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Présidence de l’UE, présidence de l’UA : la France et le Sénégal prêts pour 2022

jeudi, 16 septembre, 2021 - 16:21

Hasard du calendrier, la France et le Sénégal prendront respectivement la présidence tournante de l’Union européenne et la présidence de l’Union africaine en début d’année prochaine. Ce sera pour ces deux pays moteurs de leurs continents l’occasion de faire avancer leurs dossiers de prédilection, mais aussi d’accentuer la coopération bilatérale entre Paris et Dakar.

Le 1er janvier 2022, la France prendra pendant 6 mois la tête de la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne. La dernière présidence française remonte à 2009, et nul doute qu’Emmanuel Macron souhaitera se servir de ce levier diplomatique pour terminer son mandat sur une note positive avant sa très probable candidature à sa réélection. Le pari est cependant risqué pour Emmanuel Macron, qui aurait pu échanger la présidence du Conseil avec un État membre — les textes européens l’y autorisent. L’évènement est préparé depuis plusieurs mois par tous les ministères afin de mettre ce semestre à profit pour faire avancer les dossiers qui sont chers au chef de l’État.

Le programme de la présidence française devrait être dévoilé dans les semaines qui viennent. Le débat sur la levée du critère de 3 % de déficit public devrait y figurer, tout comme le paquet climat « Ajustement à l’objectif 55 » (qui vise à réduire les émissions de gaz à effets de serre de l’UE d’au moins 55 % d’ici à 2030), ou encore le nouvel arsenal de lutte contre la concurrence déloyale des entreprises étrangères subventionnées et la régulation des géants du numérique via le Digital service act, comme le note Usine nouvelle dans un article du 26 août dernier.

Dakar en tête du continent

Un mois après la France, ce sera au tour de Sénégal de prendre la tête d’une alliance continentale : le pays francophone prendra la tête de la présidence de l’Union africaine (UA), succédant à la République démocratique du Congo. L’UA fêtera ses 20 ans en juillet prochain et compte 55 États membres, soit l’intégralité des pays africains et de leur milliard et demi d’habitants. Pas de campagne électorale en vue pour le président sénégalais Macky Sall, mais nul doute qu’il aura comme son homologue français la volonté de mettre à profit la présidence tournante pour faire avancer les dossiers qui lui sont chers.

La présidence sénégalaise devrait être un grand moment diplomatique : le pays est modeste par la taille et par son poids démographique, mais sa vitalité économique et le volontarisme de son président sur la scène internationale en font un acteur régional majeur. Comme le rappelle Le Quotidien dans un article 4 février 2021, Président Macky Sall a eu un rôle important dans la prise en charge de la question sécuritaire contre la spirale terroriste au Sahel, dans la solution des crises politiques qui ont eu lieu au Burkina Faso ou en République centrafricaine, ou encore dans la pacification de pays minés par des tensions postélectorales telles que la Gambie. Le Sénégal est également très impliqué dans le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad), où il a défendu des dossiers tels que l’annulation de la dette du continent, la réforme du Conseil de sécurité et la protection des droits humains. Comme le pro-européen Emmanuel Macron dans l’Union européenne, Macky Sall s’évertuera certainement pendant cette présidence à œuvrer en faveur d’une coopération accrue entre les différents pays de l’UA. Le fait qu’existe un « Prix Macky Sall pour la promotion du dialogue en Afrique » en dit long sur la politique que souhaite encourager le président sénégalais sur un continent trop souvent déchiré par les conflits.

Il est également intéressant de noter que le Sénégal est très impliqué au niveau mondial, en étant l’un des plus grands contributeurs de personnel de police sur les opérations de paix des Nations Unies. Dakar avait par ailleurs mis à profit son récent mandat au Conseil de sécurité de l’ONU pour défendre une ligne claire sur la question palestinienne et sur la problématique de l’eau. Le Sénégal a également siégé au Conseil exécutif de l’UNESCO pour la période 2015-2019 et a été triomphalement réélu en octobre 2020 lors du renouvellement des États membres du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, ce qui est une reconnaissance par la communauté internationale de l’action du Sénégal en faveur de la paix et de la défense des droits humains.

Sur le plan bilatéral, le Sénégal a depuis une décennie resserré ses liens avec ses voisins, mais aussi avec des acteurs majeurs partout dans le monde, qu’il s’agisse des États-Unis, de la Chine, de l’Allemagne, de la Turquie, de la Russie, de l’Afrique du Sud, de l’Inde, de l’Arabie saoudite, ou encore, bien sûr, de la France.

Renforcer la coopération entre la France et le Sénégal

Ce parallélisme de responsabilités devrait permettre à la France et au Sénégal de renforcer davantage des liens mus tant par un passé en commun que par un avenir riche en opportunités.

Sur le plan économique, rappelons que la France est le premier investisseur au Sénégal et son premier partenaire commercial. La France y est également le premier investisseur, avec plus de 88 % du stock d’investissements directs étrangers et plus d’une centaine d’entreprises implantées dans le pays, générant plus de 12 000 emplois directs. Les entreprises françaises assurent ainsi un quart du PIB et des recettes fiscales du Sénégal. Depuis l’année 2000, l’Agence française de développement (AFD) a engagé près de 1,7 milliard d’euros au Sénégal. Parmi les projets les plus emblématiques : le train express régional (TER) de Dakar et le KMS III, qui doit permettre de sécuriser l’approvisionnement en eau potable de Dakar. Le réseau français au Sénégal se compose également d’un grand nombre d’acteurs du secteur non marchand, tel que l’Institut français du Sénégal (qui comprend les sites de Dakar et de Saint-Louis), un réseau de 14 établissements scolaires à programmes français comptant plus de 7 600 élèves, trois Alliances françaises, ou encore un Institut Pasteur à Dakar.

Cette « relation spéciale » entre les deux pays s’incarne aussi via des contacts directs entre leurs dirigeants politiques : le Sénégal est par exemple le seul pays d’Afrique subsaharienne avec lequel la France tient chaque année un séminaire intergouvernemental, alternativement à Dakar et à Paris. En 2019, des feuilles de route consacrées à l’émergence économique, à l’éducation, à la formation, à la santé, au sport, à la culture, aux migrations, à la défense et la sécurité avaient été signées à cette occasion. La France et le Sénégal s’étaient alors engagés à « poursuivre une coopération efficace contre les migrations irrégulières », comme le rapporte Le Point dans un article du 18 novembre 2019. « Une politique migratoire, ce n’est pas qu’une addition de contraintes, c’est aussi l’expression de choix affirmés », avait déclaré le Premier ministre français d’alors, Edouard Philippe, qui avait été accueilli par Macky Sall au palais présidentiel de Dakar. Pour soutenir cette politique commune, la France s’était engagée à aider la modernisation de l’état civil sénégalais ainsi que certains services de police et gendarmerie dédiés aux contrôles des frontières et à la lutte contre le trafic des migrants.

D’un point de vue plus positif, Edouard Philippe avait également à cette occasion salué l’augmentation du nombre d’étudiants sénégalais admis en France (12 500 en 2019) et avait déclaré souhaiter « augmenter le nombre de passeports talents », réservés aux étrangers disposant de certaines qualifications. Selon Bloomberg, il avait également été question de l’achat par Air Sénégal de 8 avions Airbus, dans le but d’aider la compagnie nationale à « atteindre un de ses objectifs, à savoir faire de Dakar un hub aérien important dans la sous-région ». Compte tenu de la participation du Sénégal a la Mission des Nations unies au Mali (Minusma), un accord avait également été signé pour la vente de trois patrouilleurs hauturiers du groupe français Kership et de missiles de MBDA, un groupe européen basé en France.

L’édition 2020 de ce séminaire devait avoir lieu à Paris, mais a été reportée en raison de la pandémie. Il devrait se tenir au premier semestre 2021, c’est-à-dire en concordance avec la double présidence de la France et du Sénégal. Pour marquer cette occasion, Emmanuel Macron et Macky Sall se rencontreront peut-être à l’Élysée, comme en août 2020 ?


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