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Quelles solutions pour renforcer l’indépendance énergétique de l’UE ?

jeudi, 5 mai, 2022 - 09:15

Par  admin

Dans un contexte de guerre russo-ukrainienne, l’Union européenne tente de trouver des alternatives. Le salut pourrait venir… du gaz, mais pas seulement. Cette situation inédite pourrait s’avérer une opportunité pour la transition énergétique. 

Depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, les sanctions pleuvent pour contraindre la Russie à stopper ses opérations militaires. Sur le volet énergétique, les pays membres de l’Union européenne, très dépendants des ressources pétrolières et gazières russes, peinent à se mettre au diapason. 

Une dépendance inégale

D’autant que cette dépendance diffère grandement d’un pays à l’autre, tout comme les intérêts qui en découlent. Et le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, de rappeler sur France Bleu que « la France est dépendante à 20 % pour son approvisionnement de gaz russe, la moyenne européenne étant 40 %. L’Allemagne c’est 55 % et certains états sont totalement dépendants (…) Par exemple, en Finlande, 100 % du gaz vient de Russie »

Ce qu’il faut en déduire ? « Chaque jour qui passe, chaque jour où des civils se font massacrer en Ukraine, l’Europe verse environ 750 millions d’euros à la Russie en paiement de son gaz et de son pétrole », alertait, dans les colonnes de l’Express, François Gemenne, chercheur au Giec. Autant d’argent qui, indirectement, sert à financer le conflit en Ukraine. Et la facture grimpe à plus de 40 milliards d’euros (Mds€) depuis le début du conflit. 

L’Europe vise 2027 pour s’affranchir totalement du gaz russe. Une échéance qui peut laisser penser que l’Union européenne ne peut tout simplement pas sortir de cette dépendance énergétique. Mais d’autres sont plus optimistes, tel Bruno Lemaire. En visite dans une usine du producteur d’hydrogène Air Liquide en Seine-Maritime, il a ainsi affirmé que l’Europe avait « des solutions » pour pouvoir se passer du gaz russe.

 Alors que le conflit s’enlise en Ukraine, le ministre a également précisé vouloir « accélérer » le processus d’indépendance énergétique vis-à-vis du gaz russe, afin de « relever le défi de l’hiver 2022-2023 ». 

Pas de fatalité

Parmi les alternatives évoquées, il faut, selon lui, augmenter le stockage du gaz dès cet été, privilégier des achats groupés pour « faire bloc et obtenir des tarifs moins élevés », diversifier les sources d’approvisionnement et, bien sûr, améliorer le rendement des terminaux de gaz naturel liquéfié (GNL). 

Au-delà des frontières françaises, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a, elle aussi, présenté, début mars, les différentes solutions mobilisables par les pays européens. Selon ses calculs, l’Europe pourrait réduire d’un tiers ses importations de gaz en un an, en combinant dix mesures. Pour exemples : augmentation des importations de gaz provenant d’autres fournisseurs que la Russie (Norvège, Azerbaïdjan…) et des livraisons de GNL, accélération du déploiement des nouveaux projets éoliens et solaires, incitation des consommateurs à réduire de 1°C le réglage de leurs thermostats… 

Le GNL pour se passer du gaz russe

Certains pays ont d’ores et déjà pris un peu d’avance. C’est le cas, à l’Est, des pays baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie), qui ont stoppé leur importation de gaz russe depuis le 1er avril.  « Il y a des années, mon pays a pris des décisions qui nous permettent aujourd’hui de rompre sans peine les liens énergétiques avec l’agresseur », a twitté le président lituanien, Gitanas Nauseda. Plus concrètement, le chef de l’exécutif lituanien fait référence à la mise en place d’un terminal de regazéification flottant, baptisé « Independence », ainsi qu’à un stockage de gaz, propriété de Gazprom, en Lituanie, qui suffit à couvrir 50 % de la demande annuelle de ces trois pays. Les pays baltes « ont investi dans des terminaux de regazéification, des interconnexions avec la Pologne, avec la Finlande… Ils avaient vraiment intégré le concept de sécurité de l’approvisionnement », ajoute Thierry Bros, professeur à Sciences Po, interrogé par TV5 Monde.

Retour à l’Ouest, en France, où l’on mise sur le GNL. L’Hexagone dispose déjà de quatre terminaux. Le président de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), Jean-François Carenco, s’attache à faire lever les obstacles administratifs afin d’accélérer le déploiement d’un cinquième terminal. 

Une opportunité pour la transition

Pour autant, certains considèrent ces alternatives comme des rustines. « L’UE pourrait théoriquement augmenter ses importations de GNL à court terme de quelque 60 milliards de mètres cubes », estime l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Et après ? 

La production de GNL s’avère trop faible pour combler le manque et cette ressource n’en demeure pas moins du gaz. De l’avis de Lorette Philippot, chargée de campagne chez les Amis de la Terre, « le GNL a de très importants impacts climatiques, parce que très énergivore, parce qu’en ouvrant des marchés mondiaux, il pousse toujours plus la production en amont, et parce que sa chaîne de valeur crée des fuites de méthane ». 

Il semble donc plus que nécessaire d’explorer d’autres voies et de miser sur « des solutions alternatives produites en France, qui permettront de devenir indépendants du gaz russe », comme le déclarait Bruno Le Maire lors de sa visite chez Air Liquide. 

Parmi les solutions éprouvées figurent le nucléaire et les énergies renouvelables, tous deux indispensables, estime Michel Derdevet : « Sur le long terme, nous aurons besoin, qu’on le veuille ou non, à la fois du nucléaire et de toutes les énergies renouvelables (hydraulique, éolien, photovoltaïque, …) pour construire un modèle énergétique autonome, résilient et souverain. »

Mais d’autres pistes pourraient aussi être explorées, comme l’hydrogène. Même si ce vecteur énergétique est loin d’avoir atteint une échelle industrielle suffisante pour répondre à la demande. Une autre solution plus mature serait d’exploiter la biomasse qui, elle, a l’avantage de présenter un bilan carbone neutre. Cette source d’énergie renouvelable permet de produire de la chaleur et de l’électricité grâce à la combustion de matières organiques d’origine végétale ou animale. Sa matière première est issue des milieux marins, des industries, de cultures et même de l’élevage. L’idée n’a rien de farfelu, puisqu’il s’agit de la première source d’énergie renouvelable en France, avec 55% de la production d’énergie finale, selon le ministère de la Transition écologique. 

Depuis quelques années déjà, la France met l’accent sur cette source, notamment Outre-mer où elle a instauré la prime « bagasse » en 2019. Celle-ci vise à valoriser ce sous-produit agricole issu de la canne à sucre, afin de produire de l’électricité. 

Du côté de l’énergéticien EDF, les efforts portent sur la biomasse liquide, via sa filiale EDF PEI. En témoigne le projet de conversion de trois centrales au fioul afin qu’elles carburent à l’huile végétale. Outre-mer, la biomasse pourrait bien devenir un atout pour faire converger souveraineté énergétique et décarbonation. Quid de la métropole ? 


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