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Services postaux : la grande mutation européenne

jeudi, 18 janvier, 2018 - 11:00

En France comme ailleurs, le déclin du courrier traditionnel explique la hausse du prix des timbres. Soucieux de maintenir leur rentabilité, les groupes postaux européens parient sur le colis express, la finance ou les services à la personne.

Depuis le début de cette année, les tarifs postaux ont encore augmentés en France, le prix du timbre pour une lettre prioritaire étant passé de 85 à 95 centimes. Pour La Poste, il s’agit de compenser le déclin continu du courrier classique qui s’accélère plus ou moins rapidement dans toute l’Europe.

En matière de tarifs postaux, les Français ne sont pas les plus mal lotis et, généralement, les pays ayant connu les plus fortes hausses du prix d’affranchissement sont également ceux qui ont vu baisser le plus le volume du courrier.

Ainsi, depuis dix ans, le prix du timbre domestique standard a pratiquement été multiplié par 5 au Danemark et en Italie, pays où les échanges de lettres ont le plus diminué.

En France, la hausse de l’affranchissement a été de 80% depuis 2008, un rythme équivalent à celui observé au Royaume-Uni et aux Pays-Bas mais très supérieur au renchérissement modéré (5 à 15%) des timbres dans des pays comme la Belgique, la Suède ou l’Allemagne.

En outre, avec un nouveau tarif express domestique de 95 centimes d’euros, les Français sont loin d’être aussi matraqués que les Danois, qui paient l’équivalent de 3,60 € ou encore les Italiens (2,80 €). A l’inverse, Anglais, Belges ou Néerlandais paient moins de 80 centimes, les Allemands 70 centimes et les Espagnols 55.

Rentabilité variable pour les groupes postaux

Ces différences de tarifs reflètent la situation particulière des groupes postaux dans chaque pays, l’état de leurs finances et surtout leur stratégie de marché.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la plupart de ces groupes, qu’ils soient publics ou privés, dégagent des bénéfices.

Parmi les plus profitables, on trouve le néerlandais Post NL ou le britannique Royal Mail dont le taux annuel de rentabilité dépasse 7%. L’Allemand Deutsche Post n’est pas loin des 5% (2,8 milliards d’€ de profits en 2016).

La Poste n’atteint que 3,6% (850 millions de résultat net en 2016), mais le groupe français reste plus rentable que les 2% de taux de profit réalisé par Poste italiane ou par l’espagnol Correos.

Le podium postal : Allemagne, Italie, France

Avec ses 58 milliards d’euros de chiffre d’affaire en 2016, le groupe Deutsche Post domine et pèse deux fois plus que la poste italienne (30 milliards). La Poste en France n’arrive qu’en 3ème position européenne avec un CA de 23 milliards d’€. C’est quand même plus du double de Royal Mail (9,8 milliards d’€) et trois fois plus que la Poste suisse.

Cette hiérarchie mélange statuts privés et statuts publics. La Poste en France, mais aussi la Poste suisse, le suédo-danois PostNord et Correos en Espagne sont à 100% publics.

Poste Italiane reste une entité publique mais son capital est privatisé à 38% depuis 2015. Quant au groupe Deutsche Post, c’est une entité privée à 80%. Enfin, Royal Mail est une entreprise totalement privée depuis 2015.

Des périmètres d’activité variables

Depuis au moins deux décennies, aucun groupe n’a pu se dispenser de mener une politique de diversification. Certains ont même développé des activités annexes n’ayant plus qu’un lointain rapport avec les services postaux.

Meilleur exemple, Poste Italiane qui réalise les deux tiers de son chiffre d’affaires en vendant des services bancaires et financiers et surtout des produits d’assurance.

La Poste française est également diversifiée puisque sa filiale de colis express Géopost participe pour un quart à son chiffre d’affaires global tandis qu’un autre quart est produit par l’activité bancaire de la Banque Postale.

Reste que le courrier et les colis postaux représentent encore près de la moitié de l’activité du groupe La Poste. Ce n’est pas le cas en Allemagne où le métier historique de la Deutsche Post ne compte plus que pour 20% du CA global et n’occupe que 170.000 employés sur un total de près de 500.000.

Deustche Post DHL : géant mondial de la logistique

Cela n’empêche pas la Deutsche Post de distribuer de façon assez rapide le plus gros volume de courrier d’Europe en offrant à la population 27.000 points de contacts, tous externalisés (contre 17.000 en France dont 9.200 bureaux de poste).

Reste que près de 300.000 employés du groupe DP travaillent pour DHL, sa filiale de colis-express, logistique transport et fret rachetée aux Américains en 2002. Le groupe Deutsche Post DHL est d’ailleurs le premier groupe mondial de logistique.

Les effectifs totaux du groupe allemand sont donc deux fois plus nombreux que les 250.000 employés de La Poste. Mais le groupe public français compte nettement plus d’employés que Royal Mail ou que Poste Italiane (respectivement 160 et 140.000).

Il faut dire que Royal Mail reste principalement centré sur l’activité postale, de même que les postes néerlandaise et espagnole.

Au contraire, d’autres groupes postaux accentuent leur diversification. En France, après la téléphonie mobile ou le web-mail, La Poste se lance dans les services à la personne. La poste suisse fait des transports en commun et du commerce. Enfin, Bposte en Belgique vend des livres et délivre même des cartes grises.

Atouts et fragilités

Dans le cadre de l’économie globalisée, les groupes postaux européens ne manquent pas d’atouts, notamment en terme de réseau, de logistique et de clientèle.

Ce qui leur permet de lancer des activités parallèles et d’exploiter le créneau porteur du colis postal (business to consumer – B to C). Mais pour les groupes postaux qui sont insuffisamment présents dans le secteur très rentable du colis-express (business to business – B to B), la concurrence du commerce en ligne B to C, en particulier du géant Amazon, devient très rude.


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