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L’Europe fracturée par la précarité énergétique peut-elle être ressoudée par une présidence de milieu de tableau ?

mardi, 1 mars, 2022 - 09:36

Par  admin

Fin janvier 2022, alors que les prix de l’énergie grimpaient en flèche, les ministres européens de l’Environnement et de l’Energie se sont réunis à Amiens. Le risque de voir exploser la précarité énergétique en Europe – accru aujourd’hui par la crise ukrainienne – a poussé la présidence française du Conseil de l’Union européenne à accélérer l’agenda du Green Deal européen. 

L’UE poussée à l’action par la société civile

Trois Directives majeures sont sur la table des négociations européennes. Elles concernent l’efficacité énergétique, la performance énergétique du bâtiment et les énergies renouvelables. Sur chacun de ces dossiers, des associations comme le Réseau Action Climat estiment que la PFUE doit mettre un coup d’accélérateur. Selon l’ONG, l’UE doit tripler son rythme actuel de rénovation des bâtiments pour éradiquer les passoires thermiques. Elle demande également une revue à la hausse des objectifs environnementaux en visant une baisse de la consommation d’énergie en Europe de 45 % d’ici 2030. 

Quand la lutte contre la précarité énergétique devient incontournable

S’il est un dossier qui s’impose comme prioritaire dans la période, c’est bien celui de la lutte contre précarité énergétique. Entre flambée des prix et gaspillage d’énergie, la question du chauffage est à la croisée des enjeux sociaux et environnementaux. Fin 2021, le commissaire européen Thierry Breton estimait la population européenne en situation de précarité énergétique entre 16 et 18 millions de personnes. Ce chiffre, déjà inquiétant, était probablement sous-évalué. En 2019, l’Institut Jacques Delors, en se fondant sur des données d’enquête Eurostat, estimait le nombre d’européens n’étant pas en mesure de chauffer suffisamment leur logement à plus de 30 millions, soit presque 7 % de la population, avant la flambée des prix. 

Fracture Nord/Sud en Europe, la France entre deux latitudes

D’après l’Institut Delors, les inégalités sociales entre pays européens dépassent les inégalités de températures. Concrètement, alors que les hivers y sont plus doux, les pays du Sud de l’Europe sont plus touchés par les difficultés à se chauffer que les pays du Nord, en raison de la pauvreté. A la précarité monétaire viennent s’ajouter la faiblesse des infrastructures, notamment de chauffage central efficace et la mauvaise qualité énergétique du bâti. Au total, les pays européens les plus touchés sont la Bulgarie, la Lituanie, la Grèce et Chypre, où la part de la population en incapacité de se chauffer varie entre 18 et 27 %. 

Dans cette Europe fracturée, la France navigue entre deux eaux. Si les Français connaissent moins la précarité énergétique que leurs voisins du Sud de l’Europe, ils sont tout de même 20 % à avoir déclaré souffrir du froid cet hiver, soit une hausse de 6 points en un an. Du côté des bons élèves, les Allemands se placent en première position. Malgré un coût de l’électricité élevé, seuls 2,5 % des Allemands étaient en situation de précarité énergétique en 2019. 

Un défaut structurel d’isolation thermique en France

Un distingo qui s’explique en partie par le manque de performance de l’isolation en France. Une enquête menée sur 80 000 foyers par Tado°, entreprise leader de la gestion intelligente du chauffage, révèle que les logements français perdent leur chaleur jusqu’à 2,5 fois plus vite par rapport à certains voisins européens, au premier rang desquels la Norvège ou l’Allemagne dont les logements bénéficient d’une excellente résistance thermique. 

La faible performance de l’isolation en France avait fait surface dans le débat public en 2014 avec l’ « Isolgate ». Dans un rapport, le député socialiste Jean-Yves Le Déaut, alertait : « La résistance thermique des laines minérales évaluée en laboratoire chute très fortement lorsqu’elles sont mises en œuvre » avant d’ajouter que « la performance énergétique est largement conditionnée par la qualité de la pose du matériau. Or, en France, aucun contrôle de la performance énergétique n’est effectué a posteriori. »

Le rapport parlementaire pointait du doigt les défauts récurrents lors de l’installation des isolants qui « doit s’accompagner de l’installation complémentaire sur la face intérieure d’un pare vapeur pour bloquer l’humidité, et sur la face extérieure d’un pare pluie pour empêcher les infiltrations. ». Ces parois d’étanchéité, qui conditionnent l’efficacité des isolants, sont plus systématiquement appliquées par les professionnels dans les pays du Nord. C’est moins le cas en France, comme le soulignait récemment un autre rapport, mené par Pouget Consultants à la demande de la DG Energie Climat (DGEC). Or, signalent les experts, « le niveau BBC (bâtiment basse consommation) n’est atteignable que par le traitement des ponts thermiques et de l’étanchéité à l’air ». 

Un effort national préalable à la réussite de la PFUE ?

L’enjeu est de taille pour le gouvernement français. Celui-ci est attendu pour impulser au niveau européen une politique qui semble encore balbutiante au niveau hexagonal. Le dispositif MaPrimeRenov’ a certes été salué par la Cour des Comptes quant à la massification des travaux, qui rapproche la France de l’objectif de 500 000 logements rénovés par an. Cependant, le même audit n’a pas manqué de soulever les limites du dispositif en affirmant que « la vérification de la qualité et de l’efficacité des travaux en matière de lutte contre les passoires thermiques et la précarité énergétique n’est pas assurée. » Les critiques se rejoignent et soulignent une faille dans les dispositifs hexagonaux dont il faudra tirer les enseignements à l’échelle du continent. 


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