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Ce que les Américains pensent de la crise

mardi, 12 juin, 2012 - 13:52

Le sauvetage à 100 milliards d'euros de l'Espagne laisse les chroniqueurs américains du New Yorker, du New York Times et du Wall Street Journal perplexes. Certains estiment que c'est une fuite en avant. D'autres veulent croire que le Vieux continent va finir par surmonter la crise. Regards croisés sur l’Europe, son économie, et sa politique.

Outre-Atlantique, les analystes s’interrogent sur l’avenir de l’Europe et se posent en donneurs de leçons.

Selon le journaliste du New Yorker, John Cassidy, les Américains sont assez perplexes face à la crise européenne. Pour lui, il existe deux façons américaines d’expliquer la situation:

  • C’est un “drame moral”: ce qui arrive à l’Europe n’est que la punition de sa sclérose. C’est un continent qui a vécu au-dessus de ces moyens.
  • C’est le résultat d’un échec politique: les Américains se demandent pourquoi Angela Merkel… et les autres chefs d'Etat et de gouvernement, n’arrivent pas à régler le problème ensemble.

100 milliards, "ce n'est pas assez!"

Selon Andrew Ross Sorkin, journaliste au New York Times, le renflouement de l’Espagne à hauteur de 100 millions d’euros, "ce n’est pas assez. Et ça ne le sera jamais.”

Le journaliste doute également de la capacité de la Grèce à rembourser ses dettes:

Il semble que les sauvetages pourraient aggraver la situation plutôt que de l’améliorer.(…) Renflouer les banques européennes, une à une, est une course folle.”

Son homologue du New Yorker n’est pas du même avis. Bien au contraire, John Cassidy a foi en cette monnaie commune:

Depuis le début, en partie par esprit de contradiction, je fais partie de la minorité des commentateurs qui croient que la zone euro ne s’effondrera pas – que les leaders européens finiront par trouver un moyen de s'en sortir.”

Néanmoins, le journaliste précise que la route est encore longue pour résoudre la crise.

"L'austérité est une stratégie d'échec"

John Cassidy considère que l’Europe a réagi assez rapidemment avec l’Espagne, un changement par rapport au sauvetage précédent. Mais il critique tout de même la politique de rigueur:

Les Européens ont besoin de trouver un moyen de relancer la croissance; l’austérité seule est une stratégie d’échec.”

Son confrère propose une toute autre solution. Selon Andrew Ross Sorkin, l’Europe doit se doter d'un système de garantie des dépôts. C’est ce que le président du Conseil, Mario Monti, a suggéré en marge du G8 à Camp David. Le journaliste enfonce le clou et reste pessimiste:

Il est nécessaire de trouver un accord entre tous les pays qui utilisent l'Euro pour mettre en place un système de garantie des dépôts. Cela semble impossible à obtenir de la part des chefs d'État car cela induirait certainement une collaboration étroite et, ainsi, une perte de souveraineté.”

Retour dans le futur… en 1977

Dans le Wall Street Journal, Gabriele Steinhauser a retrouvé un vieux rapport de 1977 mettant en évidence les risques économiques engendrés par une Europe hétérogène.

Cette année là, la Commission européenne avait publié le “rapport du groupe d’étude sur le rôle des finances publiques de l’intégration européenne”, également dénommé "Rapport MacDouglas". La journaliste évoque un des critères jugés alors impératifs pour instaurer une monnaie commune:

73 pages tapées à la machine à écrire montrent que, sans une augmentation de budget communautaire d’au moins 5% à 7% du PIB, une monnaie commune ne pourrait pas être durable.”

Or, aujourd’hui, le budget communautaire est de seulement 1% du PIB. Loin, très loin, des 7% préconisés pour lancer l’Euro. Autre petite précision de Gabriele Steinhauser : un des auteurs du rapport est Horst Reichenbach, aujourd'hui à la tête de la “tast force” européenne pour sauver la Grèce.

Pour ces analystes, une seule chose est claire: le sauvetage de l'Euro est primordial. Pour l'Europe et les Etats-Unis.




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