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Schengen: Roumains et Bulgares privés de libre circulation

mercredi, 22 décembre, 2010 - 11:57

Cette fois-ci, c'est officiel : la France et l'Allemagne ne veulent pas de la libre circulation des Roumains et des Bulgares dans l'espace Schengen pourtant prévue au printemps 2011. A Bucarest et à Sofia, ce camouflet passe très mal.

Les ministres français et allemand de l'Intérieur, Brice Hortefeux et Thomas de Maizière, ont informé la commissaire Cecilia Malmström de leur décision dans une lettre commune qui, pour la première fois, couche noir sur blanc les réserves exprimées à plusieurs reprises par Paris depuis cet été et qui ont fait couler beaucoup d'encre à Sofia et Bucarest.

La France et l'Allemagne mettent en cause le manque de réformes des systèmes judiciaires et jugent "insuffisants" les efforts entrepris dans les deux pays pour lutter contre la corruption et le crime organisé. Ces manquements pourraient avoir de "graves conséquences pour la sécurité de l'Union européenne", font valoir Paris et Berlin.

Cette position a été immédiatement critiquée par la Roumanie. Le président Traïan Basescu a qualifié cette lettre de "discriminatoire".

A l'inverse, à Sofia on se veut, comme dans l'affaire de l'expulsion des Roms, plus nuancé affirmant que la "Bulgarie allait redoubler d'efforts" pour remplir les critères exigés.

Refus du "populisme français"

Car officiellement, il ne s'agit que d'un d'un report, même si dans la presse bulgare et roumaine on parle de "blocage" voire de "barrage" sur la route européenne des deux pays. Les diplomates français en poste à Bucarest et Sofia s'emploient à calmer le jeu en expliquant: "Oui, Paris est pour l'adhésion des deux pays dans l'espace de libre circulation, mais pas tout de suite. Non, l'affaire des Roms et le problème de la libre circulation n'est pas liée à ce processus".

Une explication qui passe mal, surtout à Bucarest où les autorités avaient vivement réagi à la campagne d'expulsion des Roms originaires des deux pays, dénonçant le "populisme français".

En des termes plus diplomatiques, des responsables bulgares évoquaient avant la missive franco-allemande, des "impératifs de politique intérieure" pour expliquer la position de la France sur les Roms, des raisons qu'ils disent comprendre. "Nous, nous n'avons pas de problème avec la France", affirmait encore récemment le Premier ministre Boïko Borissov, se targuant même d'avoir obtenu de Nicolas Sarkozy l'assurance que Paris n'allait pas compliquer l'adhésion de Sofia à Schengen, devenue la priorité, voire le test de viabilité d'un gouvernement bulgare dominé par des hommes issus des services de sécurité. Cruel désaveux.

L'Allemagne sous influence

Aujourd'hui, ils doivent l'admettre, Sofia et Bucarest ont bien un problème avec la France. Et ce qui est plus surprenant, avec l'Allemagne aussi, un allié traditionnel des deux pays, surtout de la Bulgarie qui entretient d'excellentes relations avec la droite conservatrice du pays dont des représentants se souvent faits les avocats de Sofia. Mais sur ce coup, le lobbying diplomatique français a porté ses fruits : grâce à Paris, l'Allemagne a rejoint le camp des "intransigeants" (Pays-Bas, Royaume-Uni, Finlande…) vis-à-vis de l'élargissement et des nouveaux membres.

Mais est-ce véritablement les Roms qui posent problème à la France et à l’Allemagne ? En fait, il s’agit surtout d’un prétexte qui cache mal les inquiétudes des grands pays européens de confier la sécurité des frontières extérieures de l’Union à deux pays connus pour la corruption régnant dans leur administration. C’est en tout cas l’opinion d’un responsable des questions de sécurité occidental qui préfère garder l’anonymat:

Les Roms, c’est l’arbre qui cache la forêt. Là, il est question d’immigration clandestine, de trafics de drogues et d’êtres humains. De blanchiment d’argent et de mafias transnationales. La question est de savoir si l’on faire confiance à ce stade aux douaniers et policiers bulgares et roumains pour être le premier et le dernier rempart contre ces fléaux ?

"On va finir par se fâcher avec Sarkozy”

Une question à laquelle il répond manifestement par la négative, malgré les assurances des Bulgares et des Roumains d’avoir acquis les “compétences techniques” pour assurer la sécurité de l’espace Schengen. Mais la probité d’un fonctionnaire des douanes  ou d’un agent de la préfecture chargé de délivrer des papiers d’identité ne se mesure pas par ordinateur, dit-on encore dans les milieux diplomatiques occidentaux.

Une réalité qui n’échappe pas aux observateurs locaux : Mircea Marian, chroniqueur du quotidien populaire roumain Evenimentul Zilei, estimait même il y a quelques semaines que ce report pouvait être “bénéfique” à son pays qui a “visiblement un problème avec la corruption”.

Les responsables politiques bulgares ont, en revanche, beaucoup durci le ton contre la France accusée d’avoir trahi ses promesses, même si Vessela Tcherneva, la jeune porte-parole du ministère des Affaires étrangères a, une fois de plus, préféré minimiser ce revers en l’expliquant, de nouveau, par la “situation politique complexe dans certains pays membres”. Interrogé par l’opposition socialiste au Parlement, le Premier ministre Borissov a, lui, mis en avant, une vieille histoire de contrat d’achat de corvettes françaises non honoré par Sofia, pour décrypter le changement de cap de Paris, provoquant l’hilarité des diplomates français.

“On va finir par se fâcher avec Monsieur Sarkozy” a-t-il encore lâché. L’attitude de l’Allemagne reste, en revanche, une mauvaise surprise pour ce grand ami du ministre-président bavarois Horst Seehofer.


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