Connexion

Syndicate content

En Espagne, l’e-mobilisation étudiante sauve Erasmus

mercredi, 6 novembre, 2013 - 13:07

C’est une semi-victoire pour les étudiants espagnols. Face à la fronde provoquée par la suppression, pour plusieurs milliers d'entre eux, des bourses Erasmus, le ministre José Ignacio Wert vient de faire machine arrière. 

Tout est parti d'un article du Bulletin Officiel espagnol annonçant fin octobre, sans tambours ni trompettes, des changements majeurs dans l'attribution des bourses Erasmus. Pourtant volontairement discrète, la publication a provoqué une déflagration violente, large et rapide. Loin du passage en catimini qu'avait sans doute espéré le ministre de l'éducation.

Une bombe dans la poudrière

Alors que les successives coupes budgétaires, menées par le très décrié José Ignacio Wert, ont transformé le milieu de l'éducation et de l'université espagnole en poudrière, ce texte a fait l'effet d'une bombe. Il annonçait la suppression des aides Erasmus directement distribuées par le ministère (déjà réduites de moitié en 2012), pour les étudiants ne bénéficiant pas de bourse générale. La mesure, destinée à prendre effet immédiatement, concernait notamment des jeunes actuellement en échange universitaire. Ils sont nombreux: l'Espagne est l'un des pays européens qui envoie le plus d'étudiants Erasmus à l'étranger, avec quelque 39.000 boursiers chaque année. 

Hier, après deux jours d'une intense mobilisation, Wert a renoncé, en partie, à son projet. Les bourses seront versées, à titre exceptionnel, à tous les étudiants Erasmus sur l'année 2013-2014.

L'indignation a payé",

se sont félicités les leaders de la protestation étudiante. Alex Peñuela (étudiant en droit, Jaén), Germán Fernández (Médecine, Sevilla) Fernando Orozco (Marketing, Almería) et Iñaki Talens (éducation physique): ces quatre jeunes espagnols bénéficiant du programme Erasmus ont formé un noyau dur ultra motivé, détaille El País, qui a su trouver de nombreux relais. 

Le succès d'une e-mobilisation 

Dès dimanche dernier, ils ont lancé un groupe Facebook pour fédérer la colère et le sentiment d'injustice estudiantin: Becas Erasmus 2013-2014

Sur Twitter, le hashtag #ErasmusRIP a amplifié l'écho de la protestation. Une pétition en ligne sur Change.org, à l'initiative d'une étudiante en journalisme, Laura Zornoza, a réuni à ce jour près de 214.000 signatures. De nombreuses vidéos circulent encore sur le web. Autant d'outils qui ont informé et rassemblé en un temps record les Erasmus éparpillés au quatre coins de l'Europe, et dont la presse s'est fait l'écho.

Pour les milliers d'étudiants déjà partis à l'étranger, ou ayant en projet de le faire, la mesure avait des implications bien concrètes: avec 150 euros par mois en moins sur des budgets déjà très serrés, certains d'entre eux envisageaient déjà un retour en Espagne, et la perte conséquente d'une année universitaire. 

Pression sociale et politique

La colère a dépassé le cercle étudiant. Mardi, la Commission européenne a demandé au gouvernement de prendre en compte les attentes légitimes des étudiants concernés. En Espagne, l'opposition socialiste s'est mobilisée contre le projet gouvernemental, et des voix se sont également élevées parmi les conservateurs, pour dénoncer les nouvelles conditions d'attribution des bourses.

Les gens se sont indignés autant que nous: c'est la clé de la réussite. Sans la collaboration de tous, ce que nous avons fait n'aurait servi à rien", 

expliquent les quatre étudiants, Alex, Germán, Fernando et Iñaki, dans les colonnes d'El País.

Suite à l'annonce du gouvernement de revenir sur la polémique mesure, le hashtag #Erasmuswin a remplacé celui de #ErasmusRIP. 

La pression sociale et celle des #erasmus est puissante contre Wert,

s'enthousiasme cuartopoder.es, journal de blogueurs, sur le réseau de microblogging. 

Mais les étudiants ont savouré leur victoire…avec modération. Car la reprise des bourses n'est que temporaire, et seule la promotion 2013-2014 est épargnée: dès la rentrée prochaine, la 'mesure Wert' entrera en vigueur. "Nous poursuivons avec les mêmes objectifs: sauver les bourses Erasmus…nous continuons notre lutte", préviennent-ils sur la page Facebook dédiée.




Pays