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Ukraine : les conséquences écologiques du conflit

mercredi, 30 mars, 2022 - 09:41

Quelle que soit l'issue de la guerre, l'Ukraine devra être reconstruite, mais les dégâts écologiques seront irréparables tant les sols, les réserves d'eau et les réserves naturelles sont détruits ou très atteints. La pollution de l'air et des lacs par les produits chimiques et radioactifs pourrait ne pas être corrigée.

Si l’attention mondiale se porte naturellement sur les pertes humaines et la destruction des villes, le conflit a déjà de lourdes conséquences sur la pollution des sols, de l’air et la disparition de la faune et la flore. Les incendies sont nombreux, l’eau est contaminée, les fuites radioactives probables. Ces incendies, qui touchent des stocks de munitions, des usines d’armement et des réservoirs de carburants s’ajoutent à la destruction des tourbières par les chars et les feux de forêts se multiplient. Ces feux ont d’ailleurs été détectés via des images satellite de la Nasa. Si l’Ukraine est un pays fortement industrialisé, c’est aussi un des plus grands pays d’Europe de part sa superficie  et un des grands producteurs agricoles. Son territoire possède de nombreuses zones naturelles protégées, fondamentales pour les oiseaux migrateurs, nombreux en cette saison. Mais le bruit, les explosions et les incendies  empêchent forcément la nidification.

« La guerre pollue. C’est une évidence, mais cette pollution est très peu étudiée et documentée. C’est un angle mort », souligne Bastien Alex, coauteur du livre »La Guerre chaude » (Presses de Sciences Po) et spécialiste des questions climatiques. « En guerre, l’empoisonnement et la destruction de l’environnement n’ont rien de marginal, analyse Ben Cramer, chercheur en sécurité environnementale. Elle s’inscrit dans une stratégie plus générale de l’envahisseur cherchant à déployer ses capacités de nuisance : la terreur et la pollution sont des armes parmi d’autres. »

« Une bombe à retardement »

La destruction écologique aura de lourdes conséquences , mais la menace environnementale la plus importante reste nucléaire. L’Ukraine possède le huitième parc nucléaire au monde avec quinze réacteurs en activité, qui produisent près de 50% des besoins en électricité du pays. Tchernobyl a été envahie par l’armée russe dès les premiers jours du conflit et la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad), a révélé, le 24 février, une forte augmentation du rayonnement : une multiplication par 20, 30, voire près de 40 selon les capteurs, dans toutes les directions et jusqu’à une trentaine de kilomètres de Tchernobyl. Deux sites de dépôts de déchets radioactifs ont été touchés par des missiles, le premier  à Kharkiv, à l’est du pays, et le second près de Kiev.

Théâtre du conflit, la région du Donbass est désormais l’une des régions les plus polluées d’Europe. La destruction des infrastructures minières causée par la guerre en 2014, les sabotages des gazoducs et des canalisations, la contamination des sols et l’assèchement des cours d’eau ont conduit à transformer le Donbass en en zone dévastée et sacrifiée,  à l’image de la zone d’exclusion de Tchernobyl ou de Verdun. Au total, au moins 530 000 hectares — dont dix-huit réserves naturelles — ont été « affectés, endommagés ou détruits » par le conflit au Donbass, selon l’Organisation des Nations unies (ONU). « Indéniablement, cette guerre en Ukraine aura des répercussions sur le long terme, juge Ben Cramer. La dévastation de l’environnement est une bombe à retardement ». 


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