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Castrés pour les punir de leur homosexualité !

samedi, 17 mars, 2012 - 21:44

Des prêtres catholiques néerlandais ont ordonné la castration de jeunes hommes mineurs pour les punir de leur homosexualité. C'était dans les années 50, mais l'affaire éclate aujourd'hui aux Pays-Bas.

Les affaires de pédophilie au sein de l’église catholique ont suscité un énorme scandale dans divers pays d’Europe, et les Pays-Bas n’ont pas été en reste. Comme en Belgique, une "Commission d’enquête sur les abus sexuels de mineurs dans l’église catholique romaine" a été créée, la Commission Deetman, du nom de son président.

Mais, au-delà des récits d’attouchements et de viols répétés, c’est une révélation plus effarante encore qui vient d’être faite au quotidien néerlandais NRC Handelblad: un jeune homme mineur, Henk Heithuis, a été castré en raison de "son comportement homosexuel" après avoir déposé plainte contre les prêtres de l’orphelinat dans lequel il était placé.

Le sculpteur néerlandais Cornelius Rogge a raconté cette horrible histoire au journaliste Joep Dohmen du NRC Handelblad. Mais auparavant, il avait témoigné auprès de la Commission Deetman qui n’en fait aucune mention dans son rapport final.

Henk Heithuis est né en 1935. Ses parents se séparent alors qu’il n’est qu’un enfant et Henk vivra d’orphelinats en maisons d’accueil : à Lochem, à Grave, à Kaatsheuvel, à Roermond, et, finalement, à l’asile Saint-Vincent de Harreveld, dirigé par la congrégation catholique des Frères d’Amsterdam.

Des orgies dans l’orphelinat

Alors qu’il est âgé de 17 ans, le 30 janvier 1956, Henk dépose plainte auprès de la police contre les prêtres de l’institution et en particulier, contre l’abbé Gregorius: ce dernier organise de véritables orgies, où l’alcool le dispute au sexe. La police enquête et le procès aura bien lieu. Sept autres enfants seront entendus lors des audiences. L'un d'entre, 69 ans aujourd'hui, raconte comment il a été violé à maintes reprises par le frère Henricus, boulanger de la congrégation.

Entretemps, l’abbé Gregorius s’enfuira au Canada et l’action contre lui s’éteindra "faute de preuves"…

Quant à Henk, il a vécu dans sa chair le verset biblique : "Malheur à celui par qui le scandale arrive !" (Lc 17, 1).

Après sa déposition, la police l’a remis à une institution psychiatrique, la Maison Padua de Boekel, dans le Brabant néerlandais, gérée par une autre congrégation catholique: les frères pénitents. Il y est décrit comme "un homosexuel, une personne indigne de confiance, fantasque et psychiquement déséquilibrée", autrement dit un "psychopathe".

Le chirurgien mutilait en musique

Ce que Henk décrit comme sa "mutilation" aura lieu à l’hôpital Saint-Joseph à Veghel. Dans ses lettres à Cornélius Rogge, il raconte comment le chirurgien mettait de la musique pour mettre à l’aise les jeunes hommes qui attendaient leur tour dans le couloir…

A cette époque, Henk a 20 ans et donc toujours mineur à l’époque. Alors que toutes les opérations chirurgicales devaient être enregistrées et déclarées à l’Etat, les castrations ne figurent dans aucun registre de l’institution. Pourtant, des témoins vivent encore, notamment des infirmiers qui confirment que ces interventions ont bien eu lieu.

En avril 1957, Henk s’engage dans la marine marchande. Il s’embarque sur un navire en partance pour l’Indonésie. En juillet 1957, il est au Japon. Il est si malade qu’il demande son rapatriement via les autorités néerlandaises. Le consul-général néerlandais dans la ville de Kobé, chargé de ce rapatriement en parle à son voisin, Ijsbrand Rogge. Avec son frère Cornélius, le sculpteur qui vient de tout raconter au NRC Handelblad, ils s’intéresseront à l’histoire de ce jeune homme. Ils deviendront ses confidents. Henk et sa mère leur écriront en tout plus de 35 lettres. Puis la malchance poursuit Henk jusqu’au bout: à 21 ans, il se tue dans un accident de voiture.

Le premier ministre de l'époque impliqué?

Mais Henk ne serait pas un cas isolé. Neuf autres victimes mineures de castration forcée pour homosexualité ont été identifiées par les frères Rogge et d’autres investigateurs.

Pourtant, cette affaire ne refait surface qu'aujourd'hui. "Pendant 35 ans, j’ai tenté d’attirer l’attention sur cette histoire", explique Cornélius Rogge. Il a tenté d’en parler à la Commission Deetman qui n’a ni enquêté, ni même mentionné ces faits dans son rapport final.

Il est vrai que le président du conseil d’administration de l’internat – à l’époque où Henk et des dizaines d’autres enfants ont été abusés – n’était autre que Vic Marijnen. Homme politique catholique, ministre à partir de 1959 et premier ministre de 1963 à 1965. Pouvait-il ignorer ce qui se passait au sein de son institution? Ses tentatives répétées pour obtenir la grâce des frères incriminés suggèrent plutôt le contraire…

Au parlement, l’opposition politique réclame à présent que toute la lumière soit faite sur l’implication des autorités néerlandaises dans ces abus sexuels à l’encontre de mineurs et des mutilations forcées comme punition des homosexuels. Elle exige l’ouverture d’une enquête parlementaire.

La castration eugénique, une pratique hier courante

Les Pays-Bas – tout comme l’Allemagne nazie, mais aussi la Suède ou les Etats-Unis – ont eu recours à la castration eugénique. C’est-à-dire à l’ablation des testicules afin d’éviter que des "éléments indésirables" de la société ne se reproduisent.

L’historien néerlandais Théo van der Meer estime ainsi qu’entre 1930 et 1969, au moins 400 hommes ont été envoyés dans une clinique par leur pasteur, leur médecin ou leur psychiatre afin d’y subir une "castration volontaire"… Mais "souvent, ils n’étaient pas conscients des conséquences de cette opération" précise l’historien.

Un psychiatre néerlandais des années cinquante, Aimé Wijffels, doit son surnom de "castreur des Pays-Bas" à sa propension à utiliser ces méthodes. Il est responsable de 70 castrations dont la moitié n’a pas été ordonnée par décision de justice. Des prêtres catholiques se sont également fait les champions de ces interventions punitives.

Mais jusqu’ici, à part les frères Rogge, personne ne savait que l’église catholique romaine avait aussi fait procéder à la castration de jeunes hommes mineurs, comme "punition pour leur comportement homosexuel"… 




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