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La France est la championne de l’abstention en Europe

mardi, 29 juin, 2021 - 12:28

Avec une participation limitée à 35% au scrutin régional, la France fait figure d’exception en Europe. D’autant que cette désaffection se retrouve aux élections législatives. Le système institutionnel de l’Hexagone parait en cause tandis que la nouvelle structuration partisane déroute les Français.

Bien qu’un peu plus élevé qu’au premier tour, le taux de participation aux élections régionales et départementales françaises n’a pas atteint les 35% au second tour (notre photo).

C’est le pire résultat de l’histoire pour une élection en France et seul le referendum de 2000 sur le passage au quinquennat avait connu une abstention encore plus élevée (près de 70%).

Ce désintérêt des électeurs est très préoccupant pour le fonctionnement de notre démocratie, d’autant qu’il apparaît comme un phénomène isolé en Europe.

Les Européens votent aux régionales…

En général, les scrutins régionaux mobilisent moins la population des pays de l’Union que les scrutins nationaux. A l’exception notable de la Belgique, où comme au Luxembourg et en Grèce, le vote est obligatoire.

Ainsi, lors du dernier scrutin de 2019 où l’on élisait les membres des cinq assemblées régionales, les électeurs belges ont été près de 94% à déposer un bulletin dans l’urne en Wallonie et 92% en Flandre. Des chiffres à rapprocher des 87% de participation aux dernières élections communales luxembourgeoises de 2017.

Cela dit, en l’absence d’obligation de vote, la Suède est également un pays de très forte participation aux régionales, avec près de 84% lors du dernier scrutin de 2018.

Ailleurs en Europe, la participation aux élections régionales ou locales est variable. Elle se situait par exemple à un niveau très bas en Angleterre en 2018 – 34% – mais, en général, elle dépasse les 50%.

… et à 50-60% en Italie, Espagne et Allemagne

En Italie les élections régionales de septembre 2020 ont vu la participation aller de 46% dans le Veneto à 63% en Toscane.

En Espagne, 72% des électeurs ont voté en mai dernier à l’élection de l’assemblée de Madrid, un taux très supérieur à ce qu’on avait observé auparavant au Pays Basque ou en Catalogne (53% environ).

Pour ce qui est de l’Allemagne, on observe qu’en mars de cette année, 64% des électeurs du Bade-Wurtenberg se sont déplacés et, il y a quelques jours, 60% des inscrits de Saxe Anhalt ont pris part au scrutin.

Les Français s’abstiennent même aux législatives…

A regarder le scrutin qui vient de se dérouler, les Français semblent donc moins concernés par les régionales.

Toutefois, on constate que le deuxième tour des régionales précédentes, en 2015, avait quand même vu la participation s’élever à 58%.

Il semble donc que la désaffection des électeurs aille bien au-delà d’un désintérêt pour les régions et les départements.

De fait, en France, même les élections législatives ne font plus recette.

Jusqu’en 2007, la participation aux législatives oscillait entre 60 et 80%. Mais en 2012, ce taux est tombé à 57% et il s’est effondré à moins de 49% lors du dernier scrutin de 2017.

A la seule exception de la Roumanie – 32% en 2020 – c’est le taux le plus faible de toute l’Union européenne.

… contrairement à l’ensemble des pays de l’UE

Car presque tous les pays européens font beaucoup mieux. En ne considérant que les élections générales récentes, deux tiers des électeurs espagnols et britanniques ont voté en 2019.

Et ils étaient autour des trois quarts à le faire en Italie, en Allemagne ou aux Pays Bas. Enfin, près de neuf électeurs sur dix ont déposé un bulletin dans l’urne en Suède et en Belgique.

Et puis, dans plusieurs pays d’Europe centrale une certaine démobilisation des électeurs s’était faite jour il y a quelques années. Mais lors des derniers scrutins, la participation dépasse désormais 60% en Pologne, Hongrie ou République tchèque.

Un mal français

L’abstention est donc une plaie spécifiquement française. Mais pourquoi ?

Peut-être parce que les citoyens sont déroutés par la superposition de deux alternatives politiques : un match droite/gauche au niveau local et un affrontement libéraux/nationaux populistes imposé par l’élection présidentielle.

Ce scrutin surdétermine désormais l’ensemble du processus démocratique et ce n’est pas un hasard s’il suscite encore la participation de trois quarts des électeurs inscrits. Pour combien de temps ?


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