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Entre Urgences et Lost, la saison 3 de la crise grecque commence

jeudi, 1 septembre, 2011 - 12:45

Le feuilleton ne passionne pas, mais pourrait bien se retrouver très vite en prime time: "Crise grecque, saison 3". Le plan de sauvetage décidé par les européens fin juillet n'a toujours pas été mis en place. Son efficacité sera de toute façon limitée et la dette grecque est désormais "hors de contrôle".

Crise de la dette grecque, saison 3 (oui déjà). Le casting a été légèrement remanié: Christine Lagarde a pris la tête du FMI, à la place de DSK, et se met d'emblée les banques européennes à dos. Un petit nouveau, la Finlande, entre dans la danse et se fait vertement rabrouer par ses voisins.

Mêmes rebondissements, mêmes attentes (presque) toujours déçues par les dirigeants européens, mêmes fausses pistes – les eurobonds, qui permettent de mutualiser la dette, seront-elles un jour sur la table? Un goût amer de déjà vu. Et pourtant, cette nouvelle saison promet une fin en apothéose : fédéralisme économique pour un happy end improbable ou explosion de la zone euro en bouquet final ?

"Lost" : une dette hors de contrôle

Les mauvaises nouvelles s'accumulent depuis l'été et le scénario d'une nouvelle crise d'ampleur reste d'actualité. Dernier avertissement en date : la nouvelle commission de contrôle du budget grec – composée d'analystes indépendants – assure que la dette du pays est désormais "hors de contrôle". Le ministre des Finances peut ramer tant et plus, évoquer une "gaffe" (sic), le mal est fait.

Sans aucune surprise, les mesures d'austérité ont plombé durablement la croissance et le gouvernement de Georges Papandreou ne parvient pas à tenir ses engagements. Au point d'annuler les bénéfices des plans de sauvetages.

Dans un rapport, rendu public mercredi 31 août, la commission estime que:

Une augmentation importante de la dette, un grand déficit de départ et une profonde récession ont poussé à l'extrême la dynamique de la dette, qui est maintenant hors de contrôle. Ces développements semblent contrebalancer dans une large mesure l'impact positif [du dernier plan de sauvetage de l'Union européenne – qui s'élève à 159 milliards d'euros consentis le mois dernier].

En fait, la situation ne cesse de se détériorer. Le ministre des finances, Evangelos Venizelos, a déclaré la semaine dernière que le PIB diminuerait vraisemblablement de plus de 4,5 % en 2011, contre 3,5 % prévu initialement. Le déficit public est devenu insoutenable, à 14,69 milliards d'euros au premier semestre 2011, alors que l'objectif fixé était de 16,68 milliards d'euros pour toute l'année. Au total, la dette atteint 350 milliards d'euros, contre 300 milliards l'an dernier.

"Braquo" : la Grèce en coupe réglée

Or, les autorités grecques ne disposent plus d'aucune marge de manœuvre. Ce jeudi, la TVA dans la restauration et l'hôtellerie passe de 13% à 23%, suscitant une levée de boucliers du milieu, vital pour l'industrie touristique. Les mesures d'austérité ont largement fait la preuve de leur inefficacité (ne parlons de leur injustice).

Qu'importe. Un trio d'experts représentant l'UE, la BCE et le FMI mène actuellement un nouvel audit à Athènes. Ses conclusions conditionnent le versement, prévu cet automne, de la sixième tranche (environ 8 milliards) d'un premier prêt de 110 milliards d'euros accordé en mai 2010 à la Grèce. D'après les informations recueillies par la presse, cette "troïka" s'est plainte des retards pris par le pays dans l'application des réformes votées, notamment dans les secteurs qui peuvent susciter de forts mouvements de protestation de la part des syndicats. Il faut dire que la résistance des Grecs a déjà atteint ses limites et que la rentrée sociale pourrait être brulante.

Le trio réclame également la généralisation dans le secteur privé d'accords d'entreprises pour les négociations salariales, au détriment des accords de branche. Ce qui permettrait aux entreprises d'avoir les coudées franches pour régulariser les baisses de salaires qu'elles appliquent déjà à leurs salariés sur des bases individuelles.

"24 heures chrono" : des semaines "cruciales"

Depuis que Georges Papandreou a découvert, en mai 2010, un trou de 300 milliards d'euros laissé par les gouvernements précédents, la Grèce est au bord du gouffre. Et elle n'a jamais été aussi près d'y être poussée par ses "partenaires" européens.

Le 2ème plan de sauvetage, adopté par le sommet européen du 21 juillet, ne saurait à lui seul sortir la Grèce de l'ornière. Mais encore faut-il qu'il soit mis en œuvre. Lucide, le ministre des finances, Evangélos Venizélos, a jugé mercredi 31 août que les prochaines semaines seraient "cruciales". Il pronostique une "une évolution délicate d'ici au 15 octobre". Bel euphémisme !

Premier écueil : la participation des créanciers privés, défendue mordicus par l'Allemagne. Le plan européen prévoit que les institutions privées perdent volontairement 21% de la valeur de leurs obligations souveraines grecques. Athènes compte sur une réponse positive de "quelque 300 banques de 57 pays" – qui doivent contribuer à hauteur de 54 milliards d'euros sur trois ans, et 135 milliards sur dix ans.

"L'Agence tout risque" : un plan en sursis

Mais, l'idée ne semble plus trop séduire les investisseurs. Un porte-parole de l'IIF, le lobby du secteur bancaire, a déclaré jeudi dernier que 60% à 70% des investisseurs privés avaient exprimé à ce jour leur intention de participer au plan d'échange de dette. De son côté, l’agence Reuters, citant une source anonyme, rapporte que seulement la moitié des banques sollicitées auraient répondu présent à l’appel.

Résultat, le gouvernement grec hausse le ton et pose ses conditions : par courrier, il a prévenu les ministres des Finances de 57 pays concernés qu'un taux de participation de 90%  était désormais obligatoire, et qu'en dessous le plan devenait caduc. Utile pression ou coup d'épée dans l'eau?

Deuxième écueil : Comme si ça ne suffisait pas, le Bureau des standards comptables internationaux (IASB) critique maintenant les incohérences des banques et des assurances. Certaines auraient sous-estimé leurs pertes, même avec la décote de 21%, et ne disposeraient pas des provisions suffisantes pour faire face aux pertes réelles. Le jeu de dupe continue.

"Glee" : cacophonie autour des banques

Au lendemain de ces révélations, publiées par le Financial Times, d'autres calculs, pas plus rassurants, fuitaient. Les économistes du FMI montrent que si les banques européennes inscrivaient à leur bilan les obligations des États de la zone euro à leur valeur de marché, leurs fonds propres tangibles chuteraient d'environ 200 milliards d'euros au total, soit de 10 à 12%.

Pas étonnant dans ces conditions que la nouvelle patronne du Fonds, Christine Lagarde, prenne le risque d'encourager les Européens à recapitaliser, si besoin par des fonds publics, les banques du Continent. Selon elle, ce serait "essentiel pour mettre fin à la contagion" de la crise financière.

Ces propos lui ont valu une volée de bois vert de la part des dirigeants de l'eurozone, qui ont fait valoir la bonne santé des grands établissements. Ces derniers ont, à leur tour, tenté de déminer le terrain, usant d'une stratégie audacieuse, la politique de l'autruche. Jusqu'ici tout va bien…

"True blood" : courage, fuyons…

Au début de cet été, les atermoiements et les bisbilles entre dirigeants européens n'ont fait qu'amplifier la crise grecque. Avant de trouver, sur le fil, l'accord du 21 juillet. Hourra! Embrassades, congratulations, l'Europe était sauvée et des leçons allaient être tirées.

Et puis non. Quelques jours après, rebelote. La Finlande, portée par le succès électoral du parti eurosceptique des Vrais Finlandais, exige d'Athènes des garanties sonnantes et trébuchantes  en échange d'un nouveau prêt. Manière de reprendre de la main droite ce que l'on a donné de la main gauche. Un accord est trouvé mi-août. Les Pays-Bas et l'Autriche sautent le pas et exigent le même traitement de faveur. Un temps, l'idée de donner en gage des participations de l'Etat grec dans ses entreprises publiques ou même de placer sous hypothèque des îles égéennes sont évoquées.

Hors de question, pestent la France et l'Allemagne qui craignent le détricotage du plan de sauvetage si péniblement arraché. Depuis, les négociations avancent. En début de semaine,  Jean-Claude Junker, président de l'Eurogroupe, indiquait que les pays de la zone euro étaient "tout près" de conclure un accord sur les demandes de la Finlande. Mais, que de temps perdu !

Les "Shadocks" : les politiques pompent encore

D'autres embuches sont susceptibles de retarder la mise en oeuvre du plan de sauvetage. Certains Parlements nationaux pourraient tout simplement ne pas voter en faveur du dispositif, notamment la Slovaquie qui a déjà refusé de participer au premier plan d'aide à la Grèce au printemps 2010.

En Allemagne, la Chancellière Angela Merkel doit faire face à la fronde d'une partie de son camp. Le projet d'autoriser le Fonds de secours de la zone euro (FESF) à acheter de la dette publique, afin de soulager la BCE qui est la seule à le faire aujourd'hui, suscite une vive polémique interne.

Le gouvernement allemand a adopté mercredi l'extension des compétences du FESF. Une simple formalité. La partie sera moins facile, le 29 septembre, au Bundestag où certains députés de la majorité conservatrice affichent ouvertement leur opposition.

"Les Experts" : un déni de démocratie?

Le Président de la République fédérale, également conservateur, n'a pas contribué à la sérénité des débats en s'attaquant, pour sa part, à la Banque centrale européenne (BCE). Christian Wulff  juge "discutable sur le plan légal l'achat massif d'obligations de certains pays" – une opération à laquelle la BCE s'est livrée depuis quelques semaines pour clamer les marchés financiers et enrayer la spirale menaçant l'Espagne et l'Italie.

Le même rappel à l'ordre pourrait venir le 7 septembre prochain de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe, qui doit rendre un jugement très attendu sur le premier plan aide à la Grèce du printemps 2010. De l'avis des experts, les juges pourraient justement exiger que ces procédures de sauvetage prévoient un rôle plus important du Parlement allemand.

"Six feet under" : une croissance en berne

La coupe est pleine, la gueule de bois pas bien loin. Malgré tout, voici un dernier "verre" (dans le fruit), pour la route:

Nous continuons à estimer que la zone euro va croître à un rythme modeste. L'incertitude reste particulièrement élevée,

affirme Jean-Claude Trichet, le directeur de la BCE. De son côté, l'OCDE prévoit un "ralentissement de la croissance mondiale". Ce qui promet d'autres crises. En Espagne, en Italie… ou même en France. C'est la loi de séries (télé).




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