtant peu représenté au sein du gouvernement de transition.

L’absence très remarquée du camp Haftar, qui contrôle pourtant 70% du pays

Figure tutélaire en Libye, à la fois sur le plan militaire et politique, le maréchal Khalifa Haftar s’est notamment distingué par la sécurisation du croissant pétrolier et ses campagnes militaires contre des groupes islamistes et djihadistes dans la Cyrénaïque (est du pays) et dans le sud du territoire libyen. Au point d’obtenir la confiance de la France, des États-Unis et de la Russie. Selon certains, le maréchal Haftar représenterait une alternative « musclée » mais nécessaire, notamment face à un gouvernement de transition dont la majorité de ses membres jouit du soutien du Qatar et de la Turquie. Ou encore face au fils cadet de l’ancien dictateur Mouammar Kadhafi, Saïf al-Islam Kadhafi.

En coulisse, certains s’étonnent de la primauté accordée au camp pro-turc/qataro-frériste par l‘Allemagne et de l’exclusion, considérée comme arbitraire, du camp Haftar à une conférence présentée pourtant comme réunissant l’ensemble de l’échiquier politique libyen. Serait-ce la conséquence de l’influence de la politique allemande, cultivant une forme de tolérance à l’égard des intérêts turcs ? En novembre 2020, la chancelière allemande Angela Merkel bloquait des sanctions réclamées par la France et l’Autriche à l’égard de la Turquie au sujet de forages gaziers en Méditerranée…

L’Allemagne protège ses intérêts dans le Bosphore

« Près de 3 à 4 millions de concitoyens d’origine turque vivent en Allemagne. Et (…) nous avons de forts intérêts économiques dans le Bosphore puisqu’un certain nombre de nos chaînes d’approvisionnement industriel passent par la Turquie », rappelle l’allemand Günter Seufert, Directeur du Centre pour les études sur la Turquie de l’Institut Allemand de Politique Internationale et de Sécurité (SWP).

Un laxisme à l’égard d’Ankara qui est pourtant en contradiction avec la politique de fermeté de l’Union européenne qui dénonce les « récentes actions unilatérales (de la Turquie) en Méditerranée orientale, les provocations et la rhétorique, qui sont totalement inacceptables », comme le rappelait récemment le président du Conseil européen Charles Michel. Des tensions diplomatiques entraînant parfois des maladresses protocolaires qui en disent long sur l’état des relations entre l’UE et la Turquie, comme lorsque la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen s’est retrouvée sans chaise lors d’un voyage à Ankara.

Certains experts vont encore plus loin, comme l’essayiste Hadrien Desuin qui considère que Berlin est « otage de sa forte minorité turque » et que « face à Erdogan, la France ne peut plus compter sur (…) l’Allemagne ». Au point de contrevenir à l’équilibre des forces dans des pays fragiles et de négocier avec les mouvances islamistes radicales ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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