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Quelle politique européenne pour la vapoteuse ?

lundi, 11 octobre, 2021 - 09:53

Depuis 2010 et les débuts de la commercialisation massive de la cigarette électronique, la recherche scientifique a permis de consolider nos connaissances sur la vapoteuse, afin de mieux en définir ses avantages et ses inconvénients comme outil d’aide à l’arrêt du tabac. Un recul scientifique, certes encore incomplet, mais qui peut d’ores et déjà devenir la boussole des pouvoirs publics dans leur traitement de la cigarette électronique.

Cigarette électronique : quelle est la problématique ?

Selon les soutiens de la vapoteuse, le principal intérêt de la cigarette électronique est la possibilité, pour les fumeurs dépendants, de conserver un apport nicotinique suffisant, tout en supprimant l’essentiel du contingent carcinogénétique et toxique de la fumée. De ce point de vue, la littérature scientifique met en évidence un certain nombre de résultats positifs. Une étude de référence de l’Institut Pasteur, publiée le 5 janvier 2021 dans le Journal of Hazardous Materials, indique que la cigarette électronique réduit respectivement de 99,8 % et 98,9 % la présence de composés carbonylés et d’hydrocarbures aromatiques — deux classes d’éléments toxiques — dans les aérosols en rapport aux cigarettes classiques.

La cigarette électronique a aussi fait l’objet de rumeurs parfois infondées, notamment après des cas de lésions pulmonaires chez plusieurs milliers de personnes aux États-Unis en août 2019. L’enquête menée par le Center for Disease Control a révélé que cette « épidémie » subite était liée à la présence d’huile de vitamine E, ajoutée à des liquides au cannabis vendus sur le marché noir aux États-Unis. Un mésusage de la cigarette électronique aux conséquences dramatiques qui, en France, a conduit l’Académie nationale de médecine à rappeler que la cigarette électronique avait conduit « 700 000 fumeurs à décrocher », dans un communiqué diffusé le 12 décembre 2019.

Il est tout de même certain que l’usage de la cigarette électronique demeure largement moins anodin que celui du patch de nicotine, notamment car les vapoteuses conservent, même à des taux infinitésimaux, certains éléments toxiques. Néanmoins, le patch de nicotine n’a pas distancé tous les autres moyens de sevrage, loin de là, en particulier la cigarette électronique qui a conquis un marché significatif dans le monde et en Europe. Une étude menée auprès de 886 participants sur une période d’un an, conduite par Peter Hajek et publiée dans le New England Journal of Medicine le 14 février 2019, suggère même que la cigarette électronique est plus efficace pour la sortie du tabac que les autres moyens classiquement utilisés pour la sortie du tabac (patchs…). Pourquoi ? Car la vape est « un moyen de sortir du tabac par plaisir », affirme le Professeur de médecine français Bertrand Dautzenberg, pour le magazine scientifique European Scientist.

Sur quels éléments doivent se baser les politiques publiques concernant la réglementation de la cigarette électronique ?

Les preuves qui suggèrent une efficacité probable de la cigarette électronique sur le sevrage tabagique ont augmenté en qualité depuis 2014. Dans ce contexte, certaines politiques publiques font le choix prudent de s’intéresser à l’usage de nouveaux moyens de sevrage tabagique, tout en maintenant l’objectif d’atteindre une diminution quantitative du tabagisme dans un pays. C’est notamment le cas de la Grande-Bretagne qui, dans une approche très volontariste, fait de la vapoteuse l’un des fers-de-lance de sa politique antitabac, après plusieurs avis positifs du Public Health England. La France a aussi une approche relativement favorable à la cigarette électronique, tout en maintenant certaines précautions d’usage, comme l’interdiction de la publicité pour les cigarettes électroniques ou la prohibition de son utilisation dans les lieux publics.

D’autres pays, en revanche, privilégient une approche maximaliste, qui ne voient que le tabac fumé d’un côté et le sevrage complet et définitif de l’autre, ne laissant donc que peu de place pour certains produits alternatifs, comme la cigarette électronique. Les politiques trop restrictives ne sont en revanche souvent pas fondées sur un niveau suffisant de preuve pour en faire une stratégie de santé publique.

La Lituanie a, à ce titre, notifié la Commission européenne pour l’informer de sa volonté d’interdire la commercialisation des liquides aromatisés de cigarette électronique à compter du mois de juillet 2022. Les autorités de santé lituaniennes justifient cette décision par le fait que les liquides aromatisés pourraient constituer une porte d’entrée des jeunes dans le vapotage puis, par extension, dans le tabac. Aucune étude scientifique sérieuse ne venant cependant prouver cet argument. Au contraire, les Eurobaromètres — des études déclaratives de grande ampleur menées par la Commission européenne auprès des Européens — indiquent que seulement 1 % des vapoteurs n’ont jamais fumé auparavant. D’autres études déclaratives menées en Grande-Bretagne suggèrent que la massification commerciale de la cigarette électronique n’a pas entraîné de hausse du tabagisme chez les jeunes. Une telle mesure pourrait même avoir des effets délétères sur la population des fumeurs lituaniens — environ 28 % de la population globale du pays —, qui pourraient être tentés de continuer à fumer, en l’absence d’alternative leur convenant. Des études seront, dans les années à venir, nécessaires pour mesurer les effets des politiques restrictives contre la cigarette électronique.

Car elle est encore récente, les pouvoirs publics ont encore des difficultés à définir une politique publique claire face à la vapoteuse. Le recul scientifique obtenu en démontre tout de même les avantages dans une approche de sortie du tabac.

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