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Place à la reconversion pour les territoires français à charbon

mercredi, 17 avril, 2019 - 16:31

Le 3 avril 2019, François de Rugy, le ministre de la Transition écologique et solidaire, a annoncé qu’il refusait de repousser la date de fermeture des 4 dernières centrales à charbon françaises, conformément au plan initial de l’exécutif, ainsi qu’au rapport demandé en janvier dernier à l’opérateur du réseau de transport d’électricité (RTE), censé aiguiller la prise de décision. « On confirme l’échéance de 2022 par rapport aux éléments sur la sécurité d’approvisionnement que RTE nous a fournis », a déclaré M. de Rugy. Qui, visiblement sûr de lui, a ajouté : « Notre détermination et notre volontarisme sont extrêmement forts sur cette question ».

« Maintenir la disponibilité de deux tranches »

Selon le gestionnaire du réseau d’électricité, l’arrêt des centrales de Cordemais (Loire-Atlantique), du Havre (Seine-Maritime), de Gardanne (Bouches-du-Rhône) et de Saint-Avold (Moselle) – les deux premières sont gérées par l’électricien français EDF ; les deux dernières par l’allemand Uniper –, ne pourra en revanche se faire sans quelque ajustement. Comme, par exemple, la mise en place d’actions pour maîtriser la consommation d’électricité, ou l’optimisation du calendrier de visites décennales du parc nucléaire, dont l’objectif est d’éviter que les réacteurs d’EDF soient à l’arrêt pendant l’hiver. Si l’ambition du gouvernement est de fermer les centrales à charbon, l’idée est d’assurer tout de même un approvisionnement efficace.

D’après la Banque des territoires, une direction de la Caisse des dépôts et consignations dévolues aux collectivités, qui a un droit de regard sur la reconversion des sites de production électrique en voie de fermeture, le charbon français a produit, l’an dernier, quelque 5,8 térawattheures (TWh). Soit 1,1 % seulement de la production électrique française, largement dominée par le nucléaire. Ce qui a permis de maîtriser les émissions de gaz à effet de serre, en baisse de 28 % en 2018. Pourtant, « EDF comme Uniper défendent l’utilité de ces moyens facilement mobilisable, notamment pendant les pics de consommation hivernaux », lorsque la demande en électricité est la plus soutenue. Les centrales thermiques pouvant démarrer en 30 minutes à peine.

Raison pour laquelle RTE suggère de « maintenir la disponibilité de deux tranches »à Cordemais. Et ceci pour trois raisons. D’une part, la région ne dispose pas de beaucoup de moyens de production électrique, et fermer la centrale reviendrait à amputer un approvisionnement déjà particulièrement tendu. Ensuite, le site en Loire-Atlantique compte 370 salariés et plus de 250 prestataires intervenant régulièrement, ce qui pourrait avoir un effet socioéconomique assez négatif en cas de fermeture. Enfin, EDF a d’ores et déjà engagé la reconversion de sa centrale au charbon de Cordemais, qui devrait abandonner le charbon, très polluant, pour la biomasse, la première source d’énergie renouvelable en France devant l’hydraulique.

Contrat de territoire

Grâce à l’ « écocombust », un nouveau combustible sur lequel planche l’électricien français depuis 4 ans, EDF entend diviser par 25 les émissions carbonées tout en continuant d’approvisionner la région lors des pics hivernaux. Constituée de résidus ligneux et de déchets de bois, la biomasse a d’ailleurs déjà servi l’an dernier à produire de l’électricité pendant 4 heures, sur le site de Cordemais. Dont les responsables estiment qu’il doit fonctionner un minimum de 800 heures par an à partir de 2022, pour rentabiliser les millions d’euros déboursés pour le projet « écocombust ». Bien loin des « quelques dizaines d’heures »annuelles préconisées par RTE dans son rapport ; une solution pas « socialement acceptable »pour les représentants CGT de Cordemais.

L’idéal, selon la direction de la centrale ? Prolonger de 4 ans sa durée de vie, jusqu’en 2026 – juste avant la prochaine visite décennale qui devrait entériner sa fermeture. Et alors que la production électrique, à Cordemais, se base pour l’instant sur un mélange 80 % de biomasse et 20 % de charbon, « nous pourrions techniquement produire de l’électricité avec 100 % de biomasse, mais il faudrait des investissements supplémentaires », assure Lionel Olivier, directeur des centrales de Cordemais et du Havre. Qui compte donc sur un petit coup de pouce du gouvernement pour mener jusqu’à son terme le projet « écocombust ». Et, pourquoi pas, jeter les bases d’une nouvelle filière de revalorisation du bois utilisé dans les réseaux de chaleur.

A Gardanne, le ministère de la Transition écologique mise également sur un contrat de territoire pour accompagner la fermeture de la tranche à charbon de 600 (MW) – la tranche de 150 MW étant déjà convertie à la biomasse. Alors que, là aussi, le gouvernement va devoir rassurer les salariés, extrêmement préoccupés par leur avenir. Pour l’instant, une réunion du 22 février dernier, à la préfecture des Bouches-du-Rhône, s’est attelée à étudier « plusieurs pistes [provenant] de l’appel à initiatives lancé par l’exploitant de la centrale Uniper France ». Sans autre précision.


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