Connexion

Syndicate content

En Allemagne, les hausses de salaires sont à la mode

vendredi, 2 mars, 2012 - 14:29

La bonne santé économique de l'Allemagne place les syndicats en position de force dans les négociations qui commencent avec le patronat. Après des années de rigueur salariale, les salariés espèrent enfin récolter les fruits de leur travail.

Tout roule pour les salariés de Porsche: le constructeur d'automobiles de luxe va verser à chacun de ses 8.500 salariés une prime exceptionnelle de 7.600 euros, au titre de l’année 2011. Ces primes exceptionnelles sont fréquement utilisées par les entreprises du secteur alors que les hausses de salaires sont plafonnées par un accord de branche conclu début 2010, à la sortie de la crise.

Alors que les salaires de près de 9 millions d'employés allemands sont en cours de négociation cette année, les discussions ne se passent pas toujours aussi bien. Le syndicat allemand du secteur public Verdi a déclaré jeudi 1er mars, qu'il lancerait un appel à la grève la semaine prochaine, après le rejet par les municipalités et les Länder d'une demande de hausse de 6,5% des traitements de près de 2 millions d'agents de la fonction publique.

Un taux de chômage historiquement bas

IG Metall, le puissant syndicat de la métallurgie – une branche qui rassemble quelque 3,4 millions de salariés – réclame également une augmentation de 6,5% pour la seule année 2012. Les syndicats entendent, en effet, faire profiter les salariés de la reprise vigoureuse de 2010 et 2011. Histoire de mettre un peu d'huile dans les rouages après des années de modération salariale.

L’Allemagne, à la différence de bon nombre de ses voisins, en a sous le capot, et pas seulement dans le secteur de l'automobile. L’an dernier, sa croissance économique a atteint 3%, un chiffre deux fois supérieur à celui de la zone euro. Son taux de chômage a, dans le même temps, chuté à son plus bas niveau depuis la réunification (6,8 %) et le déficit public est passé en un an de 4,3% à 1% du produit intérieur brut (PIB).

La république fédérale est également redevenue en 2011 le deuxième exportateur mondial, derrière la Chine mais devant les États-Unis, grâce à une augmentation de 11,4% de ses ventes à l’étranger qui ont dépassé pour la toute première fois le cap symbolique des… 1000 milliards d’euros.

Rattraper dix ans d'austérité salariale

"Le pays est enfin en situation de plein emploi, ce qui aide les syndicats", ajoute Sylvain Broyer de Natixis. Les employés outre-Rhin estiment aujourd’hui qu’ils ont suffisamment mangé de pain noir pour pouvoir commencer à profiter des fruits de leur dur labeur.

Sur les dix dernières années, les salaires ont, en effet, augmenté de seulement 11% en Allemagne, alors que l’inflation grimpait dans le même temps de 17%. Cette perte de pouvoir d’achat de 6% a aidé les entreprises à retrouver leur compétitivité face à leurs rivales étrangères.

Le coût moyen horaire d’un salarié allemand ne dépasse ainsi pas 29,20 euros contre 33,10 euros en France, 37,60 euros au Danemark et 38,20 euros en… Belgique. Mais l’heure du "rattrapage" semble être aujourd’hui venue. Dans un entretien paru le 12 février dans les colonnes du Bild am Sonntag, la ministre fédérale du Travail, Ursula von der Leyen, a reconnu que "les hausses de salaires ces dernières années ont été modestes".

Maintenant, le succès est au rendez-vous et les salariés doivent en profiter"

a t-elle ajouté, au grand dam du patronat qui ne s’attendait pas à recevoir un tel "coup de poignard" dans le dos alors que la période des négociations salariales avec les syndicats commence tout juste.

L'emploi plutôt que les salaires

Ce bras de fer annuel est le moment où les grèves peuvent se multiplier. Mais les conflits sont généralement évités.

Les patrons et les grandes centrales syndicales sont tous d’accord pour dire que la sauvegarde de l’emploi doit toujours être prioritaire face aux hausses de salaire"

constate Sylvain Broyer.

Les syndicats n’ont, cependant, plus la même puissance que par le passé pour faire entendre leurs voix. Le taux de syndicalisation en République fédérale ne dépasse pas 20% aujourd’hui, contre près de 60% dans les années 80.

Les juges n’hésitent pas, non plus, à proscrire des arrêts de travail lorsqu’ils les considèrent abusifs. Mardi soir, le tribunal du travail de Francfort a ainsi interdit au syndicat des contrôleurs aériens et préparateurs au sol (GdF) d'étendre "par solidarité" la grève aux aiguilleurs du ciel du plus grand aéroport du pays.

Mais les magistrats ne vont pas toujours dans le sens des employeurs. La Cour constitutionnelle a ainsi récemment estimé que la réforme de 2005 concernant la baisse de 25% des salaires pour les professeurs d’université débutants, ainsi que la fin des augmentations liées à l’âge de l’enseignant, violaient le principe de "salaire approprié" pour les fonctionnaires. Le modèle social allemand est décidément bien différent du système français…




Pays