Kalachnikovs et chambres de torture : les bébés narcos font peur à l’Europe

Edouard Beros

Kalachnikovs et chambres de torture : les bébés narcos font peur à l'Europe

Europol dénonce l’utilisation d’enfants pour négocier et lutter contre la police. La violence liée avant tout à la cocaïne et au cannabis, en tête des préférences des consommateurs

Des enfants armés de kalachnikovs et des chambres de torture cachées parmi les conteneurs dans lesquels est expédiée la cocaïne. Les trafiquants de drogue en Europe sont de plus en plus répandus et impitoyables, selon ce qui ressort d’un rapport d’Europol, qui décrit l’Europe comme un continent affamé de drogue et où le crime organisé gère ce marché florissant. L’enjeu s’élève désormais à une trentaine de milliards d’euros, contestés par des bandes violentes, qui s’affrontent sans scrupules, impliquant des enfants dès leur plus jeune âge.

Les drogues les plus consommées

Les résultats de l’étude sur les marchés de la drogue ont été présentés lors d’une conférence de presse organisée le 7 mars à Bruxelles par l’Agence européenne chargée de l’application des lois, Europol, et l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (EMCDDA). La scène européenne de la drogue est extrêmement variée, mais les importations de cocaïne et les exportations d’ecstasy dominent, qui ont atteint des chiffres records en 2022. L’âme violente de ce commerce illégal apparaît surtout en relation avec le trafic de cocaïne et de cannabis, qui, selon les données des agences auteurs du rapport, reste la drogue la plus consommée dans l’Union européenne. 300 tonnes de drogue ont été saisies en 2021, la Belgique, les Pays-Bas et les Pays-Bas restant les principaux points d’entrée de la drogue en Europe.

Chambres de torture dans des conteneurs

Selon Alexis Goosdeel, directeur de l’OEDT, l’Europe connaît un niveau de violence liée à la drogue égal à celui des pays d’Amérique latine. « Nous avons même découvert des salles de torture dans l’UE », a déclaré Catherine De Bolle, directrice exécutive d’Europol. « Je ne les avais jamais vus auparavant. Jusqu’à présent, ils étaient utilisés en Amérique latine, mais pas dans l’UE », a-t-il ajouté lors de la conférence de presse. Sans préciser de quel cas il s’agissait, les médias affirment que des « conteneurs avec des chambres de torture » ont été découverts en 2020 près du port de Rotterdam, aux Pays-Bas. Cette affaire a donné lieu à plusieurs peines de prison. Même si l’on ne sait pas si d’autres salles de torture sont utilisées en Europe, cette affaire a été un « signal d’alarme » pour les forces de l’ordre du vieux continent.

De très jeunes affiliés au trafic de drogue

Les données les plus préoccupantes sont celles relatives à l’âge des adolescents affiliés et impliqués dans les activités des trafiquants de drogue. Ils sont de plus en plus jeunes et armés, selon les statistiques recueillies par Europol. A Marseille (considérée comme la capitale européenne en termes de nombre de morts liés au trafic de drogue), des bandes d’adolescents armés se battent avec la police, tandis que des gamins qui pourraient être considérés comme des enfants s’entretuent à coups de kalachnikov pour occuper les territoires et les places de trafic de drogue. Une autre fonction confiée aux mineurs consiste à extraire des chargements de cocaïne des cointaners dans les ports, comme cela s’est produit dans des dizaines de cas détectés par les autorités d’Anvers et de Rotterdam. « Des familles entières vivent des revenus qu’elles obtiennent grâce aux jeunes travaillant pour des groupes criminels », a déclaré à la presse De Bolle d’Europol.

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Interdiction ou gestion ?

Au niveau européen, les réponses politiques sont contradictoires. Certains demandent des sanctions plus sévères et une augmentation du budget de la sécurité, d’autres soutiennent que le moment est venu de légaliser le marché, étant donné que l’approche prohibitionniste n’a pas porté ses fruits, mais n’a fait qu’exacerber les sentiments et rendre plus violentes les attaques des barons de la drogue. Le maire d’Amsterdam est à l’avant-garde des solutions « alternatives ». « La régulation du marché, les monopoles gouvernementaux ou l’approvisionnement à des fins médicales ne sont que quelques-unes des alternatives possibles, pas nécessairement exclusives », a écrit Femke Halsema, la dirigeante de la ville néerlandaise, dans le Guardian. Autrement, les Pays-Bas risquent de se transformer en un « narco-État », a prévenu le maire. La réponse de la Belgique, leader du semestre européen et confrontée à une grave crise sécuritaire, est plus traditionnelle et répressive, avec des fusillades à quelques centaines de mètres seulement des institutions européennes. Le gouvernement fédéral s’est jusqu’à présent concentré sur le renforcement de la sécurité dans les ports et sur l’augmentation de la collaboration avec le secteur privé par le biais de la nouvelle Alliance portuaire européenne.

Consommation de pointe

En février, la ministre belge de l’Intérieur, Annelies Verlinden, s’est rendue en Bolivie pour signer une déclaration commune avec les pays d’Amérique latine visant à résoudre conjointement le « problème mondial de la drogue » au cours des cinq prochaines années. Mais comme l’ont également rappelé la Colombie et l’Équateur, l’Europe doit avant tout s’inquiéter de ce qui se passe en son sein en termes de consommateurs. Amsterdam, Bruxelles et Lisbonne sont en tête de liste des villes les plus consommatrices de cocaïne au monde. La valeur du cannabis aurait atteint 12 milliards d’euros, tandis que la cocaïne s’arrête à 11,6 milliards. Selon Goosdeel, de l’Observatoire européen des drogues, il ne s’agit cependant pas de criminaliser les toxicomanes. « Ce n’est pas le moment de lancer une lutte contre les consommateurs. C’est une lutte pour protéger nos citoyens », a souligné le directeur de l’OEDT.

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