Connexion

Syndicate content

Elections 2012 : une France "normale" en Europe

François Hollande lors de la campagne des élections européennes de 2004 / © HALEY/SIPA

-A +A
20.06.2012 | 17:05

Par  

C'est la fin de l'exception politique française. Montée de l'abstention, rejet du gouvernement sortant, percée de la droite radicale et rééquilibrage en faveur des partis progressistes: les législatives française s'inscrivent dans la tendance européenne. Une France désormais politiquement "normale" après les années Sarkozy.
Analyse d'Eddy Fougier, Politologue et chercheur associé à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS)

La critique de l’Union européenne a été particulièrement vive durant la campagne présidentielle, y compris de la part des candidats censés être pro-européens. Cette campagne a, aussi, souvent donné l’impression à l’étranger que les candidats français ignoraient largement ce qui passait ailleurs, tout comme les contraintes économiques. Ce que l’hebdomadaire britannique The Economist a appelé le "déni" français.

Néanmoins, force est de constater que la séquence électorale qui a débuté avec les primaires citoyennes organisées par le PS et s’est achevée le 17 juin avec la majorité absolue des sièges pour les socialistes à l’Assemblée nationale (on peut y rajouter le basculement du Sénat à gauche au mois de septembre 2011 à l’occasion de son renouvellement partiel) a confirmé certaines évolutions politiques perceptibles ces dernières années en Europe.

Une participation à géométrie variable

En effet, la France ne déroge pas à la "règle" européenne sur trois points-clefs. 

Le premier est la montée de l’abstention, qui est un phénomène européen en dehors de l’ "élection reine" qu’est la présidentielle, car jugée la plus décisive par les Français. Le taux d’abstention au second tour des législatives a ainsi atteint son niveau le plus élevé de toute la Ve République avec un taux de 43 %. Il est en progression quasi constante depuis la fin des années 1970, à l’instar de ce que l’on peut voir lors des scrutins locaux. 

Aux yeux des électeurs, il semble ainsi exister désormais trois types d’élections bien distincts.

  • L’élection présidentielle où la participation est toujours très forte, avec cette année des taux d’abstention aux alentours de 20 %.
  • Les élections législatives et municipales où ces taux se situent plutôt autour de 40 %. Ce sont des élections jugées encore importantes pour élire des figures politiques visibles et souvent connues (le député et le maire).
  • Enfin, les autres élections (régionales, cantonales, européennes) sont jugées non décisives et intéressent dans l’ensemble très peu les électeurs, puisque ces dernières années les taux d’abstention ont frôlé ou même dépassé les 50 % : abstention de 49 % aux élections régionales de 2010, de 56 % au 1er tour aux élections cantonales de 2011 et de 59 % aux élections européennes de 2009.

On estime généralement que cette abstention est, soit de nature politique (elle exprime alors une défiance vis-à-vis du système politique et des principaux partis), soit de nature sociale (elle est plutôt le fait des catégories populaires, à faibles revenus et faiblement diplômées).

Elle n’en pose pas moins de nombreuses questions sur l’état de la démocratie représentative, sur la représentativité réelle des différents courants politiques, ou encore, sur la nature du mode de scrutin.

Alternance généralisée

Le second point est le rejet quasi systématique des gouvernements sortants en Europe depuis le déclenchement de la crise économique en 2008. Des alternances se sont ainsi produites dans la plupart des pays européens qui se sont rendus aux urnes pour renouveler leur parlement. Ce fut le cas récemment lors des élections parlementaires qui se sont déroulées au Royaume-Uni (2010), en Irlande (2011), au Portugal (2011), en Grèce (2011), en Espagne (2011), en Slovénie (2011) ou en Slovaquie (2012).

La défaite de Nicolas Sarkozy s’inscrit en grande partie dans cette tendance. Elle a été, en effet, largement le résultat de la crise économique, de la montée du chômage et de sa façon, souvent perçue comme injuste, de tenter de la conjurer en prônant l’adoption d’un "modèle allemand".

Le troisième et dernier point est la montée souvent spectaculaire en Europe des suffrages en faveur d’une droite radicale qui exploite le désarroi de certaines populations touchées par la crise et, plus généralement, la crise du modèle multiculturaliste, reconnu par Angela Merkel et David Cameron ces dernières années, et qui, à la différence de l’extrême droite classique, aspire à accéder aux responsabilités.

Le score de Marine Le Pen au premier tour de l’élection présidentielle (17,9 %) et des candidats FN et d’extrême droite au premier tour des législatives (13,8 %) en sont les symptômes les plus évidents, tout comme l’orientation nouvelle donnée au parti nationaliste par la fille de Jean-Marie Le Pen, avec sa volonté de "dédiaboliser " le parti, de participer à la recomposition de la droite de l’après-Sarkozy et d’accéder au pouvoir.

La gauche regagne du terrain

En apparence, la France semble néanmoins être en rupture par rapport à une autre tendance européenne, celle de la domination idéologique et politique des partis conservateurs, en ayant donné l’ensemble des pouvoirs – présidentiel, parlementaire, régional, départemental, municipal pour la plupart des grandes villes – à la gauche. 

Sans parler de grand retournement, il semble bien que l’on assiste cependant ces derniers temps à un certain rééquilibrage des forces en faveur des partis progressistes en Europe. Si la droite dominait allègrement la vie politique européenne ces dernières années en emportant la plupart des élections générales, c’est moins le cas depuis un an. La gauche l’a emporté dans plusieurs pays (Irlande, Danemark, Slovénie, Slovaquie) ou lander allemands (notamment en Rhénanie-Westhalie, le land le plus peuplé avec une population supérieure à celle des Pays-Bas).

Même si on ne peut parler de vague rose européenne, l’élection de François Hollande est donc très certainement le symptôme de ce rééquilibrage des forces politiques actuellement à l’œuvre en Europe et qui est perceptible dans le débat sur la croissance de ces dernières semaines.

En définitive, même si les spécificités françaises restent très fortes (hyperprésidentialisation du système politique, culture politique conflictuelle, forte bipolarisation) et s’il n’existe pas à proprement parler de vie politique européenne, la "normalité" politique française par rapport au reste de l’Europe apparaît évidente au terme des élections présidentielle et législatives. 





14.05.2013
Par Tristan de Bourbon (Londres)
Paris...pathétique. Les supporters du club de la capitale ont à nouveau déçu, lundi 13 mai au soir, et fait virer au...
17.05.2013
Par Alexandre Sommer (Paris)
Dans la ville cossue d'Oxford, la cité aux clochers rêveurs, personne ne se doutait de l'horreur qui se tramait. Entre 2004 et...
17.05.2013
Par Bienvenu (Budapest)
L'Ambiance est morose au bord du Danube depuis le mois dernier à la suite d’une nouvelle réforme du gouvernement hongrois de...
15.05.2013
Par Ariel Dumont (Rome)
Les occupations de masse sont aujourd’hui organisées par des mouvements politiques comme dans les années 70. Pour combattre l...
19.04.2013
Par myeurop ()
Dans la plupart des pays européens le prix du diesel est maintenu artificiellement en dessous de l'essence sans plomb. Mais, à l...
16.05.2013
Par Marco Bertolini (Amsterdam)
Je l'ai rencontrée dans son petit appartement d’une 'seniorie' de Mons - en Belgique, on appelle ainsi la partie d'une...
19.03.2013
Par Liza KROH (Berlin)
Près de 10.000 personnes ont répondu dimanche dernier à l’appel, notamment, de l’acteur et chanteur américain...
25.01.2013
Par Ariel Dumont (Rome)
Il pleut des cordes sur Naples. On aperçoit au loin, un halo de brume sur la cime du Vésuve. Aux alentours de la gare, une odeur de...
16.05.2013
Par myeurop ()
Barcelone va-t-elle imiter Dubaï ? C’est ce que laisse croire un pharaonique projet d’île artificielle, promu par l’...
25.02.2013
Par myeurop ()
Vincent Peillon vient de lancer un nouveau pavé dans la marre des rythmes scolaires et proposant de limiter les grandes vacances à six...
18.08.2011
Par Damien Dubuc (Paris)
En face, je n’y vais jamais, il n’y a que des Musulmans. Moi, ma patrie, c’est la Croatie. En face, c’est Mostar-Est (...
17.01.2013
Par Frédéric Therin (Munich)
Depuis 24 ans Thomas Gottschalk présentait l’émission phare de la chaîne de télévision allemande ZDF. Diffus...
27.04.2013
Par Christelle Granja (Paris)
Chaque année, les annonces avalancheuses de programmation des festivals d'été relèguent définitivement les...
27.04.2013
Par Christelle Granja (Paris)
Chaque année, les annonces avalancheuses de programmation des festivals d'été relèguent définitivement les...
15.05.2013
Par Ludovic Clerima (Paris)
Trois pays européens en lice pour la Palme d'or. C'est le triste constat de cette nouvelle édition du Festival de Cannes. La...
29.06.2012
Par Jeanne Travers (Paris)
Alors qu'aux Etats-Unis, les ventes d'e-books atteignent les 282 millions de dollars, le marché français des livres numé...
23.05.2012
Par Nastasia Peteuil (Tirana)
“La plupart des récits commençait par un voyage en train” raconte Marta Craveri, historienne italienne qui a fait partie de...
16.05.2013
Par Ludovic Clerima (Paris)
Bruxelles souhaite une taxe sur les exportations de panneaux photovoltaïques chinois allant de 40 à 68 %. Est-ce une bonne idée...
28.07.2011
Par Marco Bertolini (Amsterdam)
Nous avons rendez-vous dans un luxueux appartement dans un quartier résidentiel de Maastricht. Larges baies vitrées, ample terrasse et...
16.05.2013
Par Ludovic Clerima (Paris)
Bruxelles souhaite une taxe sur les exportations de panneaux photovoltaïques chinois allant de 40 à 68 %. Est-ce une bonne idée...
17.05.2013
En trente ans, l’abstention aux élections européennes est passée de 30 % en 1979 à 57% en 2009. Aujourd’hui,...
13.11.2012
Par Haug (Paris)
Imaginons un pays... Une crise financière sans précédent provenant de Wall Street va déstabiliser son économie. En...
Pays