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Retraites: les Français cotisent longtemps mais partent plus tôt

jeudi, 23 septembre, 2010 - 10:29

François Hollande l'avait promis. Un salarié sur six ayant commencé à travailler à 18 ou 19 ans va pouvoir partir à la retraite dés 60 ans. Les Français restent tout de même les champions du nombre d'années de cotisations en Europe. Mais il ont la possibilité de partir plus tôt que leurs voisins.

Mesure phare du programme présidentiel de François Hollande, l'aménagement de la réforme des retraites, dont le retour à 60 ans pour certains, va entrer en vigueur en novembre. Pour celles et ceux qui ont commencé de travailler à l'âge de 18 ans ou 19 ans, ils ne devront cotiser, respectivement, 41 ou 41,5 années. Environ 110.000 personnes sont concernées par ces mesures.

L'aménagement concerne également les femmes qui ont eu des enfants et les chômeurs de longue durée: ils pourront faire valoir deux trimestres supplémentaires. 

Fin 2010, l'âge de la retraite avait été repoussé à 62 ans et le nombre d'années de cotisation était passé, à l'été 2011, à 41,5 années pour pouvoir bénéficier de sa retraite à taux plein. Cela concerne les salariés nés après 1955.

Les Français travaillent-ils plus longtemps?

Il n'en reste pas moins que l'âge de la retraite légal reste à 62 ans pour le reste de la population française.

La France arrive, avec l'Italie, en tête du peloton des années de cotisations : 41,5 années désormais et, peut-être, demain un peu plus, de 41 à 42 pour l'Italie, contre 40 en Suède, mais seulement 35 en Allemagne et même 30 au Royaume-Uni.

Conséquence: dans la grande majorité des pays de l’UE, de nombreux salariés quittent le marché du travail avant l'âge légal parce qu'ils ont suffisamment cotisé (Grande-Bretagne) et/ou parce qu’ils bénéficient de mesures dérogatoires (Allemagne, Espagne, Pays-Bas, Danemark).

En fin de compte, les disparités d’âge légal sont plus fortes que les disparités d’âge effectif de sortie du marché du travail : 59,3 ans en France, contre 61,2 dans l'UE. Mais si l'on considère l'âge moyen de liquidation des retraites, les Français prennent leurs retraites légèrement plus tard que la moyenne de l’UE (61,5 ans contre 61,4).

France : l'âge légal ne dit pas tout

Sauf pour les salariés qui ont commencé à travailler avant 20 ans, le départ à 62 ans ne donne pas droit automatiquement à une pension à taux plein. Il faut attendre 65 ans (67 ans en 2017) pour pouvoir y prétendre si l'on n'a pas validé la durée de cotisation requise: au moins 166 trimestres en 2012.

La décote par trimestre manquant, atteindra 1,25% par en 2015. A l'inverse, une surcote de 1,25% par trimestre travaillé au-delà du taux plein a été instaurée lors de la "réforme Fillon", afin d'encourager les assurés à décaler leur âge de départ à la retraite.

Allemagne : des décotes pour les carrières trop courtes

La réforme de 2007 fait passer l’âge d’obtention d’une pension complète de 65 ans et un mois en 2012 à 67 en 2031. Une évolution de l'âge de la retraite qui est récemment entrée en vigueur, le 1er janvier 2012. Les salariés ayant commencé à travailler jeunes pourront malgré tout y prétendre dès 65 ans, à la condition d’avoir cotisé 45 ans (hors périodes de chômage). L’âge minimum de départ reste, lui, fixé à 63 ans – sous réserve de 35 années de cotisation. Mais de fortes décotes sont prévues pour les travailleurs qui souhaitent liquider leur pension à cet âge.

Royaume-Uni : 30 ans de cotisations

Depuis 2007, Il faut seulement trente ans de cotisation pour bénéficier de la (minuscule) retraite d'État de base (116 euros par semaine). Mais, avec la réforme engagée, à savoir un départ à 68 ans à l'horizon 2046, une pension à taux plein nécessitera, de fait, quarante-quatre ans de cotisation pour les hommes et trente-neuf pour les femmes.

Actuellement, les retraites anticipées sont monnaie courante : depuis 2006, un salarié peut liquider sa retraite complémentaire (seconde pension d'Etat ou fonds de pension privé) dès 50 ans, c'est-à-dire avant même de pouvoir percevoir sa retraite de base.

En mai 2012, plusieurs syndicats du secteur public ont rassemblé près de 400 000 employés (200 000 d'après les autorités) dans la rue pour protester contre les réformes d'austérité qui touche particulièrement les pensions de retraite. Les syndicats pointaient du doigt une augmentation de 50% des cotisations par an.

Espagne : de nombreuses dérogations

La durée de cotisation nécessaire à une retraite à taux plein est de 35 ans dans la plupart des cas. En dépit de réformes (2006-2007) destinées à favoriser la prolongation de l’activité, il existe toujours de nombreuses possibilités de retraites anticipées. Les professions dites "à grand danger", comme les mineurs, les cheminots ou les marins peuvent profiter de départs anticipé dès 60 ans.

L'Espagne propose également des départs à 61 ans aux salariés mutualistes, aux licenciés économiques et aux chômeurs de longue durée qui peuvent faire valoir 30 ans de cotisation. Ce qui explique qu’un quart des nouveaux retraités espagnols liquident leurs droits avant 60 ans.

En juillet 2011, le Parlement espagnol a adopté une loi qui définit l'âge de la retraite à 65 ans. Si le salarié a cotisé 35 ans, il pourra toucher sa retraite à 100%. Mais s'il n'a cotisé que 15 ans, il touchera sa retraite à hauteur de 50%.

À partir de 2013, l'âge de la retraite sera progressivement reculé à 67 et il sera nécessaire de cumuler 37 ans de cotisations. Nénamoins, il sera toujours possible pour les Espagnols de partir à 65 ans mais ils devront présenter 38,5 années de cotisations.

Pays-Bas : 50 ans… de résidence

Tout résident des Pays-Bas a droit aux allocations retraites à condition de justifier de 50 ans… de résidence dans le pays. Bien que l’âge légal soit de 65 ans, les personnes ayant exercé, et contribué à un fonds de pension pendant 40 ans, peuvent (sous conditions) partir à la retraite à 63 ans avec une pension totale limitée à 70 % du dernier salaire.

En dépit de dispositifs destinés à décourager fiscalement la cessation précoce d’activité, de nombreux régimes de préretraite – ils couvraient 83% des salariés en 2001 – existent toujours.

Italie: un refonte générale

Le système conjuguait, jusqu'à la réforme de décembre 2011, deux types de retraites différents. La pension "de vieillesse" d’abord, qui supposait un minimum de 20 ans de cotisations. La pension "d’ancienneté" ensuite, était calculée ainsi : on additionnait l’âge de départ à la retraite du salarié et le nombre d’années de cotisation. En 2010, il fallait atteindre 95 points, avec un âge minimum de 59 ans – un minimum de 36 ans de cotisations était donc nécessaire (95-59=36). 

Mais en décembre 2011, crise oblige, Mario Monti a imposé une refonte totale de ce système particulièrement compliqué. Les Italiens doivent désormais verser entre 40 et 42 annuités pour les hommes et 41 pour les femmes avant de partir en retraite. A partir de 2018, hommes et les femmes partiront en retraite à 66 ans. Cet âge légal sera, par la suite retardé en fonction de l'évolution de l'espérance de vie. On table sur 67 ans en 2022. Par ailleurs, on passe d'un système "rétributif" à un système "contributif".

Ce dernier système est beaucoup moins avantageux, car le montant de la pension de retraite se fait sur la base des cotisations versées pendant toutes les années de travail, et non plus sur les dernières années. La mesure est en vigueur depuis le 31 décembre 2011.

Pologne. Peur du manque de main d'oeuvre

Le gouvernement de Donald Tusk a récemment décidé de prolonger l'âge de la retraite des Polonais, une réponse au veillissement de la population et à un "manque dramatique de main d'oeuvre en Pologne à l'horizon des années 2040" selon le Premier ministre.

Fixé à 60 ans pour les femmes et 65 ans pour les hommes, l'âge de retraite sera reculé progressivement à partir de 2013, pour atteindre 67 ans en 2020 pour les hommes et en 2040 pour les femmes. Autres avantages pour les femmes, elle ne devront cumuler que 35 ans de cotisations alors que les hommes devront présenter 40 ans.

Les militaires de carrières et les policiers n'échappent pas à la nouvelle réforme. Ils devront travailler 25 ans pour avoir le droit à une retraite de plein droit, contre 15 ans jusqu'à récemment.

(Actualisé le 7 juin 2012 à 12h)




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