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L’alcool, cheval de bataille de la Suède

lundi, 4 octobre, 2010 - 11:40

La Suède veut renforcer la prévention de l’alcoolisme en Europe. Un système de monopole public de sa vente, ainsi que des campagnes efficaces visant reduire la consommation parmi les ados, font de ce pays un exemple de contention.

Triste privilège, les Européens restent les premiers consommateurs d’alcool au monde. Il y a huit ans, à l’initiative de Stockholm, le Conseil de l’Union européenne (l’une des branches du législatiftif européen) décidait d’adopter une stratégie de prévention et de lutte contre le fléau. Celle-ci était lancée en 2006 par la Commission européenne. Le bilan ? Résumé par une formule lapidaire : c’est pire qu’avant.

La consommation augmente chez certaines catégories de la population.

Il y a quelques années, nous craignions que le binge drinking [défonce expresse ou consommation excessive], qui était plutôt une spécialité des pays du Nord, ne s’étende au sud de l’Europe. Cela s’est produit. Il y a aujourd’hui une convergence des comportements : les jeunes Européens voient les mêmes films, les mêmes messages véhiculés par Internet et les mêmes pubs sur l’alcool. Du coup, ils boivent de la même façon, constate Maria Renström, directrice de la santé publique au ministère suédois de la Santé et des Affaires sociales.

Une politique restrictive

Selon un rapport récent de la Commission, la consommation des 15-16 ans a augmenté dans seize pays membres. L’alcool étant moins cher qu’il y a dix ans, les jeunes peuvent se permettre cette dépense. Autre sujet d’inquiétude : dans une dizaine de pays (notamment l’Allemagne, l’Italie, la Pologne, la Suède, le Royaume-Uni, la Finlande), les plus de 60 ans consomment de plus en plus d’alcool et le nombre de décès dus à la bouteille augmente.

La Suède est en pointe dans le combat contre l'alcoolisme en Europe. Pour endiguer le phénomène dans l'Union européenne, Stockholm n’a cependant pas l’intention de proposer la généralisation de son Systembolaget (littéralement : entreprise du système), ces commerces d’État qui ont le monopole de la vente d’alcool en Suède. Chaque veille de week-end, les Suédois s’y précipitent pour faire le plein de bières, de vins et spiritueux, qui coûtent au moins 60 % plus cher qu’en France en raison des lourdes taxes (la moindre bouteille de vin rouge vaut 15 euros). Ils en ressortent avec, à la main, le sac en plastique violet du Systembolaget (qui offre l’avantage de se faire immédiatement repérer dans la rue comme “l’alcoolique de service”). Un système qui pousse les Suédois à aller faire leurs courses à Tallinn (capitale de l’Estonie), en empruntant le ferry de la Baltique, où l’alcool est détaxé.

Une politique restrictive qui a néanmoins le mérite d’être efficace : malgré sa propension au tourisme alcoolique, le Suédois ne consomme “que” 9,5 litres d’alcool pur (c’est-à-dire du pur éthanol) par an. "C’est moins que la moyenne européenne", souligne Mats Ramstedt, du SoRad (Centre de recherches sociales sur l’alcool et les drogues de l’université de Stockholm).

Mais c’est un autre aspect de son “modèle” que la Suède veut mettre en avant. Depuis dix ans, le pays a beaucoup investi dans la prévention. "Dans chaque municipalité, des coordinateurs travaillent sur le terrain, dans les écoles et avec les parents, pour informer les jeunes des risques liés à l’alcool", explique Maria Renström. Une stratégie qui a porté ses fruits : la Suède est aujourd’hui l’un des rares pays d’Europe où la consommation diminue chez les adolescents. "En 2000, 76 % des garçons de 16 ans consommaient de l’alcool, ils ne sont plus que 58 % aujourd’hui. Quant aux filles, le chiffre est passé de 79 % à 65 %", indique le chercheur Mats Ramstedt. La Suède souhaite convaincre ses partenaires européens d’adopter une stratégie similaire.


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