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Les députés mettent la fin de vie en sommeil

mardi, 17 mars, 2015 - 16:56

La loi sur la fin de vie prévoyant une sédation profonde pour mettre fin aux souffrances des malades incurables vient d'être adoptée par une très large majorité des députés. Un compromis typiquement français.

 

Chronique sur RFI - Fin de vie 

 

Votée avec une très large majorité (436 voix contre 34) cette nouvelle loi sur la fin de vie sera probablement également avalisée par le Sénat. Dès lors, les personnes souffrant d’une maladie grave et incurable pourront demander à être définitivement endormies.

Cette sédation profonde et permanente permettra de "dormir avant de mourir pour ne pas souffrir" comme l'explique Jean Leonetti, co-auteur de cette loi. Le député UMP avait déjà été à l'initiative de la loi de 2005 contre l'acharnement thérapeutique.

De plus, si le malade n'est plus en état d'exprimer sa volonté, les médecins pourront décider de l'endormir jusqu'à son décès pour éviter une "obstination déraisonnable" et d’inutiles souffrances.

L'autre avancée importante de cette loi concerne les "directives anticipées" du patient. S'il a stipulé qu'il refusait tout acharnement thérapeutique, les médecins ne pourront plus aller à l'encontre de cette décision. Des directives valables jusqu'à la fin de vie, et non plus seulement comme aujourd'hui, pendant trois ans et de manière assez informelle.

Sujet tabou et maudit

Pourtant cette loi apparaît comme un nouveau compromis entre ceux qui refusent de provoquer la mort et ceux qui, à l'inverse, sont pour le droit de mettre fin à la vie quand la mort est inexorable. Cette mise en sommeil final, est un compromis à la française. La loi n'a pas tranché. Les médecins ne pourront toujours pas provoquer la mort du malade incurable ou de l'assister pour qu'il mette de lui-même fin à ses jours.

Mais si, comme le chantait Ferré, "la mort est un sujet tabou pour poète maudit", pour conjurer ce mauvais sort, les députés français ont choisi le sommeil en l'attendant la Grande Faucheuse. Un passage de vie à trépas bien préférable à une inutile fin dans la douleur.

Euthanasie active ou passive, ou suicide assisté, la plupart des pays en Europe, ont eux aussi tenté de trouver des réponses les plus adaptées à l'état de leurs opinions publiques sur ce problème majeur de société.

Seuls les trois pays du Benelux autorisent l'euthanasie et le suicide assisté pour raison médicale: les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg.

Euthanasie pour les mineurs 

Aux Pays-Bas, l'euthanasie active et le suicide assisté pour raison médicale ont été légalisés dès 2001. C'est le premier pays en Europe à avoir donné le droit aux médecins d'administrer un produit provoquant la mort.

Deux médecins au moins doivent avoir estimé que la souffrance est "insupportable" et "sans perspective d'amélioration".

La Belgique, est, elle, le premier pays à avoir dépénalisé l’année dernière l'euthanasie pour les mineurs et ceci sans âge minimum. Elle était déjà dépénalisé pour les adultes et les mineurs émancipé d’au moins quinze ans, capables d’en exprimer la demande de manière réfléchie et répétée. Le malade doit être dans une situation médicale sans issue et faire état d’une souffrance physique ou psychique constante et insupportable.

Les conditions sont similaires au Luxembourg, sauf pour les mineurs qui en sont exclus.

Testament médical

Dans la plupart des autres pays d’Europe, la loi fait une distinction entre l’euthanasie active, le plus souvent interdite, et euthanasie passive, celle qui permet à un médecin d'arrêter les soins ou de soulager la douleur, quitte à entraîner le décès du patient.

Ainsi, au Danemark, depuis 1992, les malades peuvent faire un "testament médical" qui est l’équivalent des "directives anticipées".  Les médecins doivent les respecter en cas de maladie incurable ou d’accident grave. L’euthanasie passive peut être alors pratiquée. 

Une loi similaire a été votée en 2010 en Allemagne. Elle permet de faire connaître par écrit son vœu de refuser tout acharnement thérapeutique. Ce procédé est cependant très encadré. Mais l'administration à un patient d'un produit mortel reste un homicide. La loi n’évoque cependant pas un recours à une sédation profonde et permanente comme en France, mais seulement le droit de refuser les soins, volonté s'imposant au corps médical.

Ce refus de tout traitement engendrant inexorablement la mort par les malades incurables est également possible en Suède, Espagne, Hongrie et république tchèque et en Grande-Bretagne.

Outre-Manche, on s’interroge également sur le suicide assisté. C’est officiellement un crime, mais la jurisprudence est désormais plutôt favorable pour les personnes aidant un proche à se suicider par compassion. Lord Carey, ancien archevêque de Canterbury, autrement dit l’ex-chef de l’Eglise anglicane, a fait sensation il y a quelques mois en s’affirmant favorable à la légalisation du suicide médicalement assisté pour éviter des souffrances inutiles.

Potion létale à la demande en Suisse

Ce "suicide assisté" ou "aide au suicide" est aujourd'hui possible qu'en Suisse et cela en dehors même de l'hôpital. On peut mettre une potion létale à la disposition du malade qui en fait sans ambiguïté la demande pour peu que ceux qui aident le fassent par altruisme.

Deux associations, Exit et Dignitas, sont ainsi autorisées à fournir toute l'assistance nécessaire au demandeur à la simple condition qu'il soit atteint d’une maladie "grave et incurable".

300 à 400 personnes par an mettent ainsi fin à leurs jours dans ces conditions en Suisse, dont 150 étrangers. Mais ceux qui les assistent, s'ils sont étrangers, ne sont pas à l'abri de poursuites dans leur propre pays.


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