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La longue marche des Indignés sur Bruxelles

mercredi, 27 juillet, 2011 - 15:16

Un mois après avoir levé le camp de la Puerta del Sol, le mouvement de protestation né le 15 mai dernier veut dépasser la seule indignation pour devenir force de proposition. Après avoir participé au premier Forum Social 15-M, une cinquantaine d'Indignés ont quitté Madrid pour une longue marche sur Bruxelles.

Il régnait une ambiance de campus d’été dans le parc du Retiro à Madrid lundi 25 juillet, jour férié à Madrid et dans d’autres régions espagnoles. Des groupes de vingt-cinq à plus de cent personnes écoutaient en silence l’orateur du moment.

Les Indignés assistaient au premier forum social du 15M. Un mois après avoir levé le campement emblématique de la Puerta del Sol de Madrid, ils se sont retrouvés pour partager les réflexions menées depuis dans les assemblées tenues aux quatre coins de l’Espagne.

Santé, Culture, Economie…, les participants se répartissent par thème et mettent en commun leurs propositions.

Surprise dans le groupe Economie. Un porte-parole annonce que Joseph Stiglitz s’apprête à prendre la parole devant les dizaines d’auditeurs (plus de cent personnes) installés sur le flanc du tertre dominé par le Palais de Cristal à la manière d’un amphi universitaire.

Le Prix Nobel d’Economie est accueilli amicalement, mais sans ferveur, par quelques applaudissements et mains dressées vers le ciel, une coutume chez les Indignés. Au terme d’un discours au cours duquel il a rappelé l’importance du rôle de régulateur des marchés tenu par l’Etat, l’économiste américain a souhaité bonne chance aux Indignés.

Engendrer le changement

On dit que la chance se provoque. Les protestataires du Mouvement 15-M font tout pour : depuis plus de deux mois, ils multiplient les initiatives pour forcer sans violence le changement qu’ils préconisent.

Jusqu'à la mi-juin, le campement des Indignés sur la Puerta del Sol avait permis pendant un mois de relayer les revendications du Mouvement du 15-M tout en jouant le rôle de vitrine de ce dernier. Une fois le camp levé, le Mouvement a dû créer l’actualité au-delà des limites du kilomètre zéro de l’Espagne et des places des grandes villes sur lesquelles il s’était installé. C’est ce qu’il a fait en multipliant les assemblées et actions ponctuelles sur tout le territoire espagnol.

  • Blocage par les foules d’Indignés des exécutions d’hypothèque.
  • Refus des contrôles d’identité arbitraires des immigrés.
  • Marches solidaires des quatre coins d’Espagne pour rejoindre la Puerta del Sol le 23 juillet dernier. 500 personnes auraient participé à ces marchés.
  • Organisation de grandes manifestations les 19 juin et 23 juillet (lors de cette dernière journée, El País comptait 35.000 manifestants)
  • Organisation de futurs rassemblements les 15 et 19 octobre prochains.
  • Assemblées populaires régulières dans les quartiers madrilènes et les villes du pays, reprenant le modèle mis en place sur la Puerta del Sol.
  • Débat du Peuple sur l’état de la Nation, parallèlement au traditionnel débat annuel sur l’état de la Nation tenu presque concomitamment au Parlement, les 29 et 30 juin derniers.
  • Sit-in devant les instances politiques où se tenaient les investitures des élus fraîchement désignés par les urnes après les élections municipales et régionales du 22 mai dernier.

"Peuples d'Europe levez-vous"

Dernière initiative, un groupe d'une cinquantaine d'Indignés a quitté hier Madrid à pied pour Bruxelles, soit un parcours d'environ 1500 kilomètres. La plupart avaient déjà rejoint Madrid à pied venant des différentes régions d'Espagne ou même d'autres pays.

Du nord au sud, de l'est à l'ouest, le combat continue, peu importe ce qu'il coûte"

scandaient les manifestants en quittant la Puerta del Sol, sous les applaudissements. "A Bruxelles pour un monde plus humain", "Peuples d'Europe levez-vous" proclamaient les banderoles.

Leur plan de route prévoit une moyenne de 24 kilomètres par jour pour arriver à Bruxelles le 8 octobre, après avoir, notamment, traversé la France.

Nous allons informer les Européens sur notre mouvement, nous voulons qu'ils nous rejoignent",

expliquait hier à notre confrère de l'agence Belga, Enrique, 32 ans, qui a parcouru 600 kilomètres à pied entre Barcelone et Madrid pour participer à la manifestation des "indignés", dimanche dans la capitale.

Nous allons continuer, devenir plus forts, nous allons nous unir avec l'Europe parce que les problèmes auxquels nous faisons face sont globaux. Ils existent aussi à Paris, Montpellier, Bruxelles"

ajoutait Enrique, qui a quitté un travail saisonnier pour rejoindre les Indignés.

De l'indignation aux propositions

Pour Leire, qui, elle, a participé à l’une des précédentes marches d’Indignés qui pendant un mois ont parcouru l’Espagne pour rejoindre la capitale le 23 juillet dernier, le défi pour le 15-M est de trouver les moyens de poursuivre son action sans s’essouffler.

Si l’esprit de l’indignation pacifique n’a pas été perdu (malgré le dérapage observé lors des heurts entre forces de l’ordre et Indignés à Barcelone lors du débat sur le budget du Parlement catalan, le 15 juin dernier), les protestataires ont conscience que cela pourrait ne pas suffire à faire perdurer le mouvement.

Le but, désormais, est de passer de l’indignation à la proposition d’une véritable alternative. Le défi est de taille, et pour le relever, la créativité et la ténacité des Indignés seront plus que nécessaires.


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