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Comment le confinement a révélé le profond fossé numérique européen ?

mercredi, 25 novembre, 2020 - 16:31

La propagation épidémique du Covid-19 et les différents épisodes de confinement qui s’en sont suivis dans la plupart des pays membres de l’Union européenne ont été un test grandeur nature pour le développement du travail à distance. Une nouvelle organisation professionnelle et sociale qui a révélé le caractère vital des réseaux de télécommunication pour les entreprises et les salariés, mais qui, dans une certaine mesure, a aussi levé le voile sur la fracture numérique européenne. Alors que le second confinement poursuit sa route en France et dans d’autres pays européens, cette problématique s’impose à nouveau dans le débat public.

En France, le lourd tribut social des oubliés du « tout-numérique »

Dictées par les évènements, les mesures de distanciation sociale ont imposé l’école à distance, le télétravail, l’accès aux services publics en ligne ou encore l’acculturation croissante des populations au e-commerce. Jamais l’accès à internet n’a été si vital pour des franges entières de la population. Une transition vers un monde tout-numérique qui a révélé la persistance de fractures très profondes. Une enquête INSEE, datée d’octobre 2019, affirme ainsi qu’un Français sur six n’utilise pas internet et qu’un usager sur trois ne possède pas les compétences numériques de base. Le moindre accès à internet s’adjoint aux traditionnelles vulnérabilités économiques, culturelles et sociales qui frappent les plus précaires. La notion de « capital numérique » s’est, d’ailleurs, désormais imposée dans les études sociologiques pour compléter les catégories existantes.

L’illectronisme touche en effet 43,9 % des personnes sans diplôme, là où il n’est qu’embryonnaire chez les Français diplômés du supérieur. « Ce sont ainsi les familles les plus en difficultés (avec internet) qui vont payer le plus lourd tribut de la crise sanitaire et sociale » précise, pour Forbes, Yann-Mäel Larher, avocat et docteur en droit. Au niveau international, la suspension de l’enseignement en présentiel entraînée par le confinement dans de nombreux pays inquiète l’UNESCO, dont la sous-directrice générale souligne que les inégalités d’accès à internet « constituent une réelle menace pour la continuité de l’apprentissage en cette période de perturbation sans précédent de l’éducation ».

En Europe, l’accès au numérique révèle aussi ses fractures

Au niveau européen, le manque de compétences numériques est plus criant au sein des pays de l’est et du sud du continent, comme le souligne l’Index DESI, publié chaque année par la Commission européenne. En Roumanie, Bulgarie et Grèce, seuls 32 %, 33 % et 35 % de la population bénéficient des basic skills ou de compétences plus avancées.

Aux côtés de ces pays, dont les PIB par habitant sont parmi les plus faibles d’Europe, se retrouvent l’Italie, la Lituanie, la Pologne, le Portugal ou encore la Slovaquie. À l’inverse, le haut du tableau est occupé par la Finlande, la Suède, l’Estonie ou encore les Pays-Bas, où les compétences numériques, qu’elles soient ou non avancées, sont d’ores et déjà acquises par des taux allant de 62 % à 78 % des populations.

L’éducation numérique : un choix stratégique gagnant ?

Les pays européens les plus avancés dans le domaine numérique ont tous un dénominateur commun : chacun d’entre eux a mis en œuvre, très tôt, une politique volontariste dans ce secteur. En Finlande, par exemple, l’Open Data des données publiques est la norme et la numérisation des services publics a été entamée de longue date, comme le soutien gouvernemental à la transition numérique des PME, des commerces ou encore des réseaux de transport. L’acculturation au numérique est très ancrée parmi les jeunes générations, un rapport de l’ambassade de France en Finlande indiquant ainsi que la confiance des étudiants finlandais dans l’utilisation des technologies de l’information et des communications (TIC) est l’une des plus élevées d’Europe. En Suède, pays de haut du classement, un rapport de l’OCDE salue la stratégie nationale de digitalisation du système éducatif mise en œuvre en 2017 centrée sur l’enseignement plus affirmé des technologies numériques à l’école et dans le secondaire. Mais aussi, en lien avec les partenaires sociaux, auprès des plus ou moins jeunes actifs aspirant à se former au numérique.

Un accent porté sur l’éducation qu’a aussi embrassé l’Estonie, l’un des pays les plus numérisés d’Europe. « Dans la seconde moitié de la décennie 1990, (le pays) a mis en place une politique éducative afin de former les jeunes estoniens aux codes informatiques et aux technologies d’Internet » explique Vincent Dautancourt, docteur en géopolitique et enseignant à l’Université Paris 8. Ces pays caracolent aujourd’hui en tête de l’Index DESI pour la fréquentation hebdomadaire d’internet. En Finlande, Suède et Estonie, entre 90 % et 95 % de la population se connecte au moins une fois par semaine à internet. Plus de 10 points devant la France, où ce taux stagne à 84 %. Un choix stratégique qui s’est révélé payant car, selon l’OCDE, « les efforts déployés par la Suède afin d’accompagner la transition vers le numérique ont fortement stimulé sa croissance économique au cours des dernières années ».

Accélérer le déploiement des infrastructures

Mais, même parmi les pays les plus numérisés, de nombreux défis restent à relever. L’OCDE souligne ainsi que, même en Suède, « il reste beaucoup à faire pour améliorer la connectivité des zones reculées ». En France, en zone rurale, le débit moyen de téléchargement en 4G n’est que de 28 Mb/s, selon les conclusions de plusieurs organismes. Selon l’Observatoire de l’Internet fixe, 47 % des ménages issus de 10 départements ruraux français ne bénéficient pas d’un accès à internet haut débit et 1 sur 5 n’ont pas la qualité minimale requise (3Mb/s). Un taux peu ou prou proche de la moyenne européenne, où 40 % des zones rurales subissent les conséquences d’une faible connexion.

Peu étonnant, dans ce contexte, que la présidente de la Commission européenne ait annoncé consacrer 20 % du plan de relance européen au numérique, dont une part encore non définie à l’amélioration de la connectivité des populations. Comme de nombreux pays européens, la France a pris du retard dans le déploiement des infrastructures. Un enjeu d’autant plus stratégique que la France ne compte, pour le moment, que 116 antennes 5G déployées dans 5 villes tests. Alors même que certains territoires ruraux ne sont pas encore pourvus en accès 4G, voire 3G…


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