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Susanne, 19 ans, pirate et députée au Parlement de Berlin

vendredi, 30 septembre, 2011 - 12:48

Le tout jeune Piratenpartei, qui milite pour la défense des libertés sur Internet, a fait une entrée canon au Parlement de Berlin. Seule femme parmi les 15 pirates ayant conquis l’assemblée, Susanne Graf, 19 ans, est aussi la plus jeune députée locale.

Quand on croise Susanne Graf dans les couloirs de l’imposant Parlement régional berlinois, on pourrait facilement la prendre pour une stagiaire. Mais ne vous laissez pas abuser par son sourire timide et son jeune visage. Malgré ses 19 ans, elle n’est pas ici pour assister un député. C’est elle la député. Susanne porte les couleurs du Piratenpartei, le parti des pirates, qui vient de faire une entrée fracassante à l’assemblée berlinoise, lors des élections du 18 septembre dernier.

Je ne m’attendais pas à ce qu’on obtienne 8,9% des suffrages. J’espérais peut-être 5 ou 6 % mais pas plus. Ce fut un grand moment de joie !"

Ce jour-là 130 000 berlinois ont voté pour les pirates, qui se présentaient pour la première fois dans la capitale. Assez de voix pour faire entre 15 pirates au Parlement. C’est bien plus que ce que tous les experts avaient prévu. Le parti, créé il y a cinq ans, n’avait en effet jamais dépassé la barre des 5% nécessaires pour entrer dans un Parlement régional. Lors des dernières législatives, en 2009, le Piratenpartei ne totalisa que 2% des voix.

Protéger la vie privée

Avec un programme très axé sur la protection des données personnelles et la transparence en politique, les Pirates ont su capter l’attention des jeunes qui ont tendance à délaisser les partis traditionnels.

C’est d’ailleurs grâce à ces thèmes-là qu’ils ont attiré Susanne il y a deux ans. Alors lycéenne dans le Land de Thuringe, elle fréquente le Chaos Computer Club, une plate-forme pour les activistes du net. Ici, elle commence à s’intéresser au problème de la conservation des données par l’Etat.

Il n’est pas possible que l’on puisse enregistrer tous les appels d’un citoyens pendant six mois ! C’est une violation des droits,"

s’indigne Susanne. Afin de faire quelque chose à son niveau, elle rejoint les pirates à l'été 2009. Et malgré son jeune âge, on la prend tout de suite au sérieux, on l’écoute.

Le moussaillon devient pirate

A partir de là tout va très vite. En 2010 elle est élue vice-présidente de l’organisation des jeunes pirates. Et en 2011 on lui demande si elle ne voudrait pas se présenter aux élections berlinoises: "J’étais surprise et aussi très flattée, cela montrait qu’on me faisait confiance".

Seul hic : elle est la seule femme sur la liste des Pirates. Tout de suite, les médias crient à la misogynie. Une accusation qui fait rire Susanne :

C’est juste que les autres femmes du parti n’avaient pas envie de se présenter, d’être sur le devant de la scène. Il faut respecter leur décision."

Cela ne la gène donc pas d’être entourée d’hommes. Tout comme elle ne voit pas son âge comme un handicap:

J’apporte au Parlement une bonne connexion avec les jeunes. Je connais davantage les problèmes des nouvelles générations qu’un député de 70 ans !"

Malgré tout, on la sent un peu angoissée. "C’est une énorme responsabilité ! Maintenant quand je prendrai une décision elle ne concernera plus moi uniquement mais trois millions de personnes !". Et surtout les Pirates doivent faire leurs preuves, car on les a souvent désigné comme un parti purement "protestataire", et "sans contenu".

Nous devons avant tout montrer que nous sommes capable de faire de la politique et pas seulement d’en parler. Et dès que les autres verront cela ils nous prendront au sérieux."

La masse de travail est donc énorme en ce moment.

A l'abordage du Parlement fédéral

Rédiger les statuts, élire le président du groupe – tout doit être fait avant le 27 octobre, jour de l’entrée officielle des pirates au Parlement. Les réunions entre les 15 députés s’enchainent donc tous les jours, parfois jusqu’à tard dans la nuit.

A cela il faut ajouter les innombrables interviews. Car être une pirate, et la plus jeune élue du parlement local, ça attire les médias.

C’est un peu trop, avoue Susanne timidement. Et quand on a autant d’attention des médias autour de soi, cela risque de transformer notre personnalité. Et ça je ne le veux surtout pas ! J’ai déjà demandé à mes amis de me le dire si je changeais trop !"

Elle espère donc que toute cette agitation autour d’elle se calmera bien vite. D’autant plus que Susanne fera bientôt sa rentrée à l’université. Car elle a beau avoir un travail payé 3 500 euros pour un mi-temps, elle compte bien entamer ses études d’économétrie la semaine prochaine. "Il faudra juste que je m’arrange avec les professeurs pour voir comment je peux aménager mon emploi du temps".

Quant à faire carrière dans la politique, ce n’est pas dans ses plans. "Je préfèrerais travailler dans l’économie", dit-elle. Pourtant, si les Pirates continuent comme cela, ils ont toutes leurs chances d’entrer au Bundestag, le Parlement fédéral. Selon les sondages, si les élections législatives avaient lieu aujourd’hui, 7% des électeurs donneraient leur voix aux pirates.




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